Thésée d’André Gide : le combat contre le minotaure réinventé

Etude du mythe de Thésée par l’un des grands écrivains du XX è siècle
Les écrivains, romanciers, essayistes, se sont largement penchés sur la scène du combat entre Thésée et le minotaure, notamment André Gide dans son essai Thésée(1946). Les élèves de l’école d’art proposent une lecture de ce texte. Cette émission fait partie de la série des mythes grecs, avec Prométhée et Narcisse, proposée par Canal Académie.


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Date de mise en ligne : 6 avril 2012

André Gide, qui reçut le prix Nobel de littérature en 1947, publia en 1946, Thésée, un livre qu’il aura mis plus de 20 ans à élaborer.

Dans cet ouvrage, un essai, Thésée est le personnage principal et l’auteur revient sur les différentes étapes de sa vie. Intéressons-nous au passage où Thésée, après s’être entretenu avec Dédale, s’apprête à pénétrer dans le labyrinthe pour y aller affronter le minotaure.

Un minotaure peu effrayant

Dans cet extrait, le personnage du minotaure est loin de l’image du mythe grec. Celui-ci apparaît comme un monstre fabuleux avec un corps d’homme et une tête de taureau. Mais André Gide nous présente ici un minotaure qui n’a pas l’air si méchant que ça finalement ! Dédale va même jusqu’à dire à Thésée en parlant du minotaure : « On a dit qu’il se nourrissait de carnage ; mais depuis quand les taureaux n’ont-ils dévoré que des prés ? » Il relativise donc la cruauté de ce monstre. Et finalement cela tend à rendre l’épreuve plus bénigne. L’auteur dédiabolise donc le minotaure, il en fait une proie facile pour Thésée, et pourtant le héros grec doute à l’approche du premier coup à porter à son adversaire.

Thésée charmé ?

La première fois que Thésée voit le Minotaure, il le trouve allongé au milieu des fleurs, dans un jardin paradisiaque qui n’est pas sans rappeler l’Eden. Thésée va même jusqu’à trouver qu’il existe une certaine harmonie entre son côté homme et bête. Il insiste également, sur sa jeunesse qui lui donne quelque charme. Et cette beauté, cette jeunesse, Thésée les voit comme des armes. Thésée dit : «  Et je ne pouvais le haïr », alors que la bête est en train de dormir. Mais, finalement, il décide « d’y aller » selon ses termes. Curieusement, le lecteur ne sait rien du combat, cette scène est éclipsée du récit. Thésée, lui-même, est incapable de se souvenir réellement de ce qui s’est passé. L’auteur a donc délibérément minimise cette étape et préférant souligner les autres péripéties de Thésée. Par ce fait, il annihile le côté Dieu du minotaure. Peut-être que l’auteur le trouvait moins intéressant que tous les autres personnages qui gravitent autour du héros grec dans ses aventures. Peut-être aussi ne détaille-t-il pas le combat par décence, pour ne laisser aux lecteurs qu’une impression de douceur et chasser les images d’un combat atroce et sanguinaire.

Les élèves de l'école d'art Koronin dans les locaux de Canal Académie
Les élèves de l’école d’art Koronin dans les locaux de Canal Académie

En savoir plus :

- Retrouvez la série d’émissions réalisée avec les élèves et les enseignants de l’école d’art Koronin.



- D’autres auteurs se sont inspirés de ce thème. Il est intéressant de revoir les oeuvres antiques telles "la vie de Thésée" dans La Vie des Hommes Illustres de Plutarque (éditions Charpentier) ou l’Hippolyte d’Euripide, mais aussi de consulter des auteurs classiques comme Racine et son Phèdre ou contemporains avec L’Amour de Phèdre de la dramaturge britannique Sarah Kane.

Il est surtout important de ne pas négliger le mythe de Thésée dans l’Art. S’il a été un sujet passionnant pour les compositeurs, comme par exemple le Teseo (1713) de Georg Friedrich Händel, il a surtout amplement inspiré peintres et sculpteurs.

Regardez quelques ouvrages antiques comme l’amphore d’Euthymédès représentant Thésée enlevant Hélène (vers 510 avant J.C, Munich) et consultez un vaste ensemble d’oeuvres traitant du sujet : Combat des Lapithes et des Centaures : L’enlèvement de Deidamie, sauvée par Thésée (1636-1637, Musée du Prado) de Pierre Paul Rubens, Thésée retrouve l’épée de son père (1638, Musée Condé de Chantilly) de Nicolas Poussin, Thésée combattant le Minotaure (1843, Musée du Louvre) d’Antoine-Louis Barye, Minotaure (1886, Musée Rodin) d’Auguste Rodin ou encore Ariane et Thésée (1890, Musée Gustave Moreau) de Gustave Moreau.


- Pour aller plus loin n’hésitez pas à consulter le Dictionnaire amoureux de la Grèce de Jacques Lacarrière :

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