L’alimentation dans les cantines peut-elle avoir un impact sur l’obésité infantile ?

avec l’endocrinologue Claude Jaffiol, membre de l’Académie nationale de médecine
Depuis 2001, la qualité nutritionnelle des repas a été améliorée dans les cantines scolaires, les distributeurs de boissons et de barres chocolatées ont été supprimés des établissements scolaires en 2004, et l’Etat a fixé un objectif de 20% de nourriture issue de l’agriculture biologique dans la restauration collective d’ici 2012. Dans le même temps, l’obésité infantile se développe. De 3 % d’enfants en surpoids en 1960, on est passé à 20% en 2010, soit un enfant sur six. On observe également une nette augmentation du diabète de type II. Existe-t-il un lien entre l’alimentation dans les cantines et l’obésité infantile ? Éléments de réponses avec l’endocrinologue Claude Jaffiol, de l’Académie nationale de médecine.


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Date de mise en ligne : 26 juin 2011

Pour rappel, actuellement six millions d’enfants prennent leurs repas à la cantine à midi, avec une moyenne de 140 repas par an par enfant, leur apportant ainsi 12% des apports énergétiques.
Pour l’endocrinologue Claude Jaffiol, membre de l’académie nationale de médecine, même si ses apports restent faibles, la cantine et l’école ont cependant un rôle important à jouer dans l’éducation au goût et aux rudiments de la nutrition. « Et n’oublions pas que certains enfants issus des milieux défavorisés trouvent à la cantine le moyen de disposer d’une alimentation de bonne qualité » précise-t-il.
« Le problème de nutrition a acquis une grande importance dans notre société occidentalisée l’expansion dramatique de l’épidémie d’obésité touche les pays occidentalisés mais aussi les pays en voie de développement. Or l’obésité de l’enfant fait le lit de l’obésité de l’adulte, de l’hypertension, du diabète et des maladies cardiovasculaires ».

Quand parler de surpoids chez un enfant ?
Pour les enfants de moins de 11 ans, impossible de calculer l’indice de masse corporelle. « On se fie aux courbes de croissances établies dans le carnet de santé » explique Claude Jaffiol. Passé cet âge, on prend en compte l’IMC [1] ainsi que le tour de taille. Cette dernière mesure est importante « car nous savons que la graisse accumulée autour de taille est beaucoup plus néfaste que la graisse diffusée dans tout le corps ». On parle de surpoids lorsque l’indice de masse corporel affiche entre 25 et 30 et d’obésité au-delà de 30.

L’obésité chez l’enfant doit être considérée à deux périodes :
- Celle du très jeune enfant. Dans ce cas, il doit être suivi pour éviter un surpoids ou une obésité plus importante.
- Celle de l’adolescent. « C’est un facteur plus préoccupant pour son avenir. Un adolescent obèse risque de conserver son surpoids à l’âge adulte ».

Les raisons du surpoids à l’adolescence : les facteurs génétiques, l’alimentation et la passivité devant les écrans

Pour Claude Jaffiol les facteurs génétiques et environnementaux sont les meilleurs alliés de l’obésité infantile. «  On sait qu’il existe des familles d’obèses » nous dit-il. « La génétique c’est le terrain. Mais il y a aussi toutes les erreurs alimentaires et le manque d’activités physiques ». Consommer trop de sucres, que l’on retrouve dans les boissons et les biscuits, trop d’acides gras saturés et trop de sel conduit souvent vers le surpoids si tous ces apports caloriques ne sont pas compensés par de l’exercice physique.
Or beaucoup d’enfants restent passifs devant leurs écrans. « Quant aux jeunes en âge de passer des diplômes, ils restent à réviser et oublient de se dépenser ».
Si l’équilibre alimentaire n’était pas idéal il y a 40 ans dans les cantines, aujourd’hui « tout est contrôlé et grandement amélioré. Les parents peuvent être rassurés » explique Claude Jaffiol. L’important est de savoir si cette alimentation peut contribuer à lutter contre l’obésité infantile.

Le bio dans les cantines : un argument supplémentaire pour éduquer au goût ?

A l’issue du Grenelle de l’environnement a été décidé que les cantines scolaires proposeraient 20% de produits issus de l’agriculture biologique d’ici 2012. Est-ce à dire que le bio est mieux pour nos enfants ? « Je répondrai sur le plan scientifique mais pas sur le plan passionnel qui demeure autour du bio » répond avec prudence Claude Jaffiol.
« Pour moi, cela revient à poser la question : l’agriculture traditionnelle peut-elle être dangereuse pour notre santé ? Derrière cette question, on pense surtout aux pesticides.
Or il existe plusieurs rapports comme celui de l’AFFSA de 2003 ou celui de la direction générale des études de la concurrence de 2008 qui montrent que de pesticides contenus dans les fruits et légumes sont négligeables dans 97% des cas. Les 3% restants dépassent de très peu ce qu’on appelle la limite maximum de résidus, elle-même 100 fois inférieure à la dose toxique »
.
Si la saveur des aliments bio est un argument mis en avant, Claude Jaffiol voit surtout dans cette nouvelle agriculture une technique respectueuse de l’environnement. Quant à l’aspect nutritionnel « il y a peu d’avantages, hormis peut-être un peu plus de vitamines C dans le bio » observe notre invité. « Je remarque aussi que le bio a fait courir quelques risques mineurs, comme le développement de champignons dans les céréales parce non-traités avec des fongicides. »
Pour autant Claude Jaffiol ne se dit pas opposé au bio quand on prend en compte à la fois ses avantages et ses inconvénients.

EPODE : Changer le mode de vie de la famille

EPODE est l’acronyme d’Ensemble prévenons l’obésité des enfants ; un organisme très structuré auquel tient Claude Jaffiol. EPODE existe depuis 25 ans et son modèle fonctionne tellement bien qu’il est exporté en Espagne, en Belgique, en Roumanie et au Mexique… En France, 230 communes utilisent ce procédé qui consiste à réunir enseignants, parents, enfants autour de la question de l’alimentation. « Il est important de toucher les parents à travers les enfants. Nous savons bien qu’il existe un lien entre précarité et obésité. En touchant ce public, nous souhaitons leur montrer comment mieux consommer, même avec un budget serré ».

Claude Jaffiol
Claude Jaffiol
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Claude Jaffiol est professeur honoraire à la Faculté de médecine de Montpellier, ancien chef du service d’endocrinologie à l’hôpital Lapeyronie (Montpellier), membre de l’Académie nationale de médecine, et actuellement consultant à la Mutualité à Montpellier.

En savoir plus :

Ecoutez l’émission Produits laitiers : des alliés pour notre santé ? en compagnie de Claude Jaffiol

[1] Calcul de l’indice de masse : poids en kg x la taille au carré (en mètre)






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