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L’histoire des neurosciences selon Marc Jeannerod

d’après La fabrique des idées de Marc Jeannerod de l’Académie des sciences
Sous le titre de l’ouvrage La fabrique des idées de Marc Jeannerod se cache l’histoire des neurosciences cognitives, discipline qui traite de la naissance, de la vie et de la mort des idées. Les neurosciences cognitives sont une discipline récente que l’auteur a vu se développer en l’espace d’un demi-siècle. Il revient sur son émergence et sur les rapports parfois difficiles avec la psychanalyse dans les années 1970.


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Référence : PAG939
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Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida7226-L-histoire-des-neurosciences-selon-Marc-Jeannerod.html
Date de mise en ligne : 17 juillet 2011


Cette émission a été enregistrée peu de temps avant la mort de Marc Jeannerod survenue le 1er juillet 2011.

Si la discipline des neurosciences cognitives est récente, (elle est née dans les années 1950), elle s’est véritablement unifiée dans les années 1970. Elle le doit en partie à la neuropsychologie, science qui étudie les conséquences de lésions cérébrales sur le comportement, permettant ainsi de faire le lien entre l’anatomie du cerveau et le fonctionnement de l’esprit humain analysé par la psychologie cognitive.

Difficile au début pour la neuropsychologie de se faire une place entre la psychologie et la neurologie. « Dans les années 1960, on s’est rendu compte que la neurologie telle qu’elle se pratiquait dans les hôpitaux était insuffisante pour décrire les comportements » nous explique Marc Jeannerod. Puis quelques personnages importants et originaux ont percé comme Brenda Milner et Henri Hécaen, créant les conditions d’une interdisciplinarité. Notre invité nous précise : « La neuropsychologie est le fruit de deux révolutions : la prise en compte de la subjectivité et l’arrivée de l’outil informatique. C’est banal aujourd’hui de dire que l’informatique a été une révolution. Mais elle s’est manifestée en premier dans les neurosciences ».

La vision domine les mammifères

Une partie des travaux de Marc Jeannerod s’est portée sur la vision. Il a pu distinguer ainsi deux voies issues du cortex occipital :
- La première est ventrale, c’est la perception des formes
- La seconde est dorsale, il s’agit de la perception des mouvements.

Il faut bien comprendre que « le cerveau des mammifères est dominé par la vision. Pour preuve, les deux tiers du cortex cérébral répondent à des stimulations visuelles. Ce qui est important, c’est de savoir pourquoi il existe une telle séparation. C’est une réflexion philosophique qui a été menée en partie par Pierre Jacob, philosophe du CNRS : Pourquoi ne voit-on pas les choses de la même façon selon ce qu’on veut en faire ? Voir pour percevoir un objet n’a pas la même signification que voir, utiliser cet objet, le manipuler et l’utiliser » observe le chercheur.

La main domine les primates

Marc Jeannerod s’intéresse également à la saisie et à la manipulation des objets. « Percevoir l’objet, c’est le manipuler mentalement, avoir une identification motrice des objets visuels » écrit-il dans La fabrique des idées.
« Chez le primate évolué, la main représente une spécialisation extraordinaire qui nous permet d’agir en détail sur l’objet. C’est la raison pour laquelle elle est surreprésentée dans le cerveau. Depuis, les travaux ont montré qu’on se représente un mouvement mentalement avant de le faire » précise-t-il ; un système d’anticipation qui permet d’évaluer si le geste est possible ou pas.
Mais l’intérêt de Marc Jeannerod pour les mains ne s’arrête pas là. Il est le premier à s’intéresser à la saisie d’objets. Ainsi écrit-il : « Une autre caractéristique remarquable des mouvements de préhension m’était apparue au fil de mes mesures : le pouce et l’index se livraient à un curieux jeu de chassé-croisé. Ils s’écartaient d’abord progressivement l’un de l’autre dès le début du mouvement de transport, jusqu’à ce que l’écart entre les deux dépasse la taille de l’objet à saisir ; puis l’écart se réduisait jusqu’à s’accorder exactement à l’objet au moment précis de la saisie ».
En anticipant l’action avec le pouce et l’index, l’homme code en quelque sorte la taille et la forme de l’objet pour réaliser une saisie correcte.
Il se passionne ainsi pour les musiciens, capables de « transmettre la connaissance intériorisée qu’ils ont de la partition dans les gestes de l’exécution ».

Ses recherches lui permettent ainsi de travailler sur l’apraxie, ou comment interpréter le fait qu’un patient se révèle incapable d’exécuter un geste sur commande alors qu’il peut le faire de manière automatique dans un contexte approprié.

Psychanalyse et psychologie cognitive : je t’aime moi non plus

Le titre du dernier chapitre de La fabrique des idées de Marc Jeannerod est pour le moins humoristique : Comment j’ai échappé à la psychanalyse.
Il faut préciser qu’à l’époque des années 1960-1970, la psychanalyse est dominante dans les études de psychiatrie.
« Comme j’étais neurologue j’étais proche de la psychiatrie. Je me suis aussi beaucoup intéressé à la psychanalyse et on avait beaucoup discuté pour savoir si elle avait valeur d’explication du mécanisme du cerveau ou s’il fallait chercher ailleurs. Je n’ai pas eu à endosser le raisonnement psychanalytique et j’ai donc pu décrire des mécanismes du cerveau qui explique les comportements. Aujourd’hui, la psychanalyse est un peu en perte sa vitesse. Mais lorsqu’elle était trop présente, elle n’était plus à sa place » se souvient Marc Jeannerod.

Entre psychanalyse et psychologie cognitive, cela a longtemps été « je t’aime moi non plus » avec une réaction très forte des psychanalystes contre la psychologie cognitive.
« Maintenant, on a l’impression que le mouvement s’inverse, on voit même des termes arriver comme la neuropsychanalyse » s’amuse-t-il.

Marc Jeannerod
Marc Jeannerod
© Editions Odile Jacob

Marc Jeannerod (1935-2011) était professeur émérite de physiologie à l’université Claude Bernard de Lyon. Il a dirigé l’unité Vision et motricité de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) jusqu’en 1997, et a fondé l’Institut des Sciences Cognitives UMR 5015 du CNRS qu’il a dirigé jusqu’en 2003.
Marc Jeannerod était membre de l’Académie des sciences

En savoir plus :

- Marc Jeannerod de l’Académie des sciences

- Marc Jeannerod, La fabrique des idées, éditions Odile Jacob, mars 2011






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