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Médecine traditionnelle chinoise et médecine occidentale : une complémentarité à développer

avec François Guinot, chimiste, président honoraire de l’Académie des technologies
Si la médecine traditionnelle chinoise traite l’ensemble du corps humain pour rétablir notre équilibre à travers les plantes, la médecine occidentale elle, s’attache à rétablir le dysfonctionnement d’un mécanisme précis, avec des molécules purifiées issues de l’industrie pharmaceutique. Voisines, ces deux médecines pourraient trouver des convergences, notamment dans le traitement de maladies chroniques et/ou lourdes. Explications en compagnie de François Guinot membre de l’Académie des technologies.


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Référence : ECL702
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Date de mise en ligne : 29 mai 2011

Médecine occidentale et médecine traditionnelle chinoise sont deux démarches fondamentalement différentes. « En occident, depuis deux ou trois siècles, nous avons imaginé qu’une maladie était le dysfonctionnement d’un mécanisme biologique donné et qu’un médicament avait pour objet de le réparer. A partir de ce principe, nous avons fait des progrès extraordinaires ». Une exigence s’est ajoutée : la pureté du médicament.

C’est l’inverse pour la médecine traditionnelle chinoise (terme inventé par Mao Zedong) qui s’intéresse aux déséquilibres de l’ensemble du corps humain, et vise à rétablir le « qi » (ndlr : l’équilibre du corps et son énergie vitale). Le traitement est réalisé à partir d’un certain nombre de plantes. On est loin de la pureté exigée dans l’industrie pharmaceutique occidentale. François Guinot précise : « c’est une démarche empirique. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne soit pas scientifique. On en revient aux « savoirs sauvages » dont parlait Claude Lévi-Strauss, cette capacité extraordinaire d’observation qui permet de faire des corrélations ».

Pour s’en convaincre François Guinot nous relate l’expérience faite en Guyane française avec des Amérindiens. « Ils pêchent avec un poison recueilli d’une liane rare difficile à repérer dans l’exubérance de la forêt. Ils en font des fagots puis les lacèrent avant de les déposer dans un recoin calme de la rivière. En un instant, les poissons apparaissent très fatigués et il suffit pour les Amérindiens de les pêcher au harpon ». Que s’est-il passé ? La science moderne a démontré que la liane contenait une substance chimique absorbant l’oxygène, expliquant par la même occasion pour laquelle les poissons paraissaient engourdis. « Ici, ces savoirs sauvages nous ont apporté de vraies connaissances que nous n’aurions pas forcément découverts. »

La complémentarité des deux médecines en Chine

Aujourd’hui, la Chine a opté pour une complémentarité des deux médecines, car la population chinoise change. « Ils étaient 18% de citadins en 1949, aujourd’hui un Chinois sur deux habite en ville et d’ici 2015, ils seront 65%. Ce peuple qui connaissait les plantes et les racines, n’est plus celui qui habite les villes » constate François Guinot. Les hôpitaux chinois utilisent en grande part la médecine occidentale pour « plus d’objectivité et de rationalité à leur approche empirique » précise notre invité.
Mais ils demeurent soucieux de conserver une partie de médecine traditionnelle, et cherchent actuellement à moderniser la chaîne de préparation du médicament traditionnel pour établir des règles strictes de culture de stockage des plantes, de leur conservation, de leur distribution. « C’est la condition de la survie de leur médecine traditionnelle : faire en sorte que la galénique soit suffisamment moderne sans pour autant dénaturer les principes de la médecine traditionnelle » ajoute-t-il.

La médecine traditionnelle chinoise en occident : vers une ouverture dans certaines unités de soins

Si traiter les dysfonctionnements des mécanismes biologiques a été porteur d’immenses progrès, faut-il toujours penser l’homme ainsi lors de traitements de maladies chroniques ? « Pour ces maladies, on administre des médicaments pendant des décennies. Et le phénomène du plus grand âge fait que les multi-pathologies amènent les patients à prendre 6 ou 7 médicaments différents chaque jour. Même s’ils sont purs, les interactions existent et on ne sait pas véritablement les mesurer ».

Pour notre invité, les technologies les plus modernes permettront cependant de rationaliser l’approche empirique de la complexité chinoise et de mieux apprécier et gérer la médecine occidentale.

Pour l’heure, si la Chine utilise un mixe des deux médecines, ce n’est pas encore le cas en occident et notamment en France. Des études sont cependant à l’essai comme à l’AP-HP de la Pitié-Salpêtrière où a été créée une unité où recherche, enseignement et traitement joueront sur la complémentarité entre les deux médecines. « Dans le cas des cancers, ils pourront être traités avec la médecine occidentale et accompagnés de médicaments chinois permettant de mieux supporter une chimiothérapie, d’atténuer ses effets secondaires ou même diminuer certaines doses de traitement pour obtenir les mêmes résultats avec encore moins d’effets secondaires ». Si les médicaments chinois ne sont pas en vente sur le marché français, c’est parce que la barrière réglementaire est très difficile à lever et l’Europe demeure très prudente.

En somme, conclut François Guinot « gardons l’esprit ouvert. Nous nous sommes enfermés en occident dans le paradigme de la pureté et nous les chimistes portons une grande part de responsabilités. Mais ce paradigme ne doit pas nous freiner aujourd’hui en matière d’innovation ».

François Guinot
François Guinot
© Canal Académie

François Guinot est président honoraire de l’Académie des technologies, délégué aux relations internationales. Chimiste, il a effectué sa carrière dans l’industrie pharmaceutique et chimique. Il est ancien président directeur général de Rhône Poulenc Chimie, directeur général de Rhône Poulenc santé - Biomérieux ;

En savoir plus :

- François Guinot, membre de l’Académie des technologies
- François Guinot sur Canal Académie

- Ecoutez également : La réforme de la santé en Chine.Entretien exclusif avec Chen Zhu, Ministre de la santé de la République populaire de Chine, membre associé étranger de l’Académie des sciences






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