Mme du Barry, une image renouvelée de la dernière favorite de Louis XV

avec l’historienne Jeanine Huas, invitée de Laetitia de Witt
De modeste extraction et entrée de façon scandaleuse dans le lit de Louis XV, Madame du Barry s’attira les foudres de quelques proches du roi. Son principal ministre, le duc de Choiseul, alla jusqu’à alimenter une légende ordurière dont on trouve encore les traces chez certains historiens. En s’appuyant sur des documents inédits, Jeanine Huas montre la « catin royale », comme l’appelait Marat, sous un autre jour : une femme au destin exceptionnel, généreuse et indépendante.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : HIST661
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Date de mise en ligne : 10 juillet 2011

Née Jeanne Bécu en 1743, la future comtesse du Barry est le fruit d’une liaison de sa mère, Anne Bécu, avec vraisemblablement un religieux du couvent des Picpus de Vaucouleurs. Le scandale déclenché par la naissance illégitime de Jeanne et les ardeurs sensuelles d’Anne Bécu, l’obligèrent à quitter la région. Elle trouva alors refuge à Paris, où vivaient ses frères et sœurs bien introduits dans la domesticité de la haute aristocratie. À Paris, elle renoua avec une de ses vieilles connaissances, le financier Claude Billard Dumousseaux qui lui garantit une place de cuisinière. Très vite, lui et son épouse, n’ayant pas eu d’enfants, s’attachèrent à la petite Jeanne et se chargèrent en partie de son éducation. C’est ainsi que la jeune Jeanne Bécu bénéficia d’une éducation soignée auprès des sœurs du couvent de Saint-Aure, à Paris.
Elle a à peu près 15 ans lorsqu’elle sort du couvent. S’ouvre alors une période où elle enchaîne les « petits boulots ». Au départ, elle doit apprendre la coiffure chez un certain Lametz qui très vite, troublé par la beauté de sa jeune apprentie, multiplie les folies pour elle. Elle entre ensuite au service de la famille Dedelay de Lagarde. Jeanne y retrouve l’atmosphère de son enfance, les beaux intérieurs mais aussi l’élégance des femmes et leurs manières policées. Là encore sa beauté lui vaut d’être congédiée brusquement par la maîtresse de maison.

Finalement, elle devient vendeuse dans une luxueuse boutique de mode de la rue Saint-Honoré. À nouveau, son charme et sa beauté la font remarquer des clients. Poussée par sa mère, elle noue ses premières aventures galantes. C’est aussi à cette époque et d’après des manigances de sa mère qu’elle rencontre l’homme qui va faire basculer son destin, Jean-Baptiste du Barry. Jean-Baptiste du Barry, dit Le Roué, est un gentilhomme toulousain, connu des milieux de la galanterie parisienne. À peine a-t-il vu Jeanne que, conscient du « potentiel » de la jeune fille, il veut se l’attacher. Il en fait d’abord sa maîtresse avant de se mettre en tête d’en faire la maîtresse de Louis XV.

Pour cela son plan est simple : placer Jeanne dans la foule de Versailles. Il est convaincu que le roi la remarquera. Pour multiplier les chances de réussite et grâce aux relations de Jean-Baptiste avec le maréchal de Richelieu, Jeanne se trouve au premier rang et en effet le roi arrête son regard sur elle et demande à rencontrer la jeune femme. Nous sommes en 1768, le roi a cinquante-huit ans. Il est las, marqué par une série de deuils. Il a perdu sa favorite, madame de Pompadour, sa sœur, son petit-fils, sa petite-fille et bientôt sa femme… Dès la première rencontre, il est conquis, il apprécie bien entendu sa beauté mais aussi son naturel. La liaison s’organise dans la plus grande discrétion. Très vite, le roi ne peut plus se passer de sa nouvelle conquête et souhaite la présenter à la Cour. Or, pour imposer une maîtresse à la Cour, deux conditions sont indispensables : qu’elle soit dotée d’un mari et d’un titre. Jean-Baptiste se charge de l’affaire, il fait appel à son frère cadet, Guillaume. Reste encore la présentation officielle à la Cour : la chose n’est pas simple, aucune dame de la Cour n’accepte d’être marraine. La comtesse de Béarn, cousine de Richelieu très endettée, finit par accepter la tâche contre paiement de ses dettes. De nombreux imprévus repoussent finalement la présentation officielle à avril 1769. Dès lors, elle occupe la place de maîtresse en titre du roi et jouit de nombreux privilèges ainsi que d’une rente importante.

Il ne lui suffit pas d’être présentée à la Cour pour se voir acceptée, loin de là. Jeanne dut user de toute son intelligence et sa finesse pour peu à peu se faire admettre. Elle mit un grand soin à être agréable à tous. Un noyau de récalcitrants, autour du duc de Choiseul, continua d’agir et ne cessa de faire circuler des calomnies sur elle. Jusqu’à la fin, elle aura la réputation de fille publique, vulgaire et débauchée. Elle supportera tout, sans chercher à se venger et sans chercher la puissance. En effet, contrairement à madame de Pompadour, la comtesse du Barry ne chercha pas à jouer un rôle politique, elle fut tout même à l’origine de certaines décisions dont le renvoi du duc de Choiseul. Elle dut compter avec l’hostilité d’un autre personnage de la Cour : la jeune dauphine, future Marie-Antoinette, qui multiplia les humiliations à son égard. Ces résistances ne sont que de légères ombres qui n’entachèrent en rien son emprise sur Louis XV qui la couvrit de cadeaux et plus particulièrement de bijoux. En outre, en tant que maîtresse du roi, elle bénéficiait d’un appartement au château de Versailles et acquit deux domaines : Louveciennes et Saint-Vrain.

Début 1774, Louis XV tomba malade. On décela tardivement la petite vérole. Aussi longtemps qu’elle le put, madame du Barry resta aux côtés du roi, l’entourant de douceur et de gentillesse. À la mort du roi elle fut exilée dans son château de Louveciennes. Par la suite, elle sera la maîtresse du duc de Brissac avant d’être arrêtée puis guillotinée le 8 décembre 1793.

Présentation de l’éditeur

L’origine modeste de la comtesse du Barry et l’amour profond que lui portait Louis XV ont rapidement provoqué l’hostilité d’une partie de la Cour, si bien que Jeanne du Barry eut longtemps mauvaise réputation. Rien ne prédestinait Jeanne Bécu, certes fort jolie mais fille d’une domestique, à une ascension aussi soudaine qu’incroyable. Présentée au roi, elle le séduit et devient sa dernière favorite. Mais, à Versailles, ses ennemis, la dauphine Marie-Antoinette et Choiseul la jugent frivole et intrigante. Or, intelligente et femme de goût, elle parvient à imposer son influence et son style. Jeanne doit pourtant quitter la Cour à la mort du roi. Et, quelques années plus tard, c’est sur l’échafaud que s’achève sa vie tumultueuse. Nombre de grands seigneurs et leurs commensaux l’ont vilipendée par écrit, mêlant le vrai et le faux avec tant d’habileté que bien des historiens s’y sont laissés prendre. Avec l’aide de documents non encore exploités, Jeanine Huas a fait justice de ces inexactitudes et montré le vrai visage de Mme du Barry : celui d’une femme au destin exceptionnel, généreuse et véritablement indépendante.

L’auteur

Jeanine Huas est, entre autres, l’auteur de Juliette Drouet (Prix Jules Favre de l’Académie française, 1970), Les Femmes chez Proust (Prix du Centenaire littéraire, 1971), Sur les traces du Tigre (1987) et Mme de Brinvilliers, la marquise empoisonneuse (2004).

À lire et à écouter aussi sur Canal Académie :

- Objet d’art : les chaises de Madame du Barry, née Jeanne Bécu

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