Petites Phrases et Citations : l’abbé Gabriel Girard, de l’Académie française

Auteur d’un Dictionnaire des synonymes, il aime que l’on s’entende sur les mots ! (1677-1748)
L’abbé Gabriel Girard fut l’un des auteurs les plus célèbres du XVIIIème siècle grâce à son Dictionnaire des synonymes qui connut plus de dix éditions ! Cet académicien, oublié aujourd’hui hormis des lexicologues, a laissé quelques définitions savoureuses et des citations que l’on peut toujours apprécier. Jugez-en !


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Émission proposée par : Hélène Renard
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Date de mise en ligne : 25 août 2011

C’est manquer d’esprit que d’avouer sa faute sans être assuré que l’aveu en sera la satisfaction ; et c’est une sottise d’en faire la confession sans espérance de pardon. Pourquoi se déclarer coupable à des gens qui ne respirent que la vengeance ?
Gabriel Girard, Synonymes françois, 1756.

- Cette citation, on la doit à l’abbé Gabriel GIRARD, un académicien un peu oublié qui fut homme d’Église, grammairien, philologue et qui vécut sur deux siècles à la fois : durant ses 30 premières années, sur la fin du XVIIe siècle, puis durant 48 ans, pendant la première moitié du XVIIIe siècle. Ses dates sont d’ailleurs 1677-1748. Il serait né - sans qu’on ait trouvé d’acte de baptême -, à Clermont-Ferrand, en 1677, aurait suivi des études brillantes de théologie jusqu’en Sorbonne à Paris. Il était féru de grammaire et de littérature et parlait plusieurs langues et notamment, c’est assez rare pour être souligné, les langues slaves, polonaises et russes, ce qui explique qu’il ait été nommé à la « Bibliothèque du Roy » en 1725 en qualité d’ interprète.

Son principal ouvrage : Les vrais principes de notre langue fut l’une des grammaires les plus importantes du XVIIIe siècle. Dans une première édition de 1718, cet ouvrage portait le titre : La justesse de la langue françoise ou les différentes significations des mots passant pour sinonimes. Et dans sa deuxième édition, il prit tout simplement pour titre Les synonymes françois. Il connut alors un grand succès, une dizaine d’édition entre 1736 et 1769.

- L’abbé aime établir des nuances entre les mots. Voici selon lui, la différence entre les verbes châtier et punir :

- « On châtie celui qui a fait une faute, afin de l’empêcher d’y retomber ; on veut le rendre meilleur. On punit celui qui a fait un crime, pour le lui faire expier ; on veut qu’il serve d’exemple. »
Gabriel Girard, Synonymes françois, 1756.

- Ou encore celle-ci entre : Être satisfait, être content, être joyeux, est-ce le même sentiment ?

« On est satisfait quand on a obtenu ce qu’on souhaitait. On est content lorsqu’on ne souhaite plus. […] Le contentement regarde proprement l’intérieur du cœur ; c’est un sentiment qui rend l’âme tranquille. La joie regarde particulièrement la démonstration extérieure ; c’est une expression du cœur qui agite quelquefois l’esprit. »

- Quant aux verbes savoir, enseigner, apprendre, et faire savoir... eux aussi méritent des précisions pour être employés à bon escient, précisions que fournit l’abbé Girard, fidèle à son habitude :

« Il faut savoir à fond pour être en état d’enseigner, il faut de la méthode et de la clarté pour apprendre aux autres, de l’expérience et de l’habileté pour bien instruire, de la prudence et de la sincérité pour informer à propos et au vrai, des soins de l’exactitude pour faire savoir ce qui mérite de n’être pas ignoré. […] Bien des gens se mêlent d’enseigner ce qu’ils devraient encore étudier. »

- Et encore des nuances à propos d’autres verbes fort usités :

« Entendre, c’est être frappé de sons. Écouter, c’est prêter l’oreille pour les entendre. Quelquefois on n’entend pas quoiqu’on écoute, et souvent on entend sans écouter. La facilité d’entendre désigne un esprit fin, celle de comprendre désigne un esprit pénétrant, celle de concevoir désigne un esprit net et méthodique. »

- A partir de 1718, il devint le chapelain de la duchesse de Berry, Marie-Louise-Elisabeth, la fille du Régent Philippe d’Orléans. Ce n’était sans doute pas une position de tout repos étant donné la personnalité de la duchesse, réputée scandaleuse à cause de ses excès de chair et de table et qui, sans cesse enceinte et après la mort de plusieurs de ses nouveaux-nés, finit par mourir elle-même à 24 ans ! La vie à la Cour générait sans doute des situations bien délicates... et notre abbé les regardait, si on l’en croit, avec fatalité :

« Il y aura toujours des guerres entre les hommes, parce qu’ils sont ambitieux, que l’intérêt les gouverne, et que d’ailleurs le zèle de la Religion, les rend cruels. »

- Esprit délicat et sensible, l’abbé Girard observait les comportements de ses congénères avec une distance sereine qui peut-être ne l’empêchait de souffrir ou de se sentir mal à l’aise...

«  L’impoli manque de belles manières ; il ne plaît pas. Le grossier en a de désagréables, il déplaît. Le rustique en a de choquantes, il rebute. […] On souffre l’impoli dans le commerce du monde ; on évite le grossier ; on ne se lie point du tout avec le rustique. »

Elu à l’Académie... après trois essais.

- L’Abbé Gabriel Girard dut se présenter trois fois à l’Académie. Il échoua les deux premières fois contre deux autres grammairiens qui eurent sans doute crainte de voir élu à leurs côtés un rival dont la supériorité était manifeste : Mairan et Maupertuis. Est-ce à eux que pense l’abbé Girard quand il écrit :

« Il y a des auteurs célèbres qu’il n’est pas permis de blâmer, même dans ce qu’ils sont de blâmable, sans faire courir beaucoup de risque à sa propre réputation. »

- Il fut élu à sa troisième candidature, remplaçant l’abbé de Rothelin le 26 novembre 1744 au fauteuil 11 et il fut reçu à l’Académie française le 29 décembre 1744 par Crébillon. Sans doute a-t-il consacré une grande part de sa vie aux Dictionnaires, puisque telle était - et telle est toujours- la mission de l’Académie française et tel était son propre travail de rédaction. On ne saurait lui reprocher quelque paresse, et à ce propos, écoutez ce qu’il dit de celle-ci dans son Dictionnaire des Synonymes françois :

« La paresse est un moindre vice que la fainéantise. Celle-là semble avoir sa source dans le tempérament, et celle-ci dans le caractère de l’âme. […] Le paresseux craint la peine et la fatigue, il est lent dans ses opérations, et fait traîner l’ouvrage. Le fainéant aime à être désœuvré, il hait l’occupation, et fuit le travail. »

- Gabriel Girard figure dans L’Encyclopédie ou pour en citer le titre exact : dans le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (édité entre 1751 et 1772) sous la direction de Diderot et d’Alembert. Au volume 22, Girard est cité comme une référence, et de nombreuses fois. Cependant, si l’on en croit l’une de ses citations, il préférait rester homme discret, homme de l’ombre. Même s’il est aujourd’hui oublié, il est tout de même passé à la postérité :

«  Les airs de grandeur que nous nous donnons mal à propos ne servent qu’à faire remarquer notre petitesse, dont on ne s’apercevrait peut-être pas sans cela. »
Gabriel Girard, Synonymes françois, 1756.



En savoir plus :

- Toujours plus de citations d’académiciens dans notre rubrique : Petites phrases et citations

- À lire : Le Dictionnaire des Citations de la langue française, de Jean Pruvost, éditions Bordas (7000 citations d’hier et d’aujourd’hui classées par mots clés).






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