La crise grecque annonce t-elle la chute de l’euro ou pire ?

Bilan et vérités d’une période agitée avec Philippe Jurgensen et Pierre Sabatier
La situation problématique de la Grèce et de l’euro en juillet 2011 est ici évoquée par Philippe Jurgensen et Pierre Sabatier, deux économistes qui partagent une vision réaliste du phénomène. Qu’en est-il exactement ? Devons-nous nous attendre à un scénario catastrophe ? Existe-t-il un remède pour lutter efficacement contre l’endettement grec ?


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À écouter Philippe Jurgensen et Pierre Sabatier, non, la zone euro n’est pas morte, sa monnaie non plus et non, la France ne va pas si mal. De ce sentiment de soulagement se dégage tout de même une forme d’amertume à l’égard de certains médias qui n’hésitent pas à monter en épingle un phénomène certes préoccupant mais pas désespérant. Nous vous invitons donc à télécharger rapidement cet entretien sur un sujet très actuel : le sauvetage de la Grèce. Les marchés ne cessent d’être secoués, sont pénalisés par les problèmes de dette. Un fonds européen de 440 milliards d’euros de prêts, même en association avec le FMI apparaît insuffisant à ce jour. Quels sont les pays touchés par un vrai danger de faillite ? D’où vient le problème et quelles sont les solutions ? Cet entretien fort intéressant est mené par deux économistes avertis (Philippe Jurgensen, président de la Ligue européenne de coopération économique et Pierre Sabatier, fondateur de Prime View, cabinet indépendant de recherche économique et financière).

Crise grecque : que se passe-t-il vraiment en ce 21 juillet 2011 ?

Certes la période est agitée, chaque journée se veut renouvelée. Pour autant, cette émission nous permet d’entrevoir l’avenir et de discuter des bases importantes de la santé financière de chaque pays. Les interventions de nos invités mettent en valeur les fondamentaux et autres obligations qui vont favoriser le futur de l’euro. Il est question ici de comprendre les causes du « psychodrame » autour du sauvetage de la Grèce. Ce vocable puissant apparaît démesuré, nos deux invités sont clairs : il ne faut pas s’attendre à une faillite de la Grèce ni d’aucuns autres pays d’ailleurs (la France incluse). Soucieux cependant à l’égard des finances américaines, ils partagent le même discours : un discours positif et constructif.

Pierre Sabatier et Philippe Jurgensen
Pierre Sabatier et Philippe Jurgensen

Le point sur la Grèce

Serez-vous surpris d’apprendre que les longues habitudes de laxisme en matière fiscale pèsent sur les pays ? C’est clairement la cas de la Grèce et ce que l’on peut lui reprocher. Cependant, elle est en train de se redresser et au final, sa dette n’est pas si désastreuse : « la dette atteint à peu près 150% de son produit national. On a vu pire : l’Angleterre a été quelquefois au-dessus de 200%, le Japon aujourd’hui est au dessus de 200%. Pour arriver à la diminuer il faut que cette dernière dégage un « excédent primaire » c’est-à-dire un excédent budgétaire avant paiement des intérêts de la dette de 6% du PIB. Cela n’est pas inatteignable » (Philippe Jurgensen). La situation, certes difficile, reprend le dessus grâce à beaucoup d’efforts et de lourdes mesures d’austérité (son déficit public a été réduit de 4 points de PIB en un an, un résultat « spectaculaire »). Un second plan de sauvetage pour soutenir cet effort reste à envisager cependant que toute la zone euro risque d’être contaminée. La question qui se pose est donc plus large : que peut-on faire pour prévenir une catastrophe commune ?

Les solutions face à la possible pandémie collective

Pour Pierre Sabatier : « on traite du problème grec qui n’en est plus un, à présent on traite essentiellement d’un problème bancaire. En réalité, on a peur du risque systémique tel que nous avons pu le vivre avec Lehman Brothers... » Solution ? Échelonner la dette grecque pour faire face à l’effet de contagion. Et donc ? Instaurer des autorités de contrôle ! Notre invité rappelle le chiffre évanouissant de l’évasion fiscale de la Grèce : autour de 30% du PIB, la moyenne des pays étant entre 5 et 10%.

Autre solution ? Ne pas laisser les agences de notation faire dictature. Les notes attribuées sont parfois exagérées (selon elles, la Grèce atteindrait le niveau de l’Afghanistan !). Pourquoi se référer systématiquement aux notations de ces agences pour évaluer la qualité des actifs financiers ? Pour Philippe Jurgensen : « ils doivent être évalués par ceux qui les détiennent ». Leur « timing » aussi laisse à désirer. Si elles avertissent des risques lorsqu’ils sont déjà en place, cela ne fait que les aggraver. Nos invités proposent la création d’une agence publique, plus dégagée de certaines contingences, ou encore d’arrêter les notations lorsqu’il y a un plan de sauvetage en cours.

Et la France dans tout ça ?

Le tourment d’une France touchée par l’effet grec fait rage mais elle n’est pas si mal que ça, bien au contraire. Il semblerait que notre pays tire bénéfice de son aide à la Grèce. Nos invités l’expliquent bien : « la France emprunte de l’argent à de très bonnes conditions car elle conserve la signature AAA, la meilleure signature (NDLR : la notation va de AAA à D). Elle emprunte en dessous de 4% et reprête plus cher : tant que les pays ne font pas banqueroute elle est bénéficiaire. Quoi que l’on puisse en dire, cela aide la France et sa situation n’est pas menacée.
Conséquence : nous réduisons sérieusement notre déficit budgétaire, de 7,5 % l’an dernier, nous passerons cette année à 5,7 %, le but étant d’arriver à 3% de déficit budgétaire. Nous y arriverons. »


Retour sur le problème de fond

Le scénario catastrophe de la Grèce n’aurait peut-être pas eu lieu si l’Union européenne avait été moins rapide dans son admission en 1980 et surtout dans son entrée dans l’euro. Philippe Jurgensen nous rappelle que cela s’est produit « sur la base de chiffres truqués ». On paye l’erreur aujourd’hui.

Une autre raison paraît évidente à Pierre Sabatier : « on a construit l’euro pour beau temps et pas pour gros temps. Il a été construit à moitié. Il faut le doter d’une deuxième jambe : une politique budgétaire plus harmonisée au niveau européen, des émissions obligataires plutôt sous le drapeau européen que national. À ceux qui disent que c’est la fin de l’euro je leur dis qu’il peut aussi sortir renforcé. »

Un euro fort en vérité

Nous apprenons avec étonnement que nos invités sont sidérés de voir dans les journaux qu’on s’inquiète de la baisse de l’euro alors qu’il est en réalité trop fort ! « Nos exportateurs s’en plaignent toujours. L’euro est une monnaie forte, la zone euro tient bien, elle affiche une dette publique autour de 80% de son PIB et des déficits publics moitié moins qu’ailleurs, nos fondamentaux sont meilleurs qu’ailleurs, on a moins de déficit que les Américains et que les Japonais, on a moins de dette qu’eux, il est clair que l’euro tiendra. »

C’est tout ce que nous pouvons lui souhaiter... et pour y arriver il faudra à coup sûr évoluer vers le gouvernement économique de l’euro : une coordination renforcée des politiques économiques et budgétaires entre les pays européens et donc, comme l’a proposé Jean-Claude Trichet, vers une sorte de ministre des finances européen... Y a t-il un candidat au poste ?


En savoir plus :
- Pierre Sabatier est fondateur de Prime View
- Philippe Jurgensen est président exécutif de la Ligue européenne de coopération économique
- Retrouvez toutes les chroniques économiques de Philippe Jurgensen sur Canal Académie.






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