Marie-Edith Lande : des poèmes Au pas de gravité et Dans l’intimité du ciel

avec une évocation du président Edgar Faure, de l’Académie française
De la poésie, de la musique, des spectacles, tous les registres abordés par Marie-Edith Lande font chanter les mythes et les cultures du monde entier. Sa poésie impose une écoute intime, comme le dit Paul Lombard, préfacier de son dernier ouvrage paru. Partagez avec elle un moment de poésie, simple respiration pour se tourner vers l’intérieur de soi, et un moment d’évocation du Président Edgar Faure avec lequel elle entretenait des liens de travail et d’amitié.


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : pag944
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Date de mise en ligne : 21 août 2011


Dans son dernier recueil poétique Au Pas de gravité, Marie-Edith Lande entraîne ses lecteurs au travers des lieux mythiques, des cultures, des transes du monde et, par une quête humaine, du plus humble paysan aux grandes figures politiques et morales, de la Shoah à l’absolu de l’amour, elle nous propose d’entrer dans « L’Intimité du ciel ».
Sa définition de la poésie : une intériorité des choses et des êtres qu’il faut recevoir en soi, transcrire et donner aux autres en mots sonores et ondulatoires.

L’avocat et homme de lettres, Paul Lombard écrit : « Quand Marie-Edith Lande m’a proposé de présenter son recueil et de prendre la relève de mon ami Edgar Faure, l’auteur de la préface de L’Âge du chant, d’Asie, d’Amérique et d’ailleurs, publié voici deux décennies, j’acceptai l’honneur et l’importance de cette tâche : la poésie de Marie-Edith Lande impose une écoute intime. Edgar Faure l’avait ressenti en célébrant ses poèmes qui, semblables à ceux des aèdes de la Grèce antique, naissent pour être chantés. Marie-Edith Lande ne s’est jamais détachée de cette initiation :
“Le mot, le cri, la musique
Triomphantes audaces de la vie”
écrit-elle.
Dans ses poèmes, Lande est semblable à une cantatrice capable d’épouser plusieurs registres : chants grégoriens, ragas indiens, arias de Mozart ou tubes populaires, ses vers se modulent en autant de mélodies à l’intérieur d’un même poème. Chez elle, la musique précède les idées et les mots retournent vers leurs origines dans le chant pour se réinventer.
 »

Une femme poète, chevalier des Arts et Lettres, attachée à la terre, décorée du Mérite agricole...

Médaille de l’ordre du mérite agricole
Médaille de l’ordre du mérite agricole
Médaille de l'ordre des arts et des lettres
Médaille de l’ordre des arts et des lettres

Canal Académie reçoit cette amoureuse des arts et des lettres, qui a reçu la distinction de chevalier, des mains du ministre Jack Lang.
« J’ai deux décorations » nous confie notre invitée, « qui sont, je ne dirais pas antinomiques mais enfin... : Chevalier des Arts et les Lettres, et le Mérite agricole... Si je suis poète, et femme d’ambassadeur, j’ai accompagné, avec un immense plaisir, pendant 24 ans de sa vie, le président Edgar Faure dans ses travaux ; mais j’ai été également exploitante agricole, en haut de la Bourgogne, dans un endroit qui s’appelle "la terre pleine", avec une terre tout à fait spéciale, très grasse permettant de nourrir différemment les bœufs charolais. Avec certains de mes amis éleveurs nous avons fait un syndicat de défense du bœuf de terre pleine qui en démarche d’AOC. »

La poésie entre nature et silence

Au risque de surprendre, Marie-Edith Lande ne craint pas de dire que, par expérience, une activité agricole et une démarche artistique peuvent tout à fait s’harmoniser. Elle nous donne un exemple parmi d’autres : les petits veaux doivent être éloignés de leur mère ; ils reçoivent alors une nourriture spéciale ; ils évoluent en liberté mais on doit leur apprendre à accepter notre présence et à supporter le harnais, et cette opération nécessite un calme total. « Je me suis aperçue », raconte notre invitée, « que cette concentration était primordiale pour ma création poétique. Pour percevoir le monde, il me faut être concentrée, immergée dans la nature et le silence.
J’ai eu la chance de naître et de vivre dans le Sud-Ouest de la France, dans un milieu très artiste et très cultivé. Depuis mon plus jeune âge, mon grand père m’a fait entrer dans cette poésie extraordinaire. Mon grand-père avait une culture grecque extraordinaire : il parlait le grec, l’écrivait, connaissait le latin, il avait une passion pour la Grèce, pour les classiques, pour les poètes.
J’ai grandi au sein d’une grande famille, dans une vieille maison qui nous appartenait depuis le 16ème siècle, avec une immense pièce, tout le monde jouait du piano, chantait, jouait du violon, dansait. On se réunissait avec les voisins. Chaque été, nous montions des spectacles et chacun y allait de sa poésie, de sa danse… Pendant tout l’hiver, avec mon grand-père, j’apprenais ce qu’était la magie de la poésie grecque, du drame grec. »


L’homme entre mesure et démesure

« J’aime chanter le monde dans sa splendeur, ses transes, ses vérités, ses outrances ; et l’homme dans sa totalité : mesure et démesure. J’ai rencontré des gens extraordinaires, et vu des lieux fabuleux. J’ai eu envie de m’en imprégner, de raconter, et de donner.
Le lecteur doit se sentir concerné par ces lieux et ces êtres qu’il n’a pas connus, en confiance et curiosité au fur et à mesure que sa lecture avance.
Au Pakistan, par une chance inouïe, je suis devenue amie intime de ce personnage fantastique : le Président Zulficar Ali Bhutto. J’ai écrit plusieurs textes sur lui, dans
L’âge du chant d’Asie, d’Amérique et d’ailleurs.

J’ai très bien connu par ailleurs, l’académicien Léolpod Sédar Senghor qui me fit l’honneur de me publier. Il me donna rendez-vous dans son appartement de Paris, à 14 heures. Il arriva avec une petite demi-heure de retard ; nous avons commencé à parler à 15 heures, je suis sortie de chez lui, à 21 heures 30 ! ni lui ni moi, n’avions pas vu le temps passer... Il me parlait de lui, je lui parlais de moi ; il me fit d’ailleurs, parvenir un mot manuscrit, me disant tout son enthousiasme, m’encourageant à continuer dans cette voix poétique car selon lui, j’avais une voix rare et totalement originale. Il me fit donc le grand plaisir de publier dans la revue “Ethiopiques” La nuit de Zulficar Ali Bhutto. »

Edgar, le philosophe amoureux d’Inanna

« Je pourrais aussi parler de longues heures du Président Edgar Faure, de l’Académie française. J’ai surtout connu l’“Edgar philosophe”. Il est entré en recherche de philosophie vers les 10 dernières années de sa vie. Il était tellement clair dans sa pensée et ses explications que l’on en arrivait, face à lui, à oublier son génie, parce qu’on était soudainement rempli du sentiment d’autosatisfaction, de s’être hissé à la hauteur de son intelligence, alors qu’il restait toujours loin devant nous…
Karl Popper, l’un des plus influents philosophes des sciences du XXe, était l’un de ses philosophes préférés. Edgar Faure aimait aussi beaucoup Rousseau, nous partagions cette passion.

Mais avant toute chose, je dois dire que sa démarche philosophique a été à la base nourrie par l’extraordinaire poème de Sumer qui compte à peu près 690 ou 698 vers regroupant en eux toute l’histoire de l’humanité. Edgar a travaillé pendant 7 ans sur ces textes et j’ai eu l’immense privilège de l’accompagner dans cette tâche, dans cette mission qu’il s’était donnée.
Les petites plaquettes, souvent incomplètes, recouvertes de signes que l’on avait découvertes avaient été traduites en anglais ; Edgar ne parlant pas très bien anglais, me demanda de lui traduire en français. Mon mari étant ambassadeur, nous avons eu l’occasion, en nomades que nous étions, de faire deux fois le trajet en voiture Pakistan-France, donc de traverser toutes ces régions de l’ancienne Mésopotamie, de découvrir la manière de vivre des gens dans les villages qui n’a absolument pas changé malgré le temps, et donc en observant les gens vivre dans ces régions du monde, j’ai pu compléter les signes manquants.
Edgar me disait alors “tu es géniale !”. Voilà comment je suis entrée dans ce texte exceptionnel qui traite de la rivalité entre deux rois, le roi de la plaine et celui de la montagne, qui se battent pour avoir les faveurs de la déesse Inanna, déesse vraiment unique puisqu’elle a les deux pouvoirs, étant à la fois déesse de l’amour et de la guerre ; elle a donc le pouvoir du plaisir et celui de la mort. Et je peux dire que si Edgar a été vraiment amoureux d’une femme c’est bien de cette déesse Inanna Ishtar ! Il aimait vraiment l’idée de pouvoir se soumettre à cette femme, associée à la ville de Uruk et considérée comme la divinité la plus importante dans l’ancienne Mésopotamie (4000-3100 avant J.-C) ».




En savoir plus :

- Marie-Édith Lande a publié l’Âge du chant d’Asie, d’Amérique et d’Ailleurs (Le Cherche-Midi, 1990) avec une préface d’Edgar Faure, de l’Académie française, et en couverture Portait de compression de César et Célébration (cahier du Nouveau Commerce 73/74, 1989).
Elle a fondé en 1992, l’Association Mythe et Mémoire du Monde et créé, avec Georges Descrières, de la Comédie française, des spectacles de poésie mise en musique. En 2009, Marie-Édith. Lande a ouvert le Festival Paroles et Musiques à l’abbaye de Reigny avec son spectacle La Mémoire Espérance, accompagné par des improvisations au violon de Régis Pasquier.






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