Pierre Seghers : Poésie, la vie entière

Virginie Seghers et Bruno Doucey présentent l’exposition consacrée au père des Editions Seghers
À l’occasion de l’exposition « Pierre Seghers – Poésie, la vie entière », au musée du Montparnasse à Paris (du 7 juillet au 7 octobre 2011), Virginie Seghers, sa fille, et Bruno Doucey, ancien directeur des éditions Seghers et auteur du catalogue consacré à l’exposition, reviennent sur la vie de cet homme de lettres engagé, rendant hommage à l’éditeur clairvoyant, au résistant et au père aimant que fut Pierre Seghers.


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : PAG962
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Date de mise en ligne : 28 août 2011


En 1987 la république des lettres perdait un citoyen éminent : Pierre Seghers. Non content d’avoir été l’éditeur de poésie le plus important du XXe siècle (avec plus de 2000 auteurs du monde entier publiés), il fut aussi poète, résistant, parolier, entrepreneur, et père. Mais qui connaît réellement l’histoire de cet homme qui a vécu mille vies en une ? Percer le mystère, tel est le but que s’est fixé le musée du Montparnasse, avec cette exposition, véritable biographie en hommage à l’«  éditeur aventurier ».

L'éditeur Bruno Doucey
L’éditeur Bruno Doucey

Un hommage auquel Bruno Doucey, lui-même éditeur et ancien directeur des Éditions Seghers, a tenu à participer à sa façon. Bien qu’il n’ait jamais travaillé aux côtés de Pierre Seghers, il a pu ressentir, dans «  l’énergie des textes », l’empreinte de celui qui a révolutionné le monde du livre. En effet, comment ne pas être influencé dans ses choix éditoriaux lorsque l’on a pour prédécesseur un homme qui a incarné la poésie résistante, qui a démocratisé le lyrisme, et qui a donné ses lettres de noblesse à la chanson ?
C’est donc guidé par son admiration pour la figure de Pierre Seghers, que Bruno Doucey a contribué à l’exposition en en rédigeant le catalogue. Mais il a voulu faire de cet ouvrage une référence, un témoignage à part entière, retraçant la vie de ce géant des lettres sur lequel on a si peu écrit.

Virginie Seghers
Virginie Seghers

Virginie Seghers a tenu elle aussi à raconter « son Pierre Seghers », ce père qui l’a eue si tard mais qui l’a aimée si tendrement. Quand d’autres n’ont d’yeux que pour l’éditeur engagé, elle, garde l’image d’un homme curieux et cultivé, qui ne cessa jamais d’œuvrer pour la diffusion de la poésie, mais qui prenait tout autant de plaisir à lui faire faire ses exercices de mathématiques ou à lui inventer des dictées.

Deux témoignages, deux visions d’un même homme, d’un même monument littéraire, qui contribuent à enrichir la légende de Pierre Seghers. Car cet amoureux des livres a vécu une vie véritablement romanesque.

Avant même sa naissance en 1906, tout contribuait à faire de lui un serviteur des Muses. Il était, en effet, le descendant d’une longue lignée d’artistes dont on retrouve les traces jusque dans les Flandres du XVIe siècle. À la vocation s’est ajoutée l’influence du «  Père par l’esprit  », Louis Jou, un imprimeur catalan qui lui transmettra son amour des livres et des mots, l’initiant à la poésie perse en lui offrant un exemplaire rarissime des Roubaïat d’Omar Khayyâm.

Pierre Seghers
Pierre Seghers

Dès lors, la poésie ne le quittera plus, pas même au cœur des affres de la deuxième guerre mondiale. Elle sera même son arme la plus redoutable lorsque, mobilisé à Nîmes, tout comme Apollinaire auparavant, il fonda la revue « Poètes Casqués ». Il sonnait le rassemblement du régiment des lettres : les poètes d’Europe, pour qui la guerre avait commencé en 1936 avec la mort de Frederico Garcia Lorca, brandissaient cet étendard d’encre et de papier. Aragon en personne fut l’un des premiers abonnés, et, pour avoir voulu payer son écot, il fut rabroué par l’éditeur en armes qui lui répondit : « D’un poète on n’attend pas de l’argent mais des poèmes ». Une réplique qui fera mouche puisque la réponse d’Aragon ne fut autre que le manuscrit des Amants séparés.

La paix de Vichy n’arrêta pas Pierre Seghers qui accueillit ses comparses poètes et résistants dans sa revue clandestine : « Poésie 40 ». La permanence de son activité éditoriale et le refus de se soumettre à une censure d’occupation firent de Pierre Seghers l’éditeur de prédilection des poètes contemporains. Un reconnaissance bien méritée pour celui qui luttait pour une démocratisation la poésie. Ainsi en mai 1944 paraît le premier ouvrage de la collection « Poètes d’aujourd’hui » : un livre de poche, au format révolutionnaire, consacré à Paul Éluard. Le succès est tel, que les plus grands tailleurs parisiens inventent une « poche seghers », afin que tout un chacun puisse y loger son « petit carré seghers ».

Au sortir de la guerre, les Éditions Seghers bénéficiaient donc d’une notoriété remarquable. Mais Pierre Seghers, entrepreneur dans l’âme, ne comptait pas s’arrêter là. Outre-passant les frontières hexagonales, il publia les œuvres de plus de 2 000 poètes du monde entier. Une tâche herculéenne accomplie avec passion par celui qui affirmait : « Si je n’entreprends pas, je meurs ».
Crainte justifiée ou superstition ? Nul ne pourrait le dire. Et pour cause, Pierre Seghers ne cessa jamais d’entreprendre. Quand il n’était pas à la recherche de jeunes auteurs talentueux, il écrivait ses propres poèmes ou travaillait à son autre passion : la chanson, sœur de la poésie. Cet amateur de poésie perse savait en effet apprécier toute la musicalité d’un poème et toute la poésie d’une chanson. Non content de publier les textes de Brel, Brassens, ou encore Charles Aznavour, il se fit aussi parolier pour Juliette Greco ou Léo Ferré, et fut un des principaux soutiens de CharlesTrénet lors de sa candidature à l’Académie française.

L'entrée des Editions Seghers, rue de Vaugirard
L’entrée des Editions Seghers, rue de Vaugirard

À l’âge où certains se reposent après une vie bien remplie, Pierre Seghers, lui, en entamait une nouvelle, découvrant à 63 ans les joies de la paternité. L’occasion aussi pour lui de défendre et promouvoir la poésie sous de nouvelles formes, notamment avec le Festival de Poésie de la Ville de Paris qu’il crée et dirige dans les années 1980, puis avec la maison de la Poésie de la Ville de Paris qu’il fondera en 1984.

L’épopée Seghers s’achève en 1987, laissant un grand vide dans le monde des lettres. Mais son héritage est encore bien vivace, et il tient en deux mots : Poésie et Liberté.




En savoir plus :

- Exposition « Pierre Seghers - Poésie, la vie entière »
Du 7 Juillet au 7 octobre
Musée du Montparnasse, 21 avenue du Maine, 75015 Paris
01 42 22 91 96
Ouvert tous les jours de 12h30 à 19h sauf le lundi

- Bruno Doucey parle de Pierre Seghers sur Canal Académie dans : Bruno Doucey, un "poète casqué"







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