Marie de Médicis : luxe et puissance, exil et solitude

avec Yves-Marie Bercé de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
Yves-Marie Bercé de l’Académie des inscriptions et belles-lettres évoque le destin aventureux de Marie de Médicis (Florence, 1573 – Cologne, 1642). Sa vie fut plus mouvementée que celle d’aucune autre reine de France. Elle connut le luxe, la puissance, les humiliations, l’exil, la solitude, le dénuement. Une reine-régente qui sut apporter paix et prospérité au royaume et transmettre la couronne intacte en de plus fortes mains que les siennes. Pourquoi les historiens ont-ils été si sévères avec elle ?


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : HIST641
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Date de mise en ligne : 6 mars 2011

En octobre 1600, les Florentins assistèrent, au palais Pitti, au mariage de Marie, la nièce du grand-duc Ferdinand de Médicis, avec Henri IV. Après Catherine de Médicis, pour la seconde fois une Médicis devint reine de France. Il ne s’agissait pas d’une mésalliance pour le roi Bourbon, Marie était une Habsbourg par sa mère et sa grand-mère maternelle. Pour les banquiers toscans, cependant, c’était l’apothéose d’une longue ascension.

Une princesse Toscane amie des arts

Marie de Médicis en tenue de sacre, peint par François Pourbus en 1610
Marie de Médicis en tenue de sacre, peint par François Pourbus en 1610

Sa mère mourut, en couches, en 1578. Les enfants de la maisonnée Médicis ( Marie, sa sœur, ses cousins, son demi-frère illégitime) apprirent les mathématiques, la poésie, la philosophie, l’astronomie, la peinture, la gemmologie, la danse. Ils reçurent, sinon de la tendresse, au moins une éducation raffinée. Grande admiratrice des arts et des sciences, douée en dessin et en musique, Marie fut une Médicis digne de ses ancêtres. En 1587, son père succomba à la malaria. Marie, orpheline de quatorze ans, devint la plus riche héritière d’Europe. Elle apporta deux millions d’écus à la couronne de France -dont un million servit à annuler la dette contractée par la France auprès de la banque Médicis.

Une reine humiliée, trompée mais aimée

Le ménage royal eut six enfants et connut beaucoup de scènes de ménage. La reine, amoureuse de son mari et de nature colérique, supportait mal les maîtresses, publiquement affichées, de son royal époux. La prestance, la blondeur, l’éducation soignée de Marie de Médicis touchèrent, semble-t-il, le cœur du Vert-Galant. La naissance du futur Louis XIII, dès 1601, combla les rêves dynastiques du roi Bourbon. Elle fut sacrée le 13 mai 1610, la veille de l’assassinat d’Henri IV. La mort de cet époux aimé malgré tout fut le grand chagrin de sa vie.

Marie de Médicis et Louis XIII
Marie de Médicis et Louis XIII

La régence de Marie de Médicis et les historiens

Yves-Marie Bercé nous précise encore que de mai 1610 à octobre 1614, la reine Marie de Médicis dirigea le gouvernement du royaume, exerçant le pouvoir au nom de son fils. A partir de la majorité de Louis XIII, la reine mère continua à dominer le Conseil grâce à l’accord et à la soumission du jeune roi, jusqu’à ce que par « un coup de majesté » en avril 1617 celui-ci s’émancipe brutalement et assume lui-même la direction du conseil. Après 1617, malgré bien des vicissitudes, la reine mère conserva une influence certaine sur son fils et donc sur les affaires du pays. Son importance politique ne saurait être négligée. Les historiens, trop négatifs à son sujet, ne retinrent de sa carrière que les querelles mesquines entre la reine vieillissante et Louis XIII, et surtout les conflits politiques qui l’opposèrent au victorieux cardinal ministre Richelieu et qui la réduisirent à mourir en exil. Ces auteurs, reprenant les écrits de dénigrement suscités par les puissants adversaires de la reine, la taxèrent d’une intelligence médiocre et d’une vanité querelleuse. En fait, si l’on juge l’arbre à ses fruits, la période de son gouvernement fut l’une des plus prospères et brillantes de l’âge moderne. Les jugements péjoratifs portés à l’encontre de son gouvernement se sont arrêtés à la surface des évènements, aux agitations confuses des factions princières et des intrigues de cabinet qui semblaient peser sur les destinées du pays.

Exil chez les gendres de 1631 à sa mort en juillet 1642

Le Débarquement de Marie de Médicis à Marseille, par Pierre-Paul Rubens
Le Débarquement de Marie de Médicis à Marseille, par Pierre-Paul Rubens

Brouilles et réconciliations ont scandé la vie de la famille de Louis XIII. Caractères difficiles des uns et des autres, conflits politiques réels et main-mise de Richelieu sur l’esprit du roi, ont participé à ces déplorables tensions familiales, dont la France ne sortit pas grandie. Marie de Médicis était la mère du roi de France, des reines d’Espagne et d’Angleterre et de la princesse de Savoie. La politique menée par Richelieu, auquel elle s’opposait, la mena sur les routes de l’exil. Ses filles d’Espagne et d’Angleterre lui offrirent l’hospitalité mais elle connut le dénuement à la fin de sa vie, à Cologne, dans une petite maison prêtée par son fidèle ami, Pierre-Paul Rubens. Elle ne revit jamais, à Paris, son palais du Luxembourg et les quinze tableaux qu’elle avait commandé à Rubens et que l’on peut admirer aujourd’hui au musée du Louvre. La dépouille de la reine Marie ne fut ramenée en France qu’après la mort de Richelieu (survenue en décembre 1642). Le 8 mars 1643, le convoi arriva à Saint-Denis. Le cœur de Marie fut envoyé à La Flèche où il rejoignit celui d’Henri IV, ce que ce roi avait expressément demandé, trente ans auparavant.

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