Charles II d’Angleterre : des aventures tragi-comiques

"Figures du Grand Siècle", une série proposée par Yves-Marie Bercé, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
Yves-Marie Bercé, de l’Académie des inscriptions et belles lettres, évoque le statut exceptionnel de Charles II Stuart (1630-1685) dans l’imagerie de la monarchie britannique. Quelle est la légende dorée qui entoure ce roi courageux et pittoresque, digne petit-fils d’Henri IV ? Pourquoi la reine Victoria, qui avait du bon sens, confia un jour, que parmi les souverains, ses prédécesseurs, c’était « le fameux Charles II » qui avait sa préférence ?


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : HIST642
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Date de mise en ligne : 8 mai 2011


On n’a souvent retenu de lui que ses frasques amoureuses et son impécuniosité qui obligeait ce fringant cavalier à la fine moustache à dépendre de Louis XIV, son cousin et beau-frère. En fait, le destin de Charles II dépasse largement cette médiocre réputation. Fils de Charles 1er d’Angleterre et d’Henriette de France, il fut roi en droit après la mise à mort de son père en 1649, mais en fait seulement à partir de sa restauration sur le trône de Londres en mai 1660. Pendant les péripéties de la Grande Rébellion, il fut l’incarnation de la continuité monarchique et, en 1660, il réussit pleinement le passage périlleux à la Restauration lorsque, après la mort de Cromwell, il fut appelé pour mettre fin à deux années d’anarchie militaire et qu’il revint à Londres dans l’allégresse générale. Sous son règne de vingt-cinq ans, le retour de la paix civile et les victoires sur la Hollande permirent les débuts de l’expansion maritime et coloniale britannique. Avant d’en arriver là, la jeunesse de Charles II avait été dramatique et incertaine.

La fuite tragi-comique du jeune roi

En 1651, bravant mille dangers il traverse seul toute l’Angleterre avant de s’embarquer pour la France. Après la mort de son père (1649), Charles II avait erré en Hollande, en France et dans les îles Anglo-normandes. Les royalistes étaient alors réduits à la clandestinité. L’Irlande avait été ravagée par Cromwell en 1649 ; la seule base possible d’une éventuelle reconquête était l’Écosse, berceau de la dynastie de Stuart. C’est là que Charles II trouva refuge dès 1650 et c’est là qu’au début de l’été 1651 il se lança vers le sud à la tête d’une petite armée écossaise. Le 3 septembre 1651 son armée subit une défaite à Worcester : la fuite clandestine du roi commença.

Charles II par Peter Lely
Charles II par Peter Lely

La journée du 5 septembre 1651 est restée célèbre entre toutes ; alors que des soldats patrouillaient alentour et qu’une fouille méthodique bouleversait la maison forestière où il était arrivé le matin, le roi s’était caché dans l’épais feuillage d’un chêne. Il y passa toute la journée, écoutant, dit-on, les plaisanteries des soldats battant la campagne. Pour gagner le côte du sud de l’Angleterre, le prince imagina de se faire passer pour un domestique chargé d’accompagner une certaine demoiselle Jane Lane qui s’en allait rendre visite à sa sœur. La chevauchée romanesque du roi de vingt-et-un ans avec la jolie Jane montée en croupe derrière lui a été célébrée par les gravures populaires. Une nouvelle chevauchée en compagnie d’une autre jeune fille, présentée cette fois comme sa fiancée, l’amena enfin aux environs de Brighton. Le 15 octobre 1651, il embarqua sur un petit caboteur pour Fécamps et rejoignit sa mère réfugiée à la cour de France. Cette aventure terrible marqua profondément Charles II. Il demeura fasciné par le souvenir de sa jeunesse tourmentée, au cours de laquelle il fit l’apprentissage de l’adversité, de la maîtrise de soi et de la ruse, mais aussi des réalités de la vie populaire et des fluctuations de l’opinion.

La cause royale triomphe des persécutions

Olivier Cromwell par Samuel Cooper
Olivier Cromwell par Samuel Cooper

Le sens politique premier est le triomphe de la jeunesse et de la juste cause royale sur les entreprises des partisans de Cromwell dont la persécution tatillonne se trouve à chaque fois bafouée et bernée. A travers le héros souriant, c’est la légitimité monarchique et le renouveau de la Restauration qui sont célébrés. Le triomphe du roi fugitif est encore celui de l’amour. Les occasions galantes sont suggérées dans les chevauchées avec les jeunes filles. C’est aussi le triomphe de la fidélité, de la loyauté, de la vocation tutélaire mystérieuse des forêts et du chêne -refuge royal- emblème de la force, de la stabilité et du renouveau.

Histoire populaire, culture nationale

Après 1660, « The Royal Oak » (« Le Chêne Royal ») devint l’objet de curiosité et de culte. Une suite de cinq tableaux, dus au peintre Isaac Fuller, retraça l’escapade du roi caché, habillé tour à tour en bûcheron, en domestique, en laquais ou en palefrenier ; le tableau figurant Charles II dans les branchages du chêne fut reproduit tant et plus. De nombreuses tavernes le prirent comme enseigne. Après la chute des Stuart, la fidélité de leurs partisans s’affichait par une feuille de chêne au chapeau. Charles II, héros de son temps, est sujet de quiproquos et de mascarades, entre le rêve et la réalité. Sans doute les hommes publics et les héros qui focalisent l’attention de leurs contemporains résument-ils, dans un moment spectaculaire de leur vie, les attentes de leur époque.

Dans l’album imaginaire de la petite histoire anglaise, les images du roi Charles II sont particulièrement plaisantes et colorées.

En savoir plus :
- Retrouvez ces grands personnages peu connus du XVIIe siècle dans notre rubrique Figures du Grand Siècle
- Yves-Marie Bercé, de l’Académie des inscriptions et belles lettres.






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