Ce bon monsieur de Saint-Amant... un académicien romantique et bouffon !

L’écrivain Claude Le Roy, invité d’Anne Jouffroy, présente sa biographie du poète libertin
« Le bon gros Saint-Amant » (ainsi qu’il se qualifiait lui-même) n’engendrait pas la mélancolie. Surnommé « le buveur académique » par ses confrères de l ’Académie française, ce bon vivant fut aussi un fin lettré. On a vu en lui le créateur de la poésie burlesque, mais ce poète de cabaret devenu académicien préfigura, surtout, l’inquiétude romantique. Claude Le Roy, poète et écrivain, présente, dans son livre Ce bon monsieur de Saint-Amant, cette figure pittoresque dont le souffle poétique est si original pour son époque. On ne s’attendait guère à trouver, au siècle de Malherbe et du classicisme, des vers tels que ceux d’Antoine de Saint-Amant !


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : PAG871
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Date de mise en ligne : 13 février 2011

C’est un vrai roman d’aventures que la vie d’Antoine Girard de Saint-Amant (1594-1661). Débauché plus que libertin, burlesque et sérieux, sentimental et railleur, solitaire et joyeux drille, aventurier et courtisan, Saint-Amant fut tout cela. Boileau et quelques autres écrivains grincheux de l’époque le traitèrent de « fou » et de « goinfre » mais sa rondeur, sa jovialité, sa verve exceptionnelle sont passées à la postérité, pour le plus grand bonheur de la poésie française.

Sur les mers et sur les routes

Peu de poètes ont autant bourlingué que ce Rouennais, hardi marin et joyeux soldat. Après des études bâclées, il s’embarqua : de longs voyages le conduisirent en Amérique, au Sénégal, aux Açores, peut-être aux Indes. En 1617, son tempérament poétique, lyrique et romantique se révéla lors d’un séjour à Belle-Ile. La beauté des paysages tourmentés lui inspira une Ode à La Solitude, qui demeure un des joyaux de la littérature française.

À Paris il se lia avec Théophile de Viau et avec Boisrobert (entré à l’Académie en 1634) et Faret (lui aussi entré en 1634), académiciens, comme lui, de la première heure. Campagnes militaires, missions diplomatiques, voyages d’agrément ou visites de courtisan auprès de riches protecteurs, se succédèrent tout au long de sa vie (Espagne, Angleterre, Italie, Pologne, Suède...). Pendant ses dernières années, il goûta, enfin, un repos bien gagné. Il mourut à Paris dans le dénuement et l’oubli. En 1661, le style poétique de Monsieur de Saint-Amant n’était plus dans l’air du temps.

« Académiste » en 1634, « Académicien » en 1636

Depuis 1629, une fois par semaine, une dizaine d’hommes de lettres se réunissait amicalement chez l’un d’entre eux : Valentin Conrart. Le 13 mars 1634, Conrart, à la demande de Richelieu, rédigea les statuts de la future Académie française (créée officiellement en 1635). Treize nouveaux membres furent admis à siéger avec le groupe initial. Saint-Amant fit partie des élus-désignés jusqu’en 1636 du nom d’ « Académistes ». Notre poète ne fut pas très assidu aux séances hebdomadaires. Il parvint même à échapper au discours de réception, constamment remis. Il montra sa bonne volonté, toutefois, en acceptant de prêter la main aux travaux du dictionnaire pour la partie comique, sa spécialité. Il promit de recenser les termes grotesques et burlesques de notre langue -qu’il ne manqua jamais d’employer dans bon nombre de ses poèmes.

Un Moderne

Saint-Amant fut un poète très moderne, à plusieurs titres. Il le fut d’abord au sens que prendra le mot dans la querelle des Anciens et des Modernes. Il préféra l’inspiration à l’imitation. Il ne savait ni le grec ni le latin, mais entendait l’anglais, l’espagnol et l’italien. Il n’a pas été formé par des livres, mais à l’école du vaste monde, et ses voyages lui ont fourni maints sujets, de la description exotique à la satire. Moderne, il le fut encore d’une autre façon, par tous les aspects de la poésie du XIXe siècle qu’il annonça si longtemps à l’avance : le romantisme des paysages tourmentés, des ruines, du fantastique, de l’hallucination et le goût de l’exotisme. Son lyrisme romantique, qui doit peu de chose à la tradition gréco-latine de notre littérature, atteste de la grande originalité de son art. « C’était l’un des plus beaux naturels du monde pour la poésie, et de qui les bons sentiments de l’âme égalaient la gaieté de l’humeur. » (Sainte-Beuve, Causeries).

En savoir plus :

Claude Le Roy à Canal Académie (2011)
Claude Le Roy à Canal Académie (2011)

- Claude Le Roy est auteur de nombreux romans, biographies, essais et poésies, fondateur de la revue Noréal. Il anime à Caen Le Cercle littéraire André Druelle. Depuis l’an 2000, il préside La Société des Ecrivains Normands. Saint-Amant est la deuxième biographie de sa tétralogie intitulée Poètes de rime et d’épée. Le premier ouvrage de cette série évoquait le poète Antoine de Montchrestien. Saint-Evremont et Blessebois seront les deux futurs poètes normands présentés par Claude Le Roy, au sein de cette tétralogie.

- Pauses musicales choisies par Claude Le Roy : Antonio Vivaldi (Le Plaisir, Concerto n°6 et Concerto pour Hautbois, n°12)






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