Souvenirs de famille : François Lhermitte, de l’Académie des sciences morales et politiques

évocation par son fils Sylvain Lhermitte
Le Pr François Lhermitte fut l’un des neuropsychologues les plus réputés au monde. Son fils Sylvain dévoile ici d’autres aspects de cette personnalité du monde médical.


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Date de mise en ligne : 7 août 2011

Le Pr François Lhermitte a été élu à l’Académie des sciences morales et politiques le 2 juin 1975 au fauteuil précédemment occupé par Roger Millot, dans la section morale et sociologie, il avait 54 ans.
Né à Paris le 4 mars 1921, il a été reçu docteur en médecine en 1950, et dix ans plus tard, il était chef de service à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, ayant fait de la neurologie et la neuropsychiatrie sa spécialité médicale, discipline qu’il enseigna à la faculté de médecine de Paris puis à l’université Paris VI Pierre et Marie Curie. Il fut le président de plusieurs sociétés savantes internationales en neuropsychologie. Ses recherches sur le cerveau, le conduisirent à étudier particulièrement l’aphasie et tous les accidents vasculaires cérébraux.

« S’il fallait résumer mon père d’un mot, je dirais "joie de vivre" et "amour des autres ». Même si cela fait deux mots ! Et notre invité d’ajouter « C’était un homme habité d’un grand charisme, que j’ai découvert un peu après sa mort, par les témoignages de ceux qui ont bénéficié de ses soins ».

Son fils, Sylvain, retrace ici par quelques souvenirs choisis le portrait de ce grand médecin, habité de la soif de connaître et de découvrir, et d’un immense amour des autres. Ses malades à l’hôpital appréciaient son attention, sa vigilance et le respect avec lesquels il les traitait. « Les échos que nous avions de son travail : une permanente curiosité et un grand désir d’investigation. À la maison, il racontait volontiers ses expériences et les nouveaux syndromes qu’il était en train de découvrir ».

François Lhermitte en 1952
François Lhermitte en 1952

François Lhermitte a tout particulièrement étudié la dépendance due à l’imitation. Si quelqu’un fait un geste, inconsciemment, son interlocuteur fait le même. Pourquoi ? Tout simplement par imitation. Il a beaucoup soigné également la sclérose en plaques. Et son diagnostic était très sûr.

« Son désir de connaître était toujours mêlé d’un véritable respect pour le malade qu’il amenait quelquefois chez nous, tant était forte son impatience de donner une réponse au patient ».

Il lisait beaucoup (il aimait Proust, et surtout Valéry ayant appris par cœur « le Cimetière marin »), était sensible à la peinture mais avait une mauvaise oreille pour la musique ! Il collectionnait les tableaux d’art moderne à la fin de sa vie et ce goût pour la peinture lui avait sans doute été transmis par son grand-père, Léon Lhermitte, de l’Académie des beaux-arts.

Il écrivait très tard le soir des lettres, autre signe de son attention aux autres. Jamais il n’a rédigé de livre.

Très sportif, il avait été champion de France de plongeon, appréciait le bateau et aussi la solitude. Sans doute pour trouver le temps pour se « ressourcer ». Les étangs de la Sologne étaient pour cela propices... Il avait aussi hérité, d’un de ses amis et malades fortunés, Floriot, d’une chasse à quelques minutes de Paris...

À l’hôpital, il avait fait inscrire sur les murs des règles pour que le lieu soit non une prison mais un endroit où la joie, le partage, l’accueil, sont possibles. Dans son service, ultra moderne, on trouvait le premier microscope électronique, un service qui côtoyait les petites « niches » dans lesquelles, au siècle précédent, on enfermait les aliénés. Un contraste surprenant... Un jour, il fut appelé auprès de Salvador Dali, en Espagne, qu’il trouva sur son fauteuil, immobile. Après l’examen, soudain, Dali se lève, griffe le visage du médecin et piétine ses lunettes ! « Mon père, rentré à Paris, a pris un carton, a fait photocopier la signature de Dali et a positionné ce carton comme verre de lunette ! Il s’est fait son Dali ! »


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