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André Roussin, le géant des rideaux rouges !

Portrait de l’académicien par Danielle Mathieu Bouillon invitée de Jacques Paugam
Figure majeure de la scène théâtrale française, André Roussin a laissé sa trace sur les planches. Avec plus de trente pièces en cinquante ans de carrière cet auteur prolifique continue de régaler les amateurs de théâtre. Pour nous présenter ce géant des rideaux rouges, reçu à l’Académie française le 2 mai 1974, Jacques Paugam a invité Danielle Mathieu-Bouillon présidente de l’Association de la Régie Théâtrale depuis 1982.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : HAB629
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hab629.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida6955-Andre-Roussin-le-geant-des-rideaux-rouges.html
Date de mise en ligne : 1er mai 2011

André Roussin aurait eu 100 ans en 2011. Il nous a légué un héritage considérable composé de chefs-d’œuvre tels La petite hutte, Les Œufs de l’autruche, Nina, Bobosse, Lorsque l’enfant paraît, La Mamma, La voyante et tant d’autres pièces. C’est à 19 ans que Danielle Mathieu-Bouillon, actuellement présidente de l’A.R.T après une longue et riche carrière dans les métiers de la scène, fait sa connaissance. Au micro de Jacques Paugam elle évoque l’homme, sa carrière, son œuvre et sa pérennité.

(c) A.R.T.

André Roussin naît le 2 janvier 1911 à Marseille, plus précisément un dimanche, rue Paradis. Favorables augures ? On peut le penser, car il est issu d’une riche famille de la bourgeoisie phocéenne. Du côté maternel il est le petit-fils d’un puissant industriel de la région marseillaise, « personnage à la Hindenburg », qui vivait encore sous Napoléon III et qui lui inspira les pièces du Tombeau d’Achille et de La sainte famille. En revanche, la figure paternelle, qui l’influencera énormément, est d’origine plus modeste, son père ne devant sa réussite en tant qu’assureur qu’à son seul travail. C’est pourquoi il encourage son fils à étudier le droit, bien qu’il fût tout à fait conscient des aspirations de ce-denier. Taquin, il disait : « Mon fils a une double ambition : être dernier de la classe et devenir Napoléon. Pour la première ambition je pense qu’il n’y aura aucun problème, pour la seconde je ne suis pas sûr de vivre jusqu’au sacre ».

C’est donc dans cette charmante atmosphère qu’André Roussin vécut sa jeunesse, à la fois choyé et incompris. Car c’était un passionné d’art. Très tôt sa sensibilité artistique se manifesta à travers de multiples passions pour les sciences des Muses. Commençant tout d’abord par le violon, il épargne ses parents en abandonnant au bout de six laborieuses années. Il se tourne alors vers le théâtre, et écrit sa première pièce dans un style proche de celui d’Edmond Rostand. Ce fut pour lui une vraie révélation qui lui permit de côtoyer, par l’écriture, Molière et ses autres pairs illustres. Dans sa frénésie créatrice il compose des centaines de vers, œuvre précoce qu’il ne put partager avec une famille perplexe qui le surnommait « Pagnolet » - le mois d’Octobre 1928 coïncidant à la fois avec le rattrapage de son baccalauréat et avec la première représentation de la pièce Topaze de Marcel Pagnol. Malgré les quolibets il ne cesse de se cultiver et acquiert très tôt, grâce à la lecture, une érudition impressionnante. Il sacrifia en effet ses études de droit à la lecture d’illustrations, se forgeant ainsi une solide culture théâtrale. Et, tandis qu’enfermé dans sa chambre ses parents le croyaient en train de réviser son droit, il étudiait en réalité les classiques du début du XXe siècle.

(c) A.R.T.

Fort de tout ce savoir il va se lancer dans la comédie avec la pièce La Coqueluche. Si cette première réalisation ne parvient pas à séduire sa famille, Les fureurs d’Alceste seront en revanche un réel succès. Écrite en alexandrins, sur le ton de la satire, la pièce parle à la sensibilité bourgeoise de ses parents, qui dès lors se rendent compte des capacités de leur fils. Si son instrument de prédilection est la plume il n’en délaisse pas pour autant ses autres passions comme la peinture, art dans lequel il acquiert une certaine dextérité en bon « peintre du dimanche qui peignait tous les jours ». Mais c’est bel et bien le métier des planches qui l’attire, et il côtoie assidument le milieu des « théâtreux » où il rencontre Louis Ducreux, lui aussi issu de la haute bourgeoisie, cultivé et artiste complet. Si c’est la musique qui rapproche les deux hommes, André Roussin ne va pas tarder à apprendre que ce fabuleux pianiste n’est autre que le fondateur de la compagnie du « Rideau Gris » (1932). Il suivra donc son mentor sur les routes de France et y apprendra les ficelles du métier, mais aussi ses difficultés. La précarité de la profession l’obligea à se glisser tour à tour dans l’habit d’un vendeur de pots de peinture, d’un journaliste, et, le hasard faisant bien les choses, dans le costume d’un assureur.

(c) A.R.T.

Mais la persévérance portant ses fruits, il connaît à 30 ans son premier succès marseillais avec la pièce Am-stram-gram, pièce qu’il finance en partie grâce à son héritage. Le succès est tel qu’en 1943 la comédie est jouée à Paris ; c’est le début de la célébrité. De 1947 à 1951 il vivra 5 années de triomphe, ses « cinq glorieuses », durant lesquelles il présentera La petite hutte, Les œufs de l’autruche, Nina, Bobosse, et Lorsque l’enfant paraît. Au sortir de la guerre, André Roussin fait souffler un vent de fraîcheur sur la capitale. La légèreté de ses œuvres, la touche de fantaisie et de surprises qu’elles apportent, insufflent à nouveau la joie de vivre dans les cœurs brimés par l’Occupation. Dramaturge de talent, il est loin de connaître l’apogée de son art, et les années 1950 sont pour lui l’occasion de s’essayer à d’autres styles, à d’autres responsabilités, devenant vedette de cinéma puis directeur de théâtre. Il achètera en effet la salle de la Madeleine, ancien cabinet de travail de Sacha Guitry. Et puis enfin, en 1973, c’est l’apothéose académique, le sacre auquel son père ne put assister, la revanche de Pagnolet. Alors son style s’assagit mais ne cesse de plaire. Car il continue d’écrire et de mettre en scène jusqu’à un âge avancé. Tout comme Molière son héros de toujours, né pour le théâtre, la vocation ne le quitta jamais. Et, à 76 ans, tandis que sa dernière pièce La petite chatte est morte se donne encore, il quitte les feux de la rampe, embrassant la mort « histoire de la surprendre car elle n’a pas tant que ça l’occasion de l’être ».

En savoir plus :

- Sur l’académicien André Roussin
- visitez le site de la régie théâtrale : www.regietheatrale.com
- Retrouvez les émissions de notre rubrique En habit vert, ainsi que les invités de Jacques Paugam sur le site de Canal Académie.






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