Petites phrases et citations : Jean Rostand, de l’Académie française

Extraites de "Ce que je crois", le credo d’un savant émerveillé par le vivant
Voici quelques citations de Jean Rostand, de l’Académie française (élu en 1959), extraites de son ouvrage Ce que je crois paru chez Grasset en 1953, réédité dans une nouvelle édition en 1967, (c’est dire le succès obtenu par ce credo d’un savant) qui, penché sur le vivant, sur les mystères de la naissance de la vie, s’interrogeait aussi sur la liberté, la conscience, la mort, bref sur la physique autant que la métaphysique.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : LPP514
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Date de mise en ligne : 21 août 2011

Jean Rostand (1894-1977), le fils d’Edmond Rostand, lui aussi de l’Académie française, auteur de Cyrano de Bergerac, était certes un scientifique, reconnu comme l’un des biologistes ayant le plus contribué à l’avancement de cette science de la vie, mais il ne se contentait pas de se pencher sur les mœurs des animaux, insectes, papillons, crapauds et grenouilles, et notamment dans le laboratoire qu’il avait installé dans sa demeure de Ville d’Avray. Il était aussi un écrivain de talent, et surtout un humaniste. Un homme qui se disait lui-même "moraliste", à preuve le titre d’un autre de ses ouvrages célèbre "Pages d’un moraliste".

Jean Rostand, de l'Académie française.
Jean Rostand, de l’Académie française.
© Louis Monier

"Ce que je crois" révèle un homme d’une immense modestie, aussi immense que son intelligence. Dès les premières pages il prévient qu’il est parvenu à un stade de sa vie (67 ans) où "ayant ressenti l’accablante énormité des problèmes posés par l’esprit humain, on a fortifié en soi le sentiment d’une incompréhension essentielle." Il l’avoue : il a perdu "l’illusion du savoir".

Les quelques citations sélectionnées vous sont offertes par la voix du comédien Fernand Guiot. Elles illustrent quelques unes des croyances de Jean Rostand.

- Quelques citations tout d’abord sur les opinions :

« Je n’ai garde de penser que ceux qui croient différemment de moi aient le jugement plus mauvais, et d’oublier de quelle matière fragile et contingente sont faites les opinions d’un homme. »

« Je possède, au plus haut point, cette force- ou cette faiblesse-de n’avoir nul besoin qu’autrui partage ma pensée ; et, pour ce qui est de l’intérêt général, j’estime - et c’est même là une de mes croyances les plus fermes - que la pluralité des opinions est, de beaucoup, préférable à leur unité. »

- Le savant penché sur la naissance du vivant n’échappe pas à l’interrogation "Qu’est-ce que l’homme ?"

« Ma conviction est que l’homme se trouve tout au début de son aventure intellectuelle, que son "âge mental" est extrêmement bas au regard de celui qu’il est appelé à prendre. »

« L’une des choses que je crois avec le plus de force, - l’une des rares dont je suis à peu près sûr -, c’est qu’il n’existe, de nous à l’animal, qu’une différence de quantité et non point de qualité ; c’est que nous sommes de même étoffe, de même substance de la bête. »

- Affirmation donc d’une solidarité, et même d’une continuité entre le règne animal -voire tout le monde vivant- et le règne humain. Que dit-il de la nature, ou de la vie ?

«  Incohérente, imprévoyante, gaspilleuse, tumultueuse, insoucieuse de l’échec comme de la réussite, œuvrant désordonnément dans tous les styles et dans toutes les directions, prodiguant les nouveautés en pagaille, lançant les espèces les unes contre les autres, façonnant à la fois l’harmonieux et le baroque, lésinant sur le nécessaire et raffinant sur le superflu, créant indifféremment ce qui doit succomber demain et ce qui doit traverser les âges, ce qui va dégénérer et ce qui va persévérer dans le progrès... ainsi nous apparaît la vie évoluante, et qui, tout à la fois, nous stupéfie par la puissance de ses talents et nous déconcerte par l’emploi qu’elle en fait. »

- Jean Rostand n’est pas un spiritualiste, il ne croit pas que l’humain soit particulièrement doté d’un "supplément" que d’aucuns appelleraient âme ou double spirituel insufflé à la naissance et qui aurait des chances de survie :

« J’ai assez dit ce que je pensais de la continuité des êtres, de l’unité du monde animal, pour qu’on ne s’étonne pas si j’estime qu’on ne pourrait accorder l’immortalité à l’être humain sans la dispenser du même coup à tout ce qui vit, à tout ce qui respire, à tout ce qui grouille et pullule autour de nous. »

« Nous avons le sentiment d’être le seul bibelot précieux que contienne l’immense bric-à-brac de la nature, le seul dont il serait dommage qu’on ne pût recoller les miettes après qu’il s’est cassé... Mais de quel droit revendiquerions-nous un tel régime d’exception ? Et pouvons-nous décemment, sérieusement penser que, dans l’immense et inépuisable nature, nous ayons plus de valeur que n’importe lequel de nos compagnons de vie ? »

© Louis Monier

- Jean Rostand conseille de ne rien affirmer, ni "nous savons que", ni "nous ignorons que", car toute explication exige d’avancer lentement, patiemment, dans la nuit comme des spéléologues qui ne savent pas, dit-il, où butera leur exploration. En bref, il résume ainsi sa position :

« Deux périls pour l’esprit : mésestimer les complexités de la nature, ou s’en laisser décourager au point qu’on se rabatte sur le surnaturel.  »
« Que l’insatisfaction de l’esprit soit notre lot, qu’il faille nous résigner à vivre - et à mourir - dans l’anxiété et dans le noir, telle est une de mes certitudes. »

- Sur les questions de la vie sur terre et en société, il se révèle à la fois réaliste et optimiste :
« J’ai déjà dit que je croyais l’humanité installée pour un très long temps sur la terre. Je ne la vois pas succombant à la famine ou à l’épuisement des sources d’énergie.
Je crois que les dangers mêmes qui la menacent dans son existence lui seront un aiguillon bienfaisant pour la contraindre à s’organiser et à s’unifier. »


- En tous points, et durant toute sa vie, Jean Rostand restera un chercheur émerveillé par le vivant :

« Le mystère n’est pas pour moi ramassé, concentré en notre espèce, il est répandu sur tout le peuple vivant. Les danses des abeilles, les raffinements structuraux que nous révèle, à quelque niveau que nous descendions, le microscope électronique, obtiennent de moi autant de surprise que les plus hauts chefs-d’œuvre de l’art ou de l’âme. Tout, dans la nature animée, crie après une explication qui, si on la tenait, nous introduirait au vif de l’inconnu. Expliquez-moi le dernier des insectes, je vous tiens quitte de l’homme... »

Précisons que si l’on peut encore trouver chez les libraires quelques exemplaires de la collection "Ce que je crois", pour lire les credo de nombreux académiciens, d’André Maurois, qui fut le premier à lancer cette collection, à Robert Aron, de François Mauriac, à Jean Guéhenno, de Pierre-Henri Simon, à Louis Pauwels, et bien d’autres, tant cette collection obtint un grand succès.

Cette série, Petites phrases et citations, vous propose d’autres auteurs, dont Jean d’Ormesson, Frédéric Vitoux, Erik Orsenna, une dizaine en tout et la série continuera puisqu’elle rencontre votre intérêt, les téléchargements le prouvent.


En savoir plus :

- Retrouvez l’émission de Canal Académie sur le livre les "Insectes" de Jean Rostand.

- Découvrez Le prix Jean Rostand : une passerelle entre scientifiques et grand public présenté par l’académicien Jean-Claude Pecker.

- Consultez la fiche de Jean Rostand sur le site de l’Académie française






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