Souvenirs de famille : Maurice Denis de l’Académie des beaux-arts

Évocation en compagnie de son petit-fils, l’académicien Antoine Poncet
Maurice Denis, peintre et titulaire du septième fauteuil de l’Académie des beaux-arts (de 1932 à 1943) est ici évoqué par son petit-fils Antoine Poncet, lui-même artiste, sculpteur, et membre de cette académie depuis 1993. Il nous explique comment cette hérédité a pesé sur son propre destin et nous fait partager quelques souvenirs.


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Date de mise en ligne : 24 juillet 2011


Antoine Poncet, invité de cette émission, parle de son aïeul, l’artiste peintre, décorateur, graveur, théoricien et historien de l’art français Maurice Denis. Ce dernier est né le 25 novembre 1870 à Granville (Manche), et est mort à Paris le 13 novembre 1943. Il avait été élu membre de l’Académie des beaux-arts en 1932.

Maurice Denis vers 1920
Maurice Denis vers 1920
© ADAGP

Tu pourrais pas me laver les pinceaux ?

Antoine Poncet, petit-fils de Maurice Denis, est le fils de Marcel Poncet, peintre-verrier suisse. Dès l’âge de 14 ans, abandonnant la couleur qui fut l’environnement de son enfance, Antoine Poncet découvre la sculpture, d’abord avec Reymond à Lausanne, puis Richier à Zurich (1942). Il est élève à l’École des beaux-arts de Lausanne de 1942 à 1945. Boursier de l’État français, il est de retour à Paris où il s’installe définitivement en 1948 ; il devient alors l’élève de Zadkine et Gimond, rencontre Arp (dont il sera le collaborateur de 1953 à 1955), Brancusi, Laurens et se lie d’amitié avec Penalba, Etienne-Martin, Stahly, Walberg… Nous vous conseillons d’écouter une autre émission de Canal Académie sur son parcours : (« Antoine Poncet, un sculpteur au royaume des formes pures »).

Voici ce qu’il dit au sujet de son premier souvenir de Maurice Denis :

- « Le matin très tôt il se levait, on entendait un peu de bruit. Il allait voir ses légumes en général, il passait avec un arrosoir sur les salades et les radis et puis il allait à son atelier. Dès que j’ai pu courir j’allais à cet atelier qu’Auguste Perret avait construit au théâtre des Champs-Élysées et je pénétrais sans autorisation mais pour son plaisir je crois. Dès que j’ai pu il m’a demandé : tu pourrais pas me laver les pinceaux ? C’était pour moi le début de l’apprentissage... »

Une vie tournée vers l’art et le chrétien

Après des études au lycée Condorcet où il rencontre Édouard Vuillard, Maurice Denis se forme au Louvre où les œuvres de Fra Angelico déterminent sa vocation de peintre chrétien. Il étudie simultanément à l’École des beaux-arts et à l’Académie Julian en 1888 mais il quitte rapidement la première, la jugeant trop "académique". Il rencontre cette même année Paul Sérusier qui lui offre un tableau, le Talisman. Il fonde avec ce dernier l’école des Nabis et en devient le théoricien. Détachés ou non du christianisme, les Nabis cherchent des voies spirituelles au contact de philosophies et de doctrines teintées d’Orient, d’Orphisme et d’Ésotérisme. En 1892, au Salon des Indépendants, à vingt-deux ans il présente un tableau énigmatique Mystère (Matin) de Pâques signé en bas à droite du monogramme « Maud » qui ajoute encore au mystère de l’œuvre.

<i>Mystère (Matin) de Pâques</i>
Mystère (Matin) de Pâques
© ADAGP

En 1889, il découvre lors de l’Exposition universelle la peinture de Paul Gauguin dont l’influence sera déterminante pour la suite de son œuvre. Il acquiert d’ailleurs l’une de ses peintures en 1903, L’autoportrait au Christ jaune, actuellement au musée d’Orsay.
Entre-temps, il a rencontré en 1890 Marthe Meurier. Elle sera d’abord son modèle dans de nombreux tableaux et puis il l’épousera un an plus tard.
Par ailleurs, à partir de 1890, il revient à un art plus décoratif, peignant de grands panneaux pour les habitations de plusieurs mécènes, dont la maison de Gabriel Thomas.

Il achève en 1897 La Chasse de Saint-Hubert sur sept panneaux. Mais dès 1892 Maurice Denis délaisse une iconographie traditionnelle pour des symboles plus personnels. Il est fortement inspiré par la poésie symboliste et la poésie épique du Moyen Âge. Il introduit l’image de la femme dans des jardins paradisiaques dans lesquels les nuances et la pâleur des tons viennent révéler l’atmosphère rêveuse des lieux.

Le Prieuré à Saint-Germain-en-Laye, propriété de Maurice Denis, aujourd'hui Musée Maurice Denis
Le Prieuré à Saint-Germain-en-Laye, propriété de Maurice Denis, aujourd’hui Musée Maurice Denis
© ADAGP

Il découvre l’Italie, sa seconde patrie, en compagnie de sa femme et de son ami, le musicien Ernest Chausson, chez qui il loge à Fiesole. Il y peint une série de paysages et y fera dix voyages. Son style évolue progressivement, le peintre introduisant un certain modelé ainsi qu’une perspective du décor, retrouvant une tradition classique.

Antoine Poncet, enfant, par Maurice Denis
Antoine Poncet, enfant, par Maurice Denis
© ADAGP

À partir de 1898, il aborde le thème des baigneuses au cours de plusieurs séjours à Perros-Guirec en Bretagne où il achète la villa Silencio. En 1906 il voyage en Provence et sur la côte, où la lumière des bords de mer lui permet d’exalter les couleurs et de souligner la violence qui émane souvent de ces légendes.

Il réside une grande partie de sa vie à Saint-Germain-en-Laye, utilisant les locaux d’un vieil hôpital appartenant à la paroisse. Il y construit un atelier en 1912 et devient propriétaire des lieux, qu’il renomme « Prieuré », à partir de 1914. Son succès est alors international, il est au sommet de son ascension sociale.

La guerre et la mort de sa femme le 22 août 1919, après de nombreuses années de maladie, renforcent son action pour un art chrétien.

Maurice Denis recevant son épée d'Académicien des mains de Paul Jamot (1932)
Maurice Denis recevant son épée d’Académicien des mains de Paul Jamot (1932)
© ADAGP

Il se consacre alors à la décoration de la chapelle de son prieuré par des fresques murales, la conception des vitraux, du mobilier, le tout sur le thème de sainte Marthe. Bien qu’inachevée, elle est inaugurée le 25 mars 1922. Elle servira à plusieurs reprises pour des cérémonies religieuses puisque le peintre y mariera plusieurs de ses enfants. Il épouse cette même année, en secondes noces, Elisabeth Graterolle.

Il enseigne à l’académie Ranson de 1908 à 1921. Il fonde en 1919 les Ateliers d’art sacré avec Georges Desvallières, formant toute une génération de jeunes peintres. Sa reconnaissance officielle atteint son apogée après la fin de la Première Guerre mondiale et plusieurs expositions rétrospectives montrent son travail (Biennale de Venise en 1922, Pavillon de Marsan à Paris en 1924).

Quelques œuvres de Maurice Denis :

<i>Les saintes Femmes au Tombeau</i>
Les saintes Femmes au Tombeau
© ADAGP
<i>L'Echelle dans le feuillage</i>. Ce premier plafond peint rappelle symboliquement l'échelle du songe de Jacob. Verticalité. Arabesques décoratives
L’Echelle dans le feuillage. Ce premier plafond peint rappelle symboliquement l’échelle du songe de Jacob. Verticalité. Arabesques décoratives
© ADAGP
Maurice Denis : <i>Autoportrait devant le Prieuré</i>
Maurice Denis : Autoportrait devant le Prieuré
© ADAGP

En savoir plus :

- Lien vers le musée Maurice Denis
- Lien vers le catalogue raisonné de Maurice Denis
- Antoine Poncet, membre de l’Académie des beaux-arts
- Ecoutez l’émission : « Antoine Poncet, un sculpteur au royaume des formes pures »

Prochaines expositions :

- Maurice Denis et la Bretagne, au musée Maurice Denis de St-Germain-en-Laye du 18 octobre, 22 janvier

- Maurice Denis et La Savoie, au musée de Thonon-les-Bains du 1er avril à fin juillet

- Maurice Denis et l’Éternel Printemps, au musée des impressionnismes de Giverny-Monet du 1er avril à fin juillet






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