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Raymond Aron, un libéral dans une époque dominée par le marxisme

Perrine Simon-Nahum rappelle l’importance de cet intellectuel engagé, de l’Académie des sciences morales et politiques.
Raymond Aron est un des penseurs majeurs du XXe siècle. Pourtant, avec la chute de l’U.R.S.S. et la fin d’un monde bipolaire, la pensée de ce philosophe, fervent défenseur du libéralisme contre le marxisme, semble avoir été reléguée au second plan. Voici un premier entretien mené par Damien Le Guay avec Perrine Simon-Nahum, directrice de recherche au CNRS, qui a préfacé la nouvelle édition de Dimensions de la conscience historique. L’occasion de revenir sur une pensée toujours aussi pertinente.


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Émission proposée par : Damien Le Guay
Référence : HAB650
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hab650.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 26 juin 2011

Raymond Aron (1905-1983) fut une des figures intellectuelles les plus importantes, en France, de la seconde moitié du XX ème siècle. Ami et condisciple de Jean-Paul Sartre à l’Ecole Normale, il fut, après la seconde guerre mondiale, un défenseur du libéralisme à la française et pourfendra toutes les formes de marxismes – qu’elles aient été réelles, imaginaires ou armes de destruction massive dans le champ des idées.

Élu le 25 novembre 1963 à l’Académie des sciences morales et politiques où il succède à Gaston Bachelard, il fit graver sur son épée une citation d’Hérodote : « nul homme n’est assez dénué de raison pour préférer la guerre à la paix ».

Perrine Simon-Nahum, historienne, directrice de recherche au CNRS, spécialiste, entre autres choses, de Raymond Aron (pour avoir préfacé la republication de Dimensions de la conscience historique (1961)), nous présente ici cet homme important, aux avant-postes du combat intellectuel pendant trente ans et qui semble avoir un peu disparu en même temps que disparaissait, juste avant sa mort, ce monde bipolaire, sous la menace d’une guerre nucléaire, chargé d’hystéries idéologiques et d’enjeux qui, aujourd’hui, nous paraissent d’un autre âge.

Raymond Aron, est né le 14 mars 1905 à Paris et y est mort le 17 octobre 1983. Il étudie au Lycée Hoche à Versailles puis au Lycée Condorcet à Paris où il obtient son baccalauréat en 1922. De 1924 à 1928, il étudie la philosophie à l’École normale supérieure à Paris. Ses camarades sont alors Paul Nizan, Georges Canguilhem et Jean-Paul Sartre. Il est influencé par les idées pacifistes du philosophe Alain, influence dont il se détachera à partir des années 1930. Engagé politiquement, il milite quelques temps à la SFIO. En 1928, il passe avec succès l’agrégation de philosophie, étant reçu 1er ; Sartre est recalé dès l’écrit la même année, avant d’être à son tour reçu 1er l’année suivante. À partir de 1930 en Allemagne, où il étudie un an à l’université de Cologne, puis de 1931 à 1933 à l’université de Berlin, Aron observe la montée du totalitarisme nazi.

Il revient en France en 1933, et en 1938, obtient son doctorat ès-Lettres et écrit une Introduction à la philosophie de l’histoire ainsi qu’un essai sur la théorie de l’histoire dans l’Allemagne contemporaine. En 1939, il est maître de conférences en philosophie sociale à la Faculté des Lettres de Toulouse, avant d’être mobilisé dans l’armée française. Le 24 juin 1940, il embarque sur un navire britannique transportant une division polonaise, le « H.M.S. Ettrick », à Saint-Jean-de-Luz et il rejoint Londres où il reste jusqu’en 1945. Brièvement engagé dans les Forces Françaises Libres, il devient rédacteur de « La France Libre », une revue créée par André Labarthe, indépendante de la France libre et souvent critique vis-à-vis du Général de Gaulle.
Une fois la guerre achevée, il s’installe à Paris et devient professeur à l’École Nationale d’Administration de Paris entre 1945 et 1947. Puis, de 1948 à 1954, il est professeur à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Il est chargé d’enseignement dès 1955 puis, à partir de 1958, professeur à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Paris ; il sera ensuite directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études de 1960 à 1983 et professeur de sociologie de la culture moderne au Collège de France à Paris de 1970 à 1983.

Suite à son expérience de rédaction dans les revues « La France libre » et « Combat », il se lance après guerre dans le journalisme, qu’il ne quittera pas jusqu’en 1983. Cette même année 1945, il fonde avec Sartre la revue « Les Temps modernes ». De 1946 à 1947, il collabore à « Combat », avec Albert Camus. En 1947, en désaccord avec Sartre, Raymond Aron quitte la rédaction des « Temps Modernes » et rejoint « Le Figaro » comme éditorialiste, poste qu’il occupe jusqu’en 1977. De 1965 à 1966, il est président de la société des rédacteurs. De 1975 à 1976, il est membre du Directoire de la société. De 1976 à 1977, il est directeur politique du journal. Il le quittera en 1977 et pour rejoindre « L’Express » comme président du comité directeur, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1983. Parallèlement, il est chroniqueur à la radio Europe numéro 1 de 1968 à 1972.

Dénonçant dans les années 1950-60 le « conformisme marxisant » de l’intelligentsia française, il devient l’intellectuel libéral de l’époque, face à Sartre qui symbolise l’intellectuel de gauche. Dans l’Opium des intellectuels paru en 1955, il traite des « mythes » que constituent à ses yeux la révolution ou le prolétariat, écrivant notamment : « La fin sublime excuse les moyens horribles. Moraliste contre le présent, le révolutionnaire est cynique dans l’action, il s’indigne contre les brutalités policières, les cadences inhumaines de la production, la sévérité des tribunaux bourgeois, l’exécution de prévenus dont la culpabilité n’est pas démontrée au point d’éliminer tous les doutes. Rien, en dehors d’une “humanisation” totale, n’apaisera sa faim de justice. Mais qu’il se décide à adhérer à un parti aussi intransigeant que lui contre le désordre établi, et le voici qui pardonnera, au nom de la Révolution, tout ce qu’il dénonçait infatigablement. Le mythe révolutionnaire jette un pont entre l’intransigeance morale et le terrorisme. (...) Rien n’est plus banal que ce double-jeu de la rigueur et de l’indulgence. » Mais en plus de ces combats, il devint (selon le titre d’entretiens qu’il eut à la fin de sa vie) « un spectateur engagé ». Il fit redécouvrir Tocqueville, et fut un théoricien des relations internationales.


Damien Le Guay


En savoir plus :
- Ré-écoutez l’émission Le centenaire de Raymond Aron
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Bibliographie de Raymond Aron :
La Sociologie allemande contemporaine, Paris, Alcan, 1935.
Introduction à la philosophie de l’histoire. Essai sur les limites de l’objectivité historique, Paris, Gallimard, 1938.
Essai sur la théorie de l’histoire dans l’Allemagne contemporaine. La philosophie critique de l’histoire, Paris, Vrin, 1938.
L’Homme contre les tyrans, New York, Éditions de la Maison française, 1944.
De l’armistice à l’insurrection nationale, Paris, Gallimard, 1945.
L’Âge des empires et l’Avenir de la France, Paris, Défense de la France, 1945.
Le Grand Schisme, Paris, Gallimard, 1948.
Les Guerres en chaîne, Paris, Gallimard, 1951.
L’Opium des intellectuels, Paris, Calmann-Lévy, 1955.
Polémiques, Paris, Gallimard, 1955.
La Tragédie algérienne, Paris, Plon, 1957. _• Espoir et peur du siècle. Essais non partisans, Paris, Calmann-Lévy, 1957.
L’Algérie et la République, Paris, Plon, 1958.
La Société industrielle et la Guerre, suivi d’un Tableau de la diplomatie mondiale en 1958, Paris, Plon, 1959.
Immuable et changeante. De la IVe à la Ve République, Paris, Calmann-Lévy, 1959.
Dimensions de la conscience historique, Paris, Plon, 1961.
Paix et guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1962.
Le Grand Débat. Initiation à la stratégie atomique, Paris, Calmann-Lévy, 1963.
Dix-huit leçons sur la société industrielle, Paris, Gallimard, 1963
La Lutte des classes, Paris, Gallimard, 1964
Essai sur les libertés, Paris, Calmann-Lévy, 1965.
Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard, 1965.
Trois essais sur l’âge industriel, Paris, Plon, 1966.
Les Étapes de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, (1967).
De Gaulle, Israël et les Juifs, Paris, Plon, 1968.
La Révolution introuvable. Réflexions sur les événements de mai, Paris, Fayard, 1968.
Les Désillusions du progrès, Paris, Calmann-Lévy, 1969.
D’une sainte famille à l’autre. Essai sur le marxisme imaginaire, Paris, Gallimard, 1969.
De la condition historique du sociologue, Paris, 1971.
• Études politiques, Paris, Gallimard, 1972.
République impériale. Les États-unis dans le monde (1945–1972), Paris, Calmann-Lévy, 1973.
Histoire et dialectique de la violence, Paris, Gallimard, 1973.
Penser la guerre, Clausewitz, 2 vol., Paris, Gallimard, (1976).
Plaidoyer pour l’Europe décadente, Paris, Laffont, 1977.
Le Spectateur engagé (entretiens), Paris, Julliard, 1981.
Mémoires. 50 ans de réflexion politique, 2 volumes, Paris, Julliard, 1983, 1082 p.
Les dernières années du siècle, Paris, Julliard, 1984.
Le Marxisme de Marx, Paris, Fallois, 2002






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