Souvenirs de famille : Robert de Flers, le héros voyageur de l’Académie française

Evocation par son petit-fils Philippe de Flers
Robert de Flers, titulaire du cinquième fauteuil de l’Académie française entre 1920 et 1927, a mené une vie riche en rebondissements. À la fois mondain, voyageur, journaliste, auteur, mais aussi politicien, diplomate, et héros de la guerre, il nous est bien difficile de connaître les multiples facettes de cette existence hors du commun. Qui était-il donc en vérité ? Un peu de tout cela sans doute. Philippe de Flers, auteur de "l’Académie française au fil des lettres", nous offre un portrait tout en nuances de son grand-père.


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Émission proposée par : Axel Maugey
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Date de mise en ligne : 26 juin 2011

Robert de Flers est né le 25 novembre 1872 à Pont-l’Évêque. Francis de Croisset se souvient de ce jeune homme fringant et contestataire : « Très élégant, un peu potelet, avec d’éblouissants yeux bleus, un nez aquilin, un sourire spirituel et une moustache à la gauloise impressionnante ». Or, il faut savoir qu’à l’époque, les gens du monde portaient plutôt des petites moustaches et des petites barbes« taillées comme des jardins à la française » d’après James de Coquet, une moustache à la gauloise, ou en crosse de pistolet, frisait donc la contestation.
Cet homme charmeur était aussi un esprit libre qui n’hésita pas à se tourner vers le journalisme contre l’avis de son grand-père, Eugène de Rozière, membre de l’Institut. Ainsi, après de remarquables études de droit et de lettres - il fut élève de la prestigieuse École des Chartes - il part, à tout juste vingt ans, dans un long et romantique périple en Orient. À son retour, il publie son premier ouvrage Vers l’Orient, couronné par l’Académie française. Sa famille s’incline devant cet esprit indomptable et talentueux.

Son profond esprit d’observation, son ironie aimable et légère, mais aussi sa science, sa connaissance des mots et de la langue française, lui permettent toutes les audaces. Il ne tardera pas à se faire remarquer pour ses critiques littéraires brillantes et ses chroniques toujours délectables. Celui qui préconisait « la répartie et le rire face aux vexations et aux désagréments de la vie » voyait cependant son optimisme mis à mal lorsque, le soir venu, il lisait les dernières dépêches, témoignages de toutes ces « calamités qui chaque jour fondent sur le monde ». Néanmoins, il gardera tout au long de sa carrière l’entrain et la jovialité qui faisaient son charme, et accédera en 1921 au poste de directeur littéraire du « Figaro » .

Personnage complexe et surprenant il est aussi un étonnant auteur comique et comédien. Pour lui, tout devenait théâtre, car toute la vie n’est qu’un immense théâtre. Aussi ce n’est pas en écrivant qu’il donne vie à ses personnages, mais en les jouant, en improvisant. L’échange et le jeu précèdent l’écriture. Et c’est Geneviève, sa femme, qui tient la plume, relatant les exploits inédits de ces héros des planches, contrainte parfois d’arrêter Robert et ses amis comédiens, bien malgré eux.
Ce sera cet aspect de son talent que l’on retiendra davantage : le théâtre. À juste titre puisqu’il y régna en maître en qualité d’auteur dramatique. Une trentaine de pièces sont jouées avec succès et certaines tiennent encore l’affiche : L’habit vert , Le roi, Les vignes du Seigneur, Ciboulette et surtout La veuve joyeuse. Ce formidable expérimentateur, celui-là même qui avait brocardé l’Académie française dans L’habit vert, y est reçu haut la main le 3 juin 1920.

D’autres facettes de son existence, moins connues mais tout aussi exaltantes, sont à souligner :
Ainsi, on ne connaît pas ou peu le diplomate, le héros de la guerre chargé de missions secrètes. Philippe de Flers, son petit-fils, nous rappelle quelques hauts faits de ce Français qui bénéficie d’une chance incroyable pour se tirer des situations vraiment périlleuses, et ô combien nombreuses qu’il a rencontrées, lorsqu’il traversait l’Europe afin d’établir une liaison entre le front français et l’armée d’Orient. Un aspect de sa légende qui explique l’émotion poignante qui s’emparait de cet ancien poilu, ayant connu les tranchées de Verdun, lorsqu’il inaugurait les monuments aux morts.
Défenseur de la France, mais aussi défenseur de ses lettres, il contribue à en imposer l’usage dans les textes officiels par son ouvrage La langue française et la guerre, publié en 1922. En 1921, il prononça à ce propos un discours lors de la séance publique annuelle des cinq Académies, dont voici un extrait :
« La langue française n’est pas seulement le miroir de notre histoire, elle est aussi celui de nos paysages, elle accueille l’ombre grandiose des cathédrales aussi bien que l’ombre mince des clochers, elle est toute sagesse et toute grâce ; et, en nous penchant un peu, il nous semble qu’à travers sa limpide profondeur, nous apercevons le visage même de la France. »
Homme de courage, homme de lettres, mais avant tout homme de cœur, il avait de nombreux amis, et il en compte des célèbres : ses compagnons de route au théâtre comme Gaston Armand de Cavaillet ou Francis de Croisset ; mais surtout Marcel Proust, qui compte le plus à ses yeux. Ce dernier était considéré comme faisant partie de la famille, et, peu de temps avant sa mort, en particulier lors de l’élection de Robert de Flers à l’Académie, il lui a envoyé des lettres extrêmement touchantes.

Et Philippe de Flers, de conclure en rappelant une citation de René de Obaldia :
« Ah ! que j’eusse aimé rencontrer mon illustre confrère et, tout en sirotant du guignolet kirsch à la terrasse d’un café, discuter tous deux – entre habits verts – de l’éternelle comédie humaine ».

En savoir plus :

- Sur Robert de Flers de l’Académie française :

  • lisez ses œvres : Vers l’Orient, 1986, – Entre cœur et chair, 1899, un essai.
  • Et découvrez ses nombreuses pièces de théâtre :
    Pastiche de la Belle Hélène : Les travaux d’Hercule 1901 ;
    Miquette et sa mère, 1906 ;
    L’amour veille, 1907 ;
    Le bain sacré, 1910 ;
    L’habit vert, 1912 ;
    Monsieur Bretonneau, 1914 ;
    Les vignes du Seigneur, 1923.
    Les nouveaux messieurs, 1925 ;
    Ciboulette, 1928.
  • À lire sur Robert de Flers : Emmanuel Chaumié, La belle aventure de Robert de Flers.

- Sur Philippe de Flers, son petit-fils :

  • Après des études à Cambridge et à l’Université de Paris II (Panthéon-Assas), il obtient un diplôme d’ingénieur à l’École Centrale de Lyon et un diplôme de gestion à l’Université Columbia. Il est docteur en sciences de gestion.
    Après une belle carrière dans le domaine des salines et de chercheur au CEA, il se passionne pour le désert. Il est l’auteur de plusieurs publications. Président d’honneur de l’Automobile-Club, membre du Jockey-Club et de L’Amicale des Sahariens.
  • Découvrez ses œuves : – Philippe de Flers et Thierry Bodin, L’Académie française au fil des lettres de 1635 à nos jours, éditions Musée des lettres et manuscrits, Gallimard, 2010.
    L’Égypte des sable, une civilisation du désert, 2000.
    Du Sahara au Nil, 2005, Prix Bordin de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 2006.
    Madagascar, la grande île, 1996.

- Et ré-écoutez Robert de Flers, de l’Académie française, auteur de L’habit vert sur Canal Académie.






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