De la méchante bicoque et du joli bicoque…

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
Une belle bicoque est une bicoque fortifiée. Jean Pruvost, lexicologue et agent immobilier à ses heures perdues, l’affirme, la défaite de La Bicocca le prouve. Un petit cours d’histoire et d’étymologie qui donne envie de retaper sa vieille bicoque.


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Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : MOTS594
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Date de mise en ligne : 25 septembre 2011


Il suffit de lire la première définition du mot « bicoque » dans le Dictionnaire de Richelet en 1680, pour comprendre que le sens en a changé : « Petite ville mal fortifiée », avec pour exemple, « c’est une méchante bicoque ». De fait, encore au XIXe siècle, le premier sens qu’en donne Pierre Larousse dans le Grand Dictionnaire universel reste bien celui d’une « ville sans importance », d’une «  place de guerre mal fortifiée ».

L’origine du mot bicoque vient en fait d’une petite cité du Nord de l’Italie, appelée La Bicocca, dans la commune de Niguarda, tout près de Milan. Cette ville insignifiante est entrée dans l’histoire, parce que c’est ici que les Français, en 1522, sous François Ier ne brillèrent pas en se faisant prendre La Bicocca par l’ennemi. La petite histoire raconte que le comte de Lautrec qui dirigeait les soldats, reprocha alors à François Ier de n’avoir pas payé ses soldats, François Ier, stupéfait, s’en défendit et manda sur le champ son intendant qui lui avoua que la somme, sur le point d’être envoyée, avait été subtilisée par la mère de François Ier, Madame d’Angoulême, qui s’était ainsi octroyé quelques privautés.

La bataille de La Bicocca
La bataille de La Bicocca

En sens inverse, un siècle plus tard, Richelieu le disait tout net, « L’expérience nous a fait savoir que les moindres bicoques se trouvent imprenables par la fermeté du courage de ceux qui la défendent ».

C’est petit à petit, par extension de sens, que « la bicocca », la « bicoque » est entré dans notre langue comme synonyme d’une maison de piètre apparence, sans agrément ni confort. Mais par antiphrase, c’est aussi devenue une maison sympathique. « Pas mal comme bicoque, sûrement un ancien pavillon de chasse », s’exclame un des personnages de la Razzia sur la schnouf d’Auguste Breton, en 1954. Il est vrai que le marché immobilier change la donne : la moindre bicoque au centre ville prend de la valeur. Le Petit Larousse 2011 ne donne-t-il pas comme exemple : « Une jolie bicoque » ?

On n’oubliera pas de signaler, pour éviter de passer pour une huître, que « bicoque » a aussi été investi par deux autres sens : l’un d’hier, attesté en 1576, assimilant justement la bicoque à une huître, avec ses deux coques certes protectrices mais convenons-en peu accueillantes – encore qu’une perle peut s’y cacher – et l’autre, repéré en 1929 dans un Précis de construction, calcul et essai des avions et hydravions, au masculin, le bicoque désignant alors certains avion à deux coques. Et c’est ainsi que l’on pourra évoquer un joli bicoque comme une jolie bicoque…

Jean Pruvost


Jean Pruvost est professeur des Universités à l’Université de Cergy-Pontoise et où il enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise (Métadif, UMR 8127) consacré aux dictionnaires et à leur histoire.

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