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Les langues régionales de France : le basque, langue vénérable (3/20)

3ème émission de la série proposée par la linguiste Henriette Walter
Les nombreuses langues de France sont en majorité d’origine latine, et c’est à la périphérie que se sont maintenues des langues d’origines différentes. On y trouve des langues de la famille indo-européenne, comme le breton, langue de la branche celtique, et comme le flamand, le francique lorrain et l’alsacien, de la branche germanique. L’une d’entre elles fait exception : le basque. Peut-on en percer le mystère ?


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : sav570
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/sav570.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 3 juillet 2011


- La question des origines
L’origine de cette langue, qui ne ressemble à aucune autre langue de France et même d’Europe, reste mystérieuse. On a longtemps pensé qu’elle constituait un des derniers vestiges de la langue des Ibères, mais on lui a trouvé également des ressemblances avec des langues aussi diverses que le hongrois, certaines langues du Caucase, le berbère et même des langues amérindiennes, ou encore le japonais, mais aucune des hypothèses formulées n’a pu être suffisamment étayée pour être convaincante.

- Géographie et histoire du basque
Aujourd’hui, le basque se partage entre l’Espagne et la France, où il recouvre la moitié occidentale du département Pyrénées Atlantiques (arrondissement de Bayonne et une partie de celui d’Oloron), ce qui représente à peu près le tiers du territoire occupé par les bascophones d’Espagne. Mais la langue s’étendait autrefois beaucoup plus loin, si l’on en croit le témoignage des noms de lieux, qui portent des traces de leur origine basque, au nord du Pays basque actuel, comme Alos dans l’Ariège, Garrosse dans le Tarn-et-Garonne, ou Giscos en Gironde.

Carte du Pays basque
Carte du Pays basque
Comme on le voit, le Pays basque espagnol couvre une surface beaucoup plus grande que le Pays basque français. Les noms basques figurent entre parenthèses.
Carte d’après COLLINS, Roger, Les Basques, op.cit., p.17

Cette langue est donc très ancienne, mais depuis quand connaît-on son existence ? Déjà Jules César, dans le De bello gallico, avait indiqué que la Gaule se divisait en trois parties : du nord au sud, la Belgique, la Celtique et l’Aquitaine, patrie présumée des ancêtres des Basques. Ces Aquitains, César les décrivait comme différents des Romains par leur apparence, par leur mode de vie et par leur langue. Donc, déjà présente dans cette région sans doute avant même l’arrivée des Gaulois (qui remonte, elle, au milieu du 1e millénaire av. JC.), la langue basque n’est pourtant attestée par écrit qu’à partir du Xe siècle de notre ère, et uniquement dans quelques rares phrases difficiles à interpréter. On a donc beaucoup de mal à reconstituer son histoire, d’autant plus que le premier livre imprimé en basque ne date que de 1545. C’est un petit recueil de poèmes, rédigé dans le dialecte bas-navarrais, par le curé du village de Saint-Michel-le-Vieux, Bernard Dechepare. Donc, pas beaucoup de textes écrits, mais les traditions ont été perpétuées par transmission orale, dont on trouve encore un type particulier, qui s’est prolongé jusqu’à nos jours, avec les joutes oratoires entre les bartsulari, héritiers de cette tradition séculaire. Ce sont des improvisations en public de vers rimés, sur un thème proposé par l’assistance, et qui génèrent l’entousiasme.

- Une langue résistante
L’ancien président de l’Académie basque, Jean Harischelhar, qualifiait la langue basque de « langue résistante », et avec juste raison. En effet, le basque (euskara en basque) a pu survivre tout d’abord au voisinage du celtique, car les Gaulois n’avaient établi que quelques têtes de pont en territoire aquitain, puis à la pression du latin des Romains et au germanique des Vandales, des Suèves et des Wisigoths. Plus tard, la conquête arabe ne l’a pas atteint, et la montée en puissance du castillan d’une part et du français de l’autre ne l’a pas totalement anéanti, bien que, comme toutes les langues régionales, elle soit également en danger. Un exemple de résistance instructif et un modèle aujourd’hui à méditer pour ceux qui craignent de voir disparaître leur langue régionale !

- La langue basque aujourd’hui

Du côté français, on distingue trois dialectes différents :

  • le bas-navarrais, autour de Saint-Jean-Pied-de-Port (où Port= « col »),
  • le labourdin (autour de Bayonne),
  • le souletin (Mauléon). Ce dernier est peut-être le plus original car il s’y mêle à la fois des archaïsmes (la consonne h de horri « feuille » ou de hilargi « lune » s’y prononce comme une vraie consonne), et des innovations dues aux influences des langues romanes qui l’entourent (la voyelle /ü/ fait partie de son système phonologique, contrairement aux autres dialectes).
Devant cette diversité, qui se retrouve aussi de l’autre côté des Pyrénées avec encore quatre autres zones dialectales, une Académie de la langue basque a été créée au début du XXe siècle, afin d’établir une langue normalisée (euskara batua « basque unifié »).

- Quelques traits caractéristiques
Sur le plan phonique, le basque distingue 3 sortes de consonnes sifflantes :
- une consonne proche du /s/ français, avec la graphie zacur « chien »
- un autre /s/, proche de la prononciation du castillan < s> sagu « souris », et
- une troisième consonne, proche du ch français < x > : xagu « petite souris ».
Ce dernier exemple témoigne du procédé très original du basque pour exprimer la petitesse : par une prononciation dite « palatalisée », et qui peut toucher tous les mots de la langue pour en faire des termes d’amitié, dits hypocoristiques : ils expriment non seulement la petitesse, mais aussi l’affectivité.

  • soko « coin »
  • xoko « petit coin agréable ».

Parmi d’autres curiosités grammaticales, le basque se signale par sa déclinaison comprenant 12 cas, ainsi que par ses constructions verbales, ce qui en fait une langue très originale parmi les langues du monde.
Quant au lexique, il a tout de même connu de multiples influences, et en particulier celle du latin.

- Un peu de lexique
Le domaine des animaux, de l’anatomie et des sciences naturelles a été peu affecté : otso « loup », azeri « renard », sudur « nez », oin « main », ne ressemblent à aucune langue européenne.
Mais on peut reconnaître le latin pacem sous bake « paix », de même que tempora sous dembora « temps », un peu plus difficilement florem sous lore, ou encore flamma sous lama « flamme ».
- Du castillan :

  • pantaila « écran » (cast. pantalla)
  • peskiza « recherche » ( cast. pesquiza)

- Du gascon et du béarnais :
  • tupin « marmite »
  • katea « chaîne »

- Du français :
  • uros et maleros « heureux et malheureux »
  • biberoi « biberon »
  • garaia « garage »

- Quelques noms de famille et quelques célébrités du Pays basque :
Les noms de famille basques, contrairement aux autres régions de France, n’ont pas le plus souvent pour origine un nom de métier, mais des éléments du paysage :
Arangorri « vallée rouge » ( cf Val d’Aran est à la fois une formation hybride et une tautologie : Val ,du latin vallem, et aran « vallée » également, mais en basque) Mendizabal « montagne large » Elisaberri « église neuve ».

Terminons par des célébrités :

  • Isaak ALBENIZ (1860-1909, mort à Cambo-les-Bains (Pyr. Atlantiques)
  • Jean BOROTRA (1875-1937, né à Biarritz (Pyr. Atl.), champion de tennis, surnommé « le Basque bondissant »
  • Maurice RAVEL (1875-1937), né à Ciboure dans le Pays basque (Pyr. Atl.)
  • Enfin un nom basque devenu un mot de la langue française : silhouette. ZILHUETA était le Ministre des finances de Louis XV, qui avait été rendu impopulaire auprès de la noblesse dont il voulait augmenter les impôts, et qu’on avait abondamment caricaturé au moyen de portraits de profil, découpés dans du papier noir. On disait à l’époque « à la silhouette ».
Ainsi se termine notre exposé sur l’unique langue non indo-européenne de France. Elle sera suivie, dans la prochaine émission, par l’examen d’une langue indo-européenne du groupe celtique, le breton.


Henriette Walter
Henriette Walter

Henriette Walter, linguiste renommée, est professeur émérite de linguistique à l’Université de Haute Bretagne (Rennes) et directrice du laboratoire de phonologie à l’école pratique des Hautes Études à la Sorbonne. Henriette Walter est reconnue comme l’une des grandes spécialistes internationales de la phonologie, parle couramment six langues et en « connaît » plusieurs dizaines d’autres. Elle a rédigé des ouvrages de linguistique très spécialisés aussi bien que des ouvrages de vulgarisation.


Bibliographie sélective d’Henriette Walter :

- L’aventure des langues en occident (Robert Laffont)

- L’aventure des mots français venus d’ailleurs (Prix Louis Pauwels 1997)

- Le Français dans tous les sens (distingué du Grand Prix de l’Académie française en 1988)

- Honni soit qui mal y pense, l’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais,

- L’aventure des langues en Occident (prix spécial de la Société des gens de lettres et grand prix des lectrices de Elle, Robert Laffont, 1994)

-  L’aventure des mots français venus d’ailleurs (prix Louis Pauwels 1997, Robert Laffont)

- Honni soit qui mal y pense (Robert Laffont, 2001)

- Arabesques (Robert Laffont, 2006)

En savoir plus :

- Poursuivez cette série de 20 émissions sur les langues régionales de France, sur le site de Canal Académie.

- Retrouvez Henriette Walter sur Canal Académie.

- Canal Académie vous invite à consulter le site du Hall de la chanson, (www.lehall.com) partenaire de cette série d’émissions sur les langues régionales de France.






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