Les langues régionales de France : nissart, provençal, languedocien, gascon (12/20)

12 ème émission de la série proposée par la linguiste Henriette Walter
De nos jours, par provençal tout court, on entend en fait provençal maritime, que l’on distingue du provençal alpin (sujet d’une précédente émission). On le distingue également du languedocien, plus à l’ouest, et du nissart, qui est une variété de provençal maritime, à l’est, plus proche des dialectes de l’Italie. Et entre Océan et Pyrénées, on trouve aussi le gascon...


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : sav579
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Date de mise en ligne : 4 septembre 2011


- Le nissart ou niçois
On pourrait préciser que le nissart lui-même est multiple, selon qu’il s’agit de la partie orientale plus proche des dialectes d’Italie, de la partie septentrionale, qui partage certains traits archaïques avec le provençal alpin, ou occidentale, souvent confondue avec les usages du provençal maritime plus généralisé.

- Le souvenir de Mistral
C’est une des variétés de la langue d’oc centrale qui a connu son heure de célébrité mondiale grâce à Frédéric Mistral, qui, avec Mireio, a reçu en 1904 le prix Nobel de littérature. On sait bien que toutes ces langues jouissaient à l’origine d’une certaine unité, mais la fragmentation était réalisée depuis longtemps lorsque, au milieu du XIXe siècle, six jeunes poètes provençaux, parmi lesquels Frédéric Mistral, se réunissent pour créér le Félibrige, une sorte de Pléiade provençale dont le but était de faire renaître une véritable langue commune, avec comme premier objectif la constitution d’une orthographe unifiée. C’est que Frédéric Mistral avait été très affecté par les brimades que subissaient au collège les enfants qui parlaient provençal. Il écrivait, en 1867 :
« Je n’aspirais qu’à une chose, venger un jour et réhabiliter cette langue maternelle sacro-sainte que l’on nous apprenait, à force de brocards et de pensums, à mépriser, à oublier. » _ Cette phrase de Mistral rappelle la coutume du « symbole » telle que l’a également évoquée Pierre-Jakez Hélias pour le breton. Pour forger une orthographe commune, il était apparu comme nécessaire de choisir un dialecte de référence, et comme ils étaient tous de la même région, entre Arles et Avignon, c’est tout naturellement que leur choix s’est porté sur le dialecte de Maillane, patrie de Mistral, comme modèle. Pourtant, malgré la célébrité de Mistral, dont Lamartine avait dit :
« Un grand poète épique est né...un poète qui, d’un patois vulgaire, fait un langage classique, d’image et d’harmonie, ravissant l’imagination et l’oreille ; un poète qui joue, sur la guimbarde de son village, des symphonies de Mozart et de Beethoven. » (Alphonse de Lamartine, Cours familier de littérature, 1859.)
et malgré les hommages rendus à son représentant le plus illustre, le Félibrige n’avait pas réussi à opérer l’unité dialectale souhaitée : trop proche du parler de Maillane, l’orthographe proposée ne s’adaptait pas complètement aux autres parlers occitans. De plus, aucune force politique n’accompagnait les efforts des Félibres.

- L’Institut d’Études Occitanes (IEO)
C’est vers la fin du XIXe siècle qu’une autre graphie voit le jour, qui était fondée cette fois autant que possible sur l’ancienne graphie des troubadours. Une importante grammaire de 500 pages est publiée en 1935 en y appliquant ces nouveaux principes. Repris et améliorés, ce sont ces mêmes principes qui ont sous-tendu les travaux de l’Institut d’Études Occitanes (IEO), à Toulouse. Et à partir des années 1970, des efforts ont été faits pour mettre au point, à partir du languedocien cette fois, considéré comme la forme la plus proche de la langue classique, une sorte de langue de référence pouvant servir de base à un occitan commun, dans le but de permettre diverses lectures selon les variantes de chacun des dialectes. Mais la graphie n’est qu’un des aspects du problème. Les « mistraliens » sont par ailleurs farouchement opposés au terme « occitan », qui par son caractère généralisateur, aurait pour effet, s’il était adopté, de déplacer le centre de gravité, de la Provence -celle de Mistral - vers le Languedoc.

- Entre provençal et languedocien
On a déjà dit que les langues du Midi sont généralement restées plus proches du latin, tandis que le français présente des formes très modifiées : la voyelle A accentuée du latin est restée /a/ dans le Midi tandis qu’elle a pris un autre timbre dans la zone d’oïl : sau en provençal, sal en languedocien, mais sel en français. Dans cet exemple, on aura remarqué la vocalisation de la consonne /l/, qui se retrouve partout en provençal :

  • bèu « beau » < lat. bellus
  • aucèu « oiseau » < lat. avicellus
Une autre réalité est à rappeler : d’une manière générale, le languedocien se révèle plus conservateur que le provençal . Par exemple, les consonnes finales se prononcent toujours en languedocien, mais pas en provençal :
  • amic « ami »,
  • prat « pré ».
De même l’infinitif garde le /r/ final en languedocien, tandis qu’en provençal :
  • escouba « balayer »,
  • escouta « écouter »
  • boulega « bouger ».

Même évolution pour :
  • jou « jour »,
  • de « doigt »,
  • pe « pied ».

- Le gascon fait bande à part
Le provençal et le languedocien ne se confondent donc pas, mais, avec le gascon, on se trouve en face d’une langue qui se distingue encore plus nettement de toutes les autres variétés d’oc. Or, si le gascon se différencie nettement des autres langues d’oc, c’est sûrement en raison de son substrat aquitain, ce qui signifie que le latin parlé dans cette région a donc hérité d’une partie des traits de la langue basque.
Sur le plan lexical, par exemple, le gascon partage de nombreuses formes avec le basque :

  • avarda « rhododendron »
  • ganga « crête de montagne »
  • quèr « rocher »
  • gabe « rivière »

- Extension et spécificités du gascon
Le gascon recouvre actuellement un vaste espace en forme de triangle entre l’océan Atlantique, les Pyrénées (sans le Pays basque) et la Garonne, depuis son embouchure jusqu’aux environs de Toulouse. A ce niveau, la limite avec le languedocien suit à peu près le cours de l’Ariège, dont il s’éloigne ensuite progressivement vers l’ouest. Sur le plan des distinctions phonologiques, le gascon possède une consonne spécifique : un /h/ qui n’est pas un ornement orthographique, comme il l’est devenu en français, mais une consonne vraiment prononcée (comme en anglais ou en allemand). Toutefois, il ne faudrait pas se hâter d’en conclure que cette consonne est la continuatrice d’un /h/ latin, qui d’ailleurs ne se prononçait déjà plus en latin au moment de la conquête de la Gaule. Cette consonne /h/ correspond en fait au / f/ du latin :

  • lat. FLOR gasc hlor
  • lat. FILIA gasc. hilha
  • lat. FARINA gasc. haria
  • lat. FONS gasc hont

Ces deux derniers exemples montrent aussi une autre caractéristique du gascon où, comme en portugais cette fois, le /n/ entre deux voyelles ne s’est pas maintenu : LUNA a abouti à lua, GALLINA, à garia « poule »


Carte du gascon
Carte du gascon

Enfin, entre gascon et béarnais, les nuances sont subtiles, mais on peut signaler par exemple en béarnais la forme archaïque "di"(jour), directement venue du latin DIES (face aux formes du type jorn dans les autres langues romanes).

Avec le gascon et le béarnais s’achève l’exposé sur les langues d’oc. La prochaine émission portera sur une série de dialectes que l’on regroupe sous le nom de francoprovençal, dans une région aux pourtours incertains, et qui se prolonge en Suisse et en Italie.

En savoir plus :


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