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Minuit à Paris : le scénario à surprises de Woody Allen, membre associé étranger de l’Académie des beaux-arts

La chronique de Gauthier Jurgensen sur ce film présenté en ouverture pour Cannes 2011
La sortie d’un film de Woody Allen, membre associé étranger de l’Académie des beaux-arts, est toujours un événement mondial. À fortiori lorsque la première ouvre le festival de Cannes. Pour sa 64e édition, le prestigieux festival cinématographique a eu en effet la chance de découvrir la dernière oeuvre du réalisateur : Minuit à Paris... notre chroniqueur Gauthier Jurgensen aussi.


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Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
Référence : CARR784
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr784.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 12 mai 2011
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Le 64e festival de Cannes a ouvert ses portes ce mercredi 11 mai 2011. Au programme, il y a les nouveaux films de Terrence Malick, de Pedro Almodovar ou de Nanni Moretti. Mais celui qui a ouvert le festival, c’est Woody Allen, avec son Minuit à Paris, tourné dans notre capitale l’été dernier. Souvenez-vous ! je vous en avais déjà parlé il y a quelques mois. Le cinéaste ne perd pas la cadence : un film par an. Voici donc le cru 2011, qui a suscité une effervescence folle puisque notre première dame, Carla Bruni, y campe un petit rôle. Côté français, on y retrouve aussi le comique Gad Elmaleh, Léa Seydoux et la star internationale Marion Cotillard. Ils donnent la réplique à Owen Wilson, Rachel McAdams, Michael Sheen et Kathy Bates. Mais, comme à notre habitude, laissons de côté le glamour et parlons du film !

Woody Allen, le mystérieux, a laissé planer un soupçon de suspens autour de ce nouveau film. Ni projection de presse ni promotion avant de dévoiler son film à Cannes et au public simultanément, afin de garder la surprise de son scénario intacte. Pourtant Woody n’est pas un cinéaste du coup de théâtre ! Mais rassurez-vous, il y a bien une folle surprise dans le scénario. Une surprise qu’à mon grand chagrin, je vais devoir vous dévoiler si je veux vous parler du film. Il est encore temps d’arrêter d’écouter cette chronique pour ceux qui veulent garder le mystère de la première projection. Soit. Mais si vous ne m’écoutez pas, courez au cinéma et jetez-vous sur Minuit à Paris ! C’est formidable.

Le film raconte le voyage à Paris d’un écrivain américain, Gil, accompagné de sa future femme Ines et de ses beaux-parents. Presque traîné par le bras, il est contraint d’aller visiter le musée Rodin, Versailles ou Giverny avec des amis pédants qu’Ines a croisés par hasard.
Ce n’est pas ça, Paris, pour Gil. Ce n’est pas non plus le hall de l’hôtel Bristol ou le shopping chez Dior. Pour Gil, Paris, c’est la pluie, les bâtiments éclairés la nuit et les longues balades solitaires dans les ruelles. Et surtout, c’est cette mystérieuse voiture à traction avant qui, tous les soirs à minuit, l’emporte vers son époque favorite, les années 1920.

La voilà, cette trouvaille de scénario qu’il ne fallait pas dévoiler. Il est en effet question de voyage dans le temps dans Minuit à Paris. Il y a parfois de la magie chez Woody, comme dans La Rose Pourpre du Caire où les héros pouvaient sortir d’un film ou entrer dedans à leur guise. Ici, le personnage principal va côtoyer Scott Fitzgerald, Man Ray, Ernest Hemingway, T.S. Eliot, Henri Matisse, Salvador Dali, Djuna Barnes ou Gertrude Stein qui va relire son dernier manuscrit et lui donner quelques conseils. Car même s’il ne peut emmener personne avec lui dans cet âge d’or qu’il admire tant, il a quand même la possibilité de nouer une véritable liaison amoureuse avec la muse de Picasso ou souffler à Luis Buñuel le scénario de L’Ange Exterminateur.

Au-delà de la petite trouvaille amusante, cette surprise est un vrai soulagement. Pendant le premier quart d’heure, Woody Allen nous fait le film qu’on redoutait le plus : un Paris de touristes américains qui s’extasient en prononçant avec leur accent tous les clichés habituels. « La Sorbonne », « Versailles », « Giverny », « Mont Saint-Michel ». C’est quand on commence à en avoir absolument assez, que le passé de fantaisie intervient. Nous voilà pris dans cette époque impossible où toute la Lost Generation se donnait rendez-vous à Paris pour boire, discuter et écouter du jazz.

Ce décalage se voit nécessairement dans la mise en scène. Cela passe d’abord par les éclairages. Dans le passé, les lumières sont tamisées, l’ambiance est plus chaude, les couleurs fauves prédominent. Dans le présent, tout est cru : le grand soleil laisse la place, la nuit, aux néons blafards, au Paris soit trop touristique, soit sans aucun intérêt. Les robes Dior que s’achètent les Américaines de 2010 sont déclassées, balayées, démodées par le charme et l’élégance des costumes des Années folles. Cela passe aussi par des valeurs de cadre. Dans le présent, les musées se visitent en plan d’ensemble. Les personnages deviennent tout petits dans l’immensité du décor. Les touristes prétentieux récitent leurs leçons en tournant le dos aux ignares qui tentent vainement de prendre la parole.
Dans le passé, on s’assied autour d’une table. La focale, plus courte, cadre les acteurs de face et leur laisse le temps d’échanger dans de longs champ/contrechamps. C’est ainsi qu’on imagine une discussion parisienne dans un petit bistro où les interlocuteurs s’écoutent et s’intéressent.

Comme je vous le disais, le jazz revient. Il y a particulièrement du Cole Porter, puisque son personnage vient rendre visite au héros du film… mais aussi quelques standards charmants, tels que « Ain’t She Sweet » composée en 1927 par Milton Ager et Jack Yellen. Et même les thèmes les plus connus d’Offenbach, pour évoquer un Paris encore plus ancien. Vous l’aurez compris : Minuit à Paris est un film sur la nostalgie. Une nostalgie sans doute propre à Woody Allen. C’est en amoureux de Paris que le réalisateur nous explique ce qu’il ressent chez nous, en se promenant dans nos rues désertes pendant l’été. Quand la nuit vient, il suffit d’ajouter quelques voitures d’époque dans le champ pour que la reconstitution soit faite. Paris traverse les âges et reste la même.

Pas dupe, Woody sait aussi que l’amour du bon vieux temps est stérile. Ainsi, les personnages des années 20 aimeraient vivre à la Belle Epoque, quand Degas et Toulouse-Lautrec se donnaient rendez-vous au Moulin Rouge ou chez Maxim’s. Mais ces derniers vous diraient sûrement que rien ne vaut la Renaissance. Bref : chacun voit minuit à sa porte.
C’est aussi pour se rassurer sur le présent que Woody Allen fait ce film, et se donner confiance en l’avenir.

Qui sait ? Peut-être que dans cent ans, tout le monde regrettera cette époque bénie où Canal Académie n’en était encore qu’à ses débuts sur le web… et où le jeune Gauthier Jurgensen venaient enregistrer ses analyses lumineuses sur les derniers films des grands académiciens… Ah, vivement le futur !


Texte de Gauthier Jurgensen



En savoir plus :

- Sur l’actualité cinématographique des académiciens
- Sur Woody Allen de l’Académie des beaux-arts : Figaro Hors-Série : Woody Allen  ; Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen, de l’Académie des beaux-arts et Woody Allen, de l’Académie des beaux-arts, et le jazz de la Nouvelle-Orléans






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