Objets d’art : La table et les couverts

Une chronique de Bertrand Galimard Flavigny
Ne trouvez-vous pas étrange que l’on désigne les cuillers, couteaux et fourchettes sous le nom générique de « couverts » ? Bertrand Galimard Flavigny explique ici l’origine de cette appellation, rappelant qu’on ne met pas la table mais qu’on la dresse. Voici pourquoi...


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : CARR769
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Date de mise en ligne : 27 mars 2011

Il est tout de même surprenant que l’on désigne les cuillers, couteaux et fourchettes sous le nom générique de « couverts ». Les dictionnaires se montrent assez laconiques en la matière. Pour eux, parmi les plus récents, ces éléments plus les assiettes, les verres et les plats sont tout ce dont on couvre la nappe. Les plus anciens dictionnaires, si l’on peut dire, dans le même vocable la nappe qui recouvre la table et le buffet.

Et si l’on se penchait sur cette mauvais habitude de verser du poison dans les plats afin d’éliminer un suzerain, vassal ou autre personnage familier importun ? Durant la période médiévale, afin de se prémunir contre tout danger et de rassurer ses hôtes, on couvrait ledit plat d’un linge avant de procéder au service et distribuer à l’aveugle la nourriture dans leur écuelle. C’était le service « à couvert ». Quant à la table, en fait un plateau porté par des tréteaux, autour de laquelle on prenait ses repas, elle était dressée selon l’humeur ou au gré des besoins dans telle ou telle pièce, auprès des meubles lourds, coffres ou armoires, que l’on ne déplaçait pas. C’est la raison pour laquelle on dresse la table, on ne la met pas.

Les tréteaux, objets d’art eux aussi !

Les tréteaux n’étaient pas de simples bouts de bois sans apprêt. La svv Aguttes en a vendu une paire au décor gothique flamboyant. « Les deux façades adoptent la même disposition, explique l’expert Bruno Perrier. Sur la base en accolade s’élève un triangle découpé à jour. Un registre de lancettes géminées porte une rose centrale : soufflets et mouchettes s’y disposent en hélice autour d’une petite fleurette. Des fleurons la surmontent, dans un cadre de lancettes. Sur les parties pleines, des motifs feuillagés trilobés ornent les écoinçons. Cependant les deux tréteaux ne sont pas identiques. Le gothique n’a pas le goût de la symétrie. Il inféode certes le décor à la structure, mais laisse libre l’exécution du modèle. Art virtuose, il articule en courbes et contrecourbes les lancettes, soufflets, mouchettes, roses et fleurons, tous ornements dont la forme et la composition engendrent le mouvement. » Ces deux pièces, ( : H. : 86 cm – L. : 60 cm P. : 80 cm) en bois de chêne, datés du XV° siècle, plus un plateau rapporté, ont été adjugés 29.040 € le mercredi 22 décembre 2010, à Drouot. Si le plateau est ancien, l’assemblage est ultérieur. L’ensemble restitue au meuble son apparence et permet de mieux comprendre sa principale fonction de table à manger.

Les jours de festin, la table prenait place dans la grande salle du château. Dos à la cheminée, les convives se répartissaient d’un seul côté, pour admirer les plus belles pièces de vaisselle exposées sur le dressoir et pour apprécier entremets et divertissements qui accompagnent le repas. Cette disposition favorisait aussi le service, qui se faisait par devant. Une nappe couvrait le plateau. Celle-là brodée ou damassée, le plus souvent en tissu de lin, était un élément qui contribuait au faste du repas. Elle était aussi symbole social : le partage de la nappe indiquait une égalité de conditions. Les personnes de rang inférieur ne pouvaient avoir accès à la nappe d’un haut personnage sans y avoir été formellement invités. La forme rectangulaire de la table autorisait une disposition des convives en fonction de leur rang. Dissimulés sous les nappes, plateaux et tréteaux, pouvaient être de fabrication sommaire. Les plus communs, largement utilisés se sont perdus. Cependant, explique encore Bruno Perrier, les exemplaires ne manquaient pas et la plupart des inventaires mobiliers rédigés aux XIVe et XVe siècles mentionnaient au moins une de ces tables pourvues de “deux tréteaulz de boys”. L’iconographie de la fin du Moyen âge met en scène des festins où l’on observe des “esteaux” pourvus d’une riche ornementation. C’est à la très grande qualité de leur ouvrage que cette paire de tréteaux présentée à la vente doit sa pérennité, comme l’exemplaire conservé au Musée des Arts Décoratifs à Paris. Les tables d’office étaient en revanche fixes et demeuraient, comme leur nom l’indique dans l’office, c’est-à-dire le lieu où l’on préparait ce qui devait être servi à table. Texte de Bertrand Galimard Flavigny

- Claude Aguttes, 164 bis Av. Charles de Gaulle 92200 Neuilly sur Seine, Tel : 01 47 45 55 55 31- site : www.aguttes.com

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