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Solidarité Japon : premières conclusions du rapport sur les risques sismiques et nucléaires

Par Alain Carpentier, président de l’Académie des sciences, président du comité Solidarité Japon
Le professeur Alain Carpentier, président de l’Académie des sciences, évoque les premières conclusions du rapport Solidarité Japon au niveau sismique et nucléaire. Malgré leur parfaite connaissance des séismes et de leurs conséquences, les Japonais ont été pris de cours par l’intensité de cet événement naturel extrême.
Au vu de cet enchaînement d’accidents, les membres du comité ont étudié les risques sismiques et nucléaires en France. Précisions en compagnie d’Alain Carpentier.


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Référence : VUE510
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Date de mise en ligne : 3 juillet 2011

Quelques jours après le séisme, le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima dai-Chi, le président de l’Académie des sciences du Japon a demandé aux Académies homologues du monde entier de les aider à analyser cet accident sans précédent.

C’est ainsi que l’Académie des sciences française a mis en place un comité solidarité Japon, constitué de trois sous-groupes de réflexion dirigés par trois académiciens de l’Académie des sciences de France :
- Le groupe sismique, dirigé par Jacques Friedel
- Le groupe nucléaire dirigé par Edouard Brézin
- Le groupe médical dirigé par Etienne-Emile Baulieu

Le comité vient de remettre ses premières conclusions au Japon, sur la partie sismique et nucléaire. Les conclusions médicales arriveront ultérieurement.
Ce rapport a une double portée : les recherches portent à la fois sur les événements de Fukushima du 11 mars 2011, ainsi qu’au regard de cet accident, sur la bonne résistance des centrales nucléaires en France face à des événements naturels extrêmes.

Le séisme dans la région de Tohoku

Alain Carpentier
Alain Carpentier
© Canal Académie

Le séisme survenu le 11 mars 2011 au large de Tohoku est le quatrième le plus important avec une magnitude de 9.0-9.1 après celui du Chili (1960), d’Alaska (1964) et celui de Sumatra (2004).
Les Japonais ont le réseau d’observations géophysiques le plus dense au monde, avec un système d’alarme sismique rapide très élaboré ainsi que les plus grandes barrières anti-tsunamis. La population est la plus entraînée au monde aux risques de séismes. Les conséquences auraient donc pu être bien pires. Le seul point qui leur a fait défaut a été de sous-estimer la magnitude des séismes dans cette zone. La carte de prévision officielle en effet ne prévoyait pas de séisme supérieur à 7.5. Le tsunami prévu devait être au maximum une vague de 5,7 mètres. C’est sur cette base que la barrière anti-tsunami autour de la centrale a été construite. La vague du 11 mars 2011 fera entre 15 à 20 mètres…

Il est à craindre que ces méga-événements (méga-séisme et méga-tsunamis) selon l’expression consacrée par le comité, se déclenchent plus souvent. Car si pendant 40 ans, entre 1964 et 2004 les quelques séismes avaient une magnitude faible, ceux de Sumatra en 2004, du Chili en 2009 et du Japon en 2011 ont tous avoisinés les 9 sur l’échelle de Richter.

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-Ichi

Après le séisme tous les dispostifis anti-sismiques se coupent, et les générateurs de secours prennent le relais. Mais 55 minutes après le séisme la vague noie tout sur son passage, coupant les générateurs. La surchauffe des réacteurs provoquent alors les conséquences que nous connaissons tous.
Il s’agit d’un accident majeur (niveau 7, le plus fort) qui change notre vision de la sécurité pour le nucléaire civil.
Aujourd’hui, pas moins de 500 km2 sont devenus inhabitables, avec 500 000 m3 d’eau contaminée et un refroidissement des cuves qui pourrait prendre plusieurs années.
Des conclusions du rapport ressortent la nécessité d’une plus grande protection des piscines de stockage du combustible usé. Il est également souligné l’importance d’installer des systèmes de recombinaison catalytique absorbant l’hydrogène en cas de surpression ; un dispositif présent depuis de longue date dans les centrales françaises mais qui ne l’était pas au Japon. En libérant cet hydrogène pour relâcher la pression, les Japonais ont occasionné des explosions au contact de l’oxygène, et rejetant alors des éléments radioactifs dans l’atmosphère.

Les leçons à tirer pour la France

Cette suite d’événements tragiques au Japon est aussi une base de réflexion pour les risques éventuels de catastrophes naturelles et leurs conséquences en France.
Pas de méga-séisme à l’horizon en France ni chez les pays voisins. Mais le risque d’une vague de 1 à 5 mètres sur les rives de la Méditerranée n’est pas à exclure au vu de l’activité sismique au sud et à l’ouest. Il serait aussi intéressant de connaître la composition exacte des sols dans nos régions françaises afin de calculer les potentielles répercussions d’un séisme.
Sur ce point, la France est en pleine révision de ses normes antisismiques (révision entamée avant le séisme de Fukushima). Le sous-groupe sismique évoque même la nécessité de créer un conseil des aléas naturels en France.

Concernant la capacité de nos centrales à résister à des risques naturels extrêmes, le groupe consacré au nucléaire est rassurant.
Ils rappellent que chaque problème rencontré dans une centrale, les solutions sont répercutées sur l’ensemble du parc. Les matériaux sont parallèlement régulièrement remplacés et les centrales plus anciennes devenant aussi sûres que les centrales les plus récentes.

Le comité rappelle qu’en France, les visites décennales sont effectuées par des autorités indépendantes, très sévères selon les AREVA. Il s’agit de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

En revanche deux points importants sont à modifier selon le comité.
Le premier concerne le transport de matière radioactive « qu’il faut minimiser ».
Le groupe souligne aussi le manque d’investissement de l’Etat dans la recherche nucléaire civil ; un déficit actuellement comblé à 80% par les industriels. « Il est important d’inverser la tendance pour être libre de prendre des décisions indépendamment des industriels » rappelle le président du groupe Edouard Brézin.

En savoir plus :

- Alain Carpentier, membre de l’Académie des sciences
- Alain Carpentier sur Canal Académie

Consulter le rapport du groupe de travail de l’Académie des sciences Solidarité Japon






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