Du cran, encore du cran, toujours du cran

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
Pour le lexicologue Jean Pruvost même les mots monosyllabiques ont une longue histoire. Dans cette émission découvrez celle du mot "cran", surtout en cette période où il va falloir se serrer la ceinture d’un cran, quitte à être totalement à cran !


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher
Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : MOTS618
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/mots618.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida7543-Du-cran-encore-du-cran-toujours-du-cran.html
Date de mise en ligne : 18 décembre 2011


Au départ, on dispose du verbe créner, c’est-à-dire entailler, comme un créneau, et un cran, c’est donc d’abord une entaille pratiquée dans un objet dur, pour y accrocher quelque chose. On peut donc parler des crans d’une crémaillère, comme du cran d’une gâchette, ou du cran d’arrêt d’un couteau.
Cette entaille a donné lieu à des expressions plus ou moins argotiques : « faire des crans » pour la boulangère, c’était par exemple marquer sur un morceau de bois, qu’on appelait la taille, le nombre de pains que prenait à crédit le client. Un cran, c’était aussi un petit verre, à crédit.

De l’entaille on est passé aux trous en série, les crans d’une ceinture et du même coup, s’installe l’idée de tension. Se serrer d’un cran, c’est devenu ne pas manger à sa faim, et avoir du cran a donc vers 1900 signifié être capable de volonté, d’endurance, avoir un haut degré de courage. « Ceux qui ont le cran de dire non doivent être peu nombreux », déclare Martin du Gard dans Les Thibaut. En réalité, le mot cran a aussi indiqué une échelle de valeur, on descend ou on monte d’un cran. Cette notion de « degré élevé » de quelque chose, s’est retrouvée dans l’expression « être à cran », en gros être prêt à se mettre en colère, traduit en langage populaire par « piquer son cran », « bouffer son cran ». D’ailleurs, « être à cran » fait écho avec l’arme, dont le cran qui permet l’armement est prêt à partir.
Celui qui a du cran ne devrait jamais être à cran. Avoir du cran et garder la tête froide, voilà qui serait une belle devise.

Jean Pruvost


Jean Pruvost est professeur des Universités à l’Université de Cergy-Pontoise et où il enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise (Métadif, UMR 8127) consacré aux dictionnaires et à leur histoire.

Écoutez toutes les émissions de Jean Pruvost sur Canal Académie !

Retrouvez également Jean Pruvost sur le site des éditions Honoré Champion dont il est le directeur éditorial : http://www.honorechampion.com/






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires