La fille du puisatier : le film de Daniel Auteuil d’après le roman de Marcel Pagnol, de l’Académie française

La chronique cinéma de Gauthier Jurgensen
Marcel Pagnol, de l’Académie Française, est célèbre pour son écriture. On aurait tendance à oublier qu’il avait lui-même réalisé quelques films, dont il écrivait aussi les dialogues, évidemment. Par exemple Topaze, César, Le Shpountz, La Femme du Boulanger… ou La Fille du puisatier. La revoilà, mais dans une nouvelle version signée Daniel Auteuil, sur nos écrans à dater du 20 avril 2011, et cela n’a pas échappé à notre chroniqueur cinéphile Gauthier Jurgensen.


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Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
Référence : CARR781
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Date de mise en ligne : 17 avril 2011
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Daniel Auteuil est un habitué des remakes de Marcel Pagnol : il était Ugolin dans Manon des sources de Claude Berri, aux côtés d’Emmanuelle Béart et d’Yves Montand en 1986. C’est un premier essai derrière la caméra pour Daniel Auteuil, qui n’avait jamais trouvé de meilleure occasion avant. Il y campe aussi Pascal Amoretti, le puisatier, rôle tenu par Raimu dans la version d’origine. Pour succéder à Fernandel en Félipe Rambert, c’est Kad Merad qui a été choisi. Ajoutez à cette remise à neuf Sabine Azéma, Jean-Pierre Darroussin, Nicolas Duvauchelle, Marie-Anne Chazel et la jeune Astrid Berges-Frisbey dans le rôle-titre.

Le puisatier, veuf depuis peu, n’a que des filles. Sa préférée, Patricia, vient d’avoir dix-huit ans. Le rêve du père serait qu’elle épouse son ouvrier Félipe. Mais en allant porter à déjeuner à son père, Patricia rencontre un jeune aviateur, Jacques Mazel, fils unique d’un commerçant de Salon-de-Provence. Ensemble, ils commettent l’irréparable et Patricia est enceinte au moment où la guerre éclate. Jacques, mobilisé, doit partir sur le champ, comme Félipe, que Patricia refuse d’épouser. Amoretti, le modeste puisatier, doit aller voir les riches parents de Jacques Mazel pour leur annoncer que sa fille est enceinte de leur fils. Les Mazel refusent de le croire et Amoretti, pour sauver son honneur, n’a plus le choix : il doit renier sa fille.

Daniel Auteuil adapte Marcel Pagnol avec sincérité. Il travaille d’ailleurs déjà sur une nouvelle trilogie marseillaise qu’il mettra en scène. Nous y retrouverons César, Fanny et Marius… Pagnol était d’Aubagne, dans les Bouches du Rhône, Auteuil a grandi à Avignon, dans le Vaucluse. Ils ont partagé la même garrigue et le même accent régional. Le premier aurait pu être le grand-père du second. Et pour cristalliser cette filiation, Pagnol était un illustre dialoguiste du cinéma français, Auteuil est un acteur incontournable de sa génération. Le travail de l’un devient tout naturellement celui de l’autre.

On pouvait donc s’attendre à voir cette nouvelle version de La fille du puisatier portée par ses acteurs. Dès les premiers plans, les spectateurs croisent les doigts : pourvu que le texte et l’accent du sud sonnent juste dans la bouche de ces jeunes comédiens ! Les plus sceptiques seront convaincus dès les premières minutes. Les exégètes s’étonneront, en remarquant que l’original durait une bonne heure de plus. Certes, Daniel Auteuil a beaucoup coupé dans le texte de Pagnol, et s’est concentré sur la dimension sentimentale de l’histoire. C’est la principale différence entre les deux films.

Lorsque Pagnol tourne La fille du puisatier en 1940, il réalise presque un film social. Le décor est là, la campagne est intacte, la société telle quelle et la guerre se déroule réellement en parallèle. Malgré tout le respect de Daniel Auteuil pour ses ancêtres et son ambition de leur rendre hommage, il doit se contenter d’une reconstitution. Cette peinture d’une époque y perd fatalement ses couleurs d’origine. Nous voilà débarrassés de quelques dialogues désuets en 2011 avec un film à la durée classique d’une heure cinquante. Pagnol prenait son temps, lorsqu’il filmait. Ses plans étaient plus longs et peut-être aussi plus naïfs. La fille du puisatier, en 1940, aurait presque pu être une pièce de théâtre si le décor avait été transportable dans une salle de spectacle. Mais ce sont les pinèdes des Bouches du Rhône qui subliment cette romance méridionale, d’où l’intérêt de choisir le cinéma pour faire jouer les acteurs dans un environnement naturel. Les longues séquences de Pagnol captaient le brio de Raimu et de Fernandel, mais aussi le chant des cigales ou le bruissement des branches d’arbres quand le mistral se lève.

Daniel Auteuil aussi veut filmer cette nature si généreuse et familière. Mais le jeune réalisateur qu’il est n’arrive pas à faire vibrer en même temps la nature et l’histoire. Tantôt il la souligne si bien qu’il l’isole, tantôt il l’oublie. Il laisse alors les meilleurs acteurs français occuper tout le cadre. Aujourd’hui, pour être facilement financé, un film doit répondre à certaines normes de mise en scène qui, ici, font perdre un peu d’authenticité au projet.

Il faut mentionner la musique, composée par Alexandre Desplat, qui vient de recevoir un César pour The Ghost Writer. Je vous en avais parlé ici dans une autre chronique, il y a un an, et il était nommé à l’Oscar pour Le Discours d’un roi. Jean-François Robin à la photo, qui avait déjà travaillé avec Daniel Auteuil sur Le Bossu de Philippe de Broca, se met lui aussi au service des comédiens pour leur donner à l’écran l’importance qu’ils méritent. En 2011 comme en 1940, La Fille du puisatier est un grand film familial, estampillé cent pour cent « culture française ». C’est surtout en cela que Daniel Auteuil réussit son pari, et rend un bel hommage à Marcel Pagnol.

Texte de Gauthier Jurgensen

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