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Les ateliers de sciences participatives dans les zones rurales du Maroc, d’Afaf Mikou

Lauréate du Prix Purkwa 2010, Grand Prix de l’Académie des sciences pour l’alphabétisation scientifique des enfants de la planète, en mémoire de Georges Charpak
Le Grand Prix Purkwa de l’Académie des sciences distingue chaque année de nouvelles méthodes pédagogiques, visant à la diffusion grande échelle de l’esprit scientifique. Afaf Mikou, lauréate 2010, revient sur ses ateliers de sciences citoyennes qu’elle a mis en place dans les zones reculées du Maroc. Depuis 2006, elle s’est adressée à plus de 10 000 enfants et les résultats sont encourageants. Afaf Mikou nous livre ses recettes de sciences et Édouard Brézin, président du prix Purkwa revient sur l’objectif de ce prix.


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Référence : foc643
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Date de mise en ligne : 29 mai 2011

Le prix Purkwa, Grand Prix de l’Académie des sciences pour l’alphabétisation scientifique des enfants de la planète, est né de la volonté de Georges Charpak [1]. « Il était convaincu que l’éducation scientifique formerait de véritables citoyens qui réfléchissent et qui posent des questions. Il l’a écrit avec cette orthographe particulière pour qu’on puisse le comprendre dans toutes les langues ». Prix international dont c’est la 6e édition, il vise à reconnaître les éducateurs dans tous les pays, du nord et du sud. « Ce prix est distinct de la main à la pâte [2], mais c’est le même mouvement intellectuel » précise le président du prix Purkwa.

Afaf Mikou, lauréate 2010 du prix Purkwa : la science citoyenne dans les zones reculées du Maroc

Depuis 2006 Afaf Mikou est membre de l’association "Les rangs d’honneurs" au Maroc. Cette équipe médicale transforme le temps d’un week-end une fois par mois les écoles des zones rurales reculées du Maroc en hôpital. Afaf Mikou les accompagne non pas pour prodiguer des soins, mais pour rencontrer les enfants et leur proposer des ateliers de sciences participatives. Bien que professeur à la faculté des sciences Ain Chock à Casablanca, la lauréate s’est toujours intéressé à la diffusion des connaissances scientifiques auprès du plus large public. « En occupant un poste de professeur à la faculté j’étais face à des étudiants, dont la curiosité pour les sciences était très discrète. Alors je suis partie à la rencontre des enfants pendant les fêtes de la science en participant à des programmes de type Main à la pâte avec des inspecteurs … » et finit par rejoindre l’association "les Rangs d’honneurs". « J’ai toujours eu une pensée très forte pour le monde rural . Près de 42% de la population vit dans le milieu rural avec énormément de disparités avec la population citadine dans les moyens, les ressources. Aujourd’hui, le taux de scolarisation dans le milieu rural est très raisonnable y compris pour les filles (95% au niveau du primaire) mais les chiffres s’effondrent au collège et au lycée. Des programmes sont en cours pour remédier à ces questions là, notamment l’INDH, Initiative nationale du développement humain ». Et le programme de sciences citoyennes d’Afaf Mikou intègre parfaitement le cahier des charges.

Des ateliers de 500 enfants pour comprendre l’intérêt de consommer du sel iodé et de chlorer l’eau

Lorsque l’équipe des Rangs d’honneurs s’installe dans les écoles pour soigner la population locale, Afaf Mikou installe son atelier de science à proximité pour tous les enfants accompagnant leurs parents ; des expériences qui sont « toujours en rapport avec les problématiques de leur quotidien, dans le but d’améliorer leurs conditions de vie » rappelle Afaf Mikou. A travers ses ateliers la cible est double : les enfants bien sûrs, mais à travers eux, les parents aussi dont les mères sont très souvent analphabètes.

L’association des Rangs d’honneurs, Projet de culture scientifique et technique
L’association des Rangs d’honneurs, Projet de culture scientifique et technique
© DR

Toucher 500 enfants n’est pas une mince affaire en une journée ! « Plusieurs ateliers d’une vingtaine d’enfants sont organisés avec une approche par le jeu » nous explique-t-elle. Pour leur démontrer l’intérêt de consommer du sel de mer et non pas du sel gemme, elle les plonge dans l’ambiance de la mer, avec pâté de sable, cri des mouettes, bruit des vagues et dégustation d’eau de mer à la clé. Puis vient l’expérience scientifique : « On laisse l’eau s’évaporer pour constater qu’il reste des résidus de sel. On laisse les enfants toucher, goûter. Puis grâce à un révélateur d’iode on compare le sel gemme que l’on trouve dans les montagnes et le sel de mer. La coloration est forte pour le sel de mer. Par la preuve scientifique, on prouve qu’il existe une substance importante invisible à l’œil nu, que l’on ne retrouve pas dans le sel gemme ». Les problèmes de santé, conséquence de trop faibles apports d’iodes dans l’alimentation, sont ensuite abordés. « Vous aviez les crétins des Alpes en France, nous avons le crétinisme de l’Atlas au Maroc, avec des retards mentaux importants, des problèmes de surdité, des femmes qui consultent pour des problèmes d’avortement à répétition, sans oublier le goître ».
Ainsi, depuis 2006 ce sont plus de 10 000 enfants qui ont été touchés, sans compter les parents et les instituteurs sur place qui reprennent les ateliers.

Afaf Mikou démontre par des petites éxpériences comment différencier le sel iodé du sel gemme.
Afaf Mikou démontre par des petites éxpériences comment différencier le sel iodé du sel gemme.
© DR

« On corrige aussi le geste de chlorer l’eau. La fille qui va au puits néglige ce geste là. Avec des petits microscopes que l’on apporte, on montre aux enfants toutes les bactéries qui se baladent et ils comprennent que c’est un geste nécessaire pour éviter les maladies hydriques ».
Premier bilan pour Afaf Mikou après 5 ans de parcours dans les villages marocains ? « Les jeunes filles voient désormais le collège et le lycée comme un espoir pour elles. En me voyant, elles s’identifient. Je connais une fille qui s’est battue pour ne pas faire le ménage et aller au lycée. Et j’observe des demandes de plus en plus nombreuses pour ouvrir des ateliers ».

Atelier de sciences dans une école au Maroc
Atelier de sciences dans une école au Maroc
© DR
Afaf Mikou, lauréate 2010 du prix Purkwa
Afaf Mikou, lauréate 2010 du prix Purkwa
© Alain Potignon

Afaf Mikou est professeur-chercheur à la Faculté des sciences Aïn Chock de Casablanca et auteur de deux thèses en sciences physiques, Afaf Mikou a toujours eu à cœur de mettre à la portée de tous les principes qui fondent la connaissance et le savoir. Après une scolarité au Maroc, Afaf Mikou part étudier les sciences des structures et de la matière à l’Université de Nancy où elle obtient une maîtrise de Chimie Physique et un DEA. Après une première thèse « Détermination par Résonance Magnétique Nucléaire des structures des macromolécules biologiques », elle rejoint en 1990 l’Institut de Chimie des Substances Naturelles à Gif-sur-Yvette, puis le CNRS où elle participe activement aux manifestations destinées à faire découvrir les sciences au grand public (Fête de la Science, portes ouvertes…).
En 2001, dans le souci d’approcher les jeunes, et en particulier les filles, futures citoyennes et éducatrices, elle suit la formation « Femmes, sciences et développement » au centre UNESCO de Turin. De retour au Maroc, Afaf Mikou met en place dans une première école défavorisée un programme de sensibilisation à l’hygiène et à la santé. Elle développera ensuite un nouveau programme destiné aux régions enclavées du Maroc en portant une attention particulière aux jeunes filles.

Edouard Brézin
Edouard Brézin
© Editions Odile Jacob

Edouard Brézin est président honoraire de l’Académie des sciences, président du Grand Prix Purkwa de l’Académie des sciences pour l’alphabétisation scientifique des enfants de la planète en mémoire de Georges Charpak

En savoir plus :

- Consultez le site internet des Rangs d’honneurs
- Détail du prix Purkwa sur le site de l’Académie des sciences

- Edouard Brézin, membre de l’Académie des sciences
- Edouard Brézin, sur Canal Académie

[1] Georges Charpak (1924 - 2010) membre de l’Académie des sciences, prix Nobel de physique

[2] La main à la pâte a été initié par Georges Charpak, Pierre Léna et Yves Quéré.






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