Pierre Cardin et l’art cinétique à Lacoste : un lieu pour les artistes par un amoureux des arts...

Interview de l’académicien des beaux-arts et reportage en Lubéron
Le mécène et couturier Pierre Cardin est un amoureux de l’art, de tous les arts. Ambassadeur honoraire à l’UNESCO, membre de l’Académie des beaux-arts, chef d’entreprise, il a fait du château de Lacoste, jadis propriété du marquis de Sade, un lieu au service des artistes. Notre journaliste Marianne Durand-Lacaze est allée à sa rencontre en 2011, sur place, pour aborder avec lui, ses nombreuses passions, de l’art cinétique à la musique, en passant par Cocteau, la Russie et Casanova.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR815
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Date de mise en ligne : 17 juillet 2011
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Pierre Cardin a fait du village de Lacoste son petit Liré depuis qu’il a racheté le château il y a dix ans. L’une de ses amies, propriétaire, souhaitait qu’il le reprenne. C’était un dimanche pluvieux et froid, le couturier déclina la proposition. Quand il revint, par un temps superbe, il se laissa cette fois envoûter par la beauté des lieux qui dominent le Luberon. Des lieux chargés d’histoire, qui remonte au XIe siècle, et marquée par le passage du marquis de Sade, « l’un des plus grands écrivains que nous ayons », selon Pierre Cardin.

Le mécène a lancé de grands travaux de restauration depuis son arrivée, non seulement du château mais aussi du grand théâtre en plein air, reconstruit et qui peut accueillir 1 000 personnes. Cardin a même racheté une partie du village. Un village désormais célèbre pour son festival musical et théâtral. Déjà cent spectacles ont été produits en dix ans par les soins de Pierre Cardin. Cette année encore, l’éclectisme est au programme, des Gipsies à Carmina Burana, en passant par le spectacle Sarah Bernhardt, Toujours !, qui sera joué par une jeune troupe que Pierre Cardin souhaite encourager, car « le génie vient de la jeunesse ». Le couturier n’oublie pas que lui-même, lors de ses débuts à Paris, dans les années 1950, bénéficia de l’aide de Cocteau, de Honegger, pour ne citer que les plus connus.

Mais son actualité immédiate est l’exposition Sculptures en mouvement, présentée au château de Lacoste du 2 juillet jusqu’au 2 octobre 2011. « C’est la réunion des cinq grands sculpteurs du cinétisme » : Soto, Agam, Cruz-Diez, Hiquily et Schöffer. L’an dernier, Cardin, de l’Académie des beaux-arts, avait convié ses confrères académiciens sculpteurs à exposer leurs œuvres dans son château. Cette année, il s’agit de mettre en valeur des sculpteurs non académiciens mais non moins prestigieux.

L’art optique et cinétique séduit Cardin depuis les années 1950, c’est-à-dire depuis l’origine de ce mouvement, né à Paris précisément en avril 1955 dans la galerie Denise René, où se tenait une exposition rassemblant des œuvres de Victor Vasarely, Robert Jacobsen, Jean Tinguely et, déjà, Jesús Rafael Soto et Yaacov Agam. Pierre Cardin, évoquant cette période, parle de sa « fascination ».

Les sculptures de ces cinq artistes sont exposées isolément dans les pièces du château, mais elles forment un tout, insiste l’hôte. Et d’évoquer « le labyrinthe de Soto où l’on traverse un immense désert bleu, avec des centaines de milliers de fils bleus ». Comme il existe le « bleu Klein », il y a, selon Cardin, un « bleu Soto ».

Cruz-Diez, <i>3 Douches d'induction chromatique</i>, 1968
Cruz-Diez, 3 Douches d’induction chromatique, 1968
© Emmanuel Beffy

Les 3 douches d’induction chromatique (1968) du Vénézuélien Carlos Cruz-Diez représentent selon Cardin un « isoloir », ajoutant qu’ « on n’est pas très loin de Soto, on est pris au piège dans une douche, encerclée de panneaux qui bougent et font du bruit ». Dans Reornadora Mobile de Philippe Hiquily, Cardin décèle « une sculpture musicale, un mobile ». Ce n’est certes pas pour lui un Calder, mais « c’est le même mouvement ». « Cela me fait penser à une cloche qui serait désarticulée, dont tous les morceaux seraient recollés par une certaine technique ; c’est très reposant. »

Ph. Hiquily, <i>Reornadora Mobile</i>
Ph. Hiquily, Reornadora Mobile
© Emmanuel Beffy

Selon Pierre Cardin, le cinétisme apporte le bruit, le son, la musique, des couleurs violentes. Lui-même aurait aimé être artiste mais le destin (et la guerre) en a voulu autrement. Il aura finalement passé sa vie aux côtés des artistes, en organisant des expositions comme celle-ci, qui a la vertu selon lui de remettre au premier plan l’art cinétique.

Pierre Cardin aurait également aimé être acteur. De fait, le théâtre occupe une grande place dans sa vie. Aussi vient-il de présenter en Russie sa comédie musicale Casanova. Né à Venise en 1922, Pierre Cardin habite le palais du célèbre séducteur. Il a présenté cette comédie pour la première fois Piazza San Marco à Venise ; elle fit l’ouverture du Festival de Lacoste en 2010. C’est Daniele Martini qui a écrit et mis en scène le sujet, centré sur la vie privée et sentimentale de Casanova.

Pierre Cardin entretient des relations particulières avec la Russie, depuis son premier voyage à Moscou en 1963, dans ce qui était alors l’URSS. Lors de son dernier voyage, tout récemment, il y a présenté sa collection, « moteur de mes voyages et de ma diplomatie ». Car Pierre Cardin est aussi diplomate. Depuis 1991, il est ambassadeur honoraire de l’UNESCO, en charge entre autres des questions liées à la tolérance. Son amour de la Russie l’a poussé à ouvrir les portes de Lacoste aux artistes russes. Il souhaiterait y créer l’équivalent du Savannah College, antenne d’une université américaine accueillant des étudiants en art et design. Faire de Lacoste le lieu de rendez-vous des artistes du monde entier, telle est l’ambition de Pierre Cardin.



Pour en savoir plus

- Pierre Cardin sur le site de l’Académie des beaux-arts

- Le site de Pierre Cardin

- Pierre Cardin sur le site de l’UNESCO






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