La Maison de l’Histoire de France : conservatoire du passé ou lieu de dialogue et de recherches ?

avec l’historien Jean-Pierre Rioux, président du Comité scientifique
Une Maison de l’Histoire de France et non un musée, un lieu de vie, de rassemblement et d’union, tels sont les arguments en faveur de ce projet qui suscite néanmoins bien des polémiques et même des oppositions. L’historien Jean-Pierre Rioux, qui en est l’une des chevilles ouvrières, reprend les arguments et nous en offre une analyse pertinente. Il s’entretient ici avec Damien Le Guay.


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Émission proposée par : Damien Le Guay
Référence : FOC620
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Date de mise en ligne : 16 janvier 2011

Le Projet d’une Maison de l’Histoire de France est sur les rails. Un lieu a été choisi – l’hôtel de Soubise. Des rapports ont été rendus. L’ambition présidentielle est là. Encore faut-il mettre ce projet sur pied, le doter d’un conseil scientifique (ce qui vient de se faire), lui donner une vie propre qui dépasse les seules déclarations d’intentions et les polémiques qui l’entourent.

Nous avons demandé à l’historien Jean-Pierre Rioux (spécialiste de l’histoire culturelle et de l’histoire culturelle du XXe siècle) de bien vouloir nous expliquer la genèse de cette Maison, son état d’avancement et les ambitions qu’elle pourrait avoir. Grâce à lui, l’idée d’une Maison a prévalu sur celle de « Musée ». Il est l’une des chevilles ouvrières de cette Maison et, devrait être, selon toute vraisemblance, membre de son comité scientifique. Il est donc bien placé pour nous en parler. Nous voyons, avec lui, d’où vient ce projet, comment il prend forme et comment il pourrait être un lieu de rassemblement et non de division, de rayonnement et non de ressassement du défunt catéchisme national.
- à noter que cet entretien a eu lieu quelques jours avant que JP Rioux ne soit nommé président du Comité scientifique.

La cour de l'hôtel de Soubise
La cour de l’hôtel de Soubise

L’intéressant dans le débat qui entoure cette naissance délicate tient à ce qu’il révèle. Des historiens de renom ont fait des pétitions pour condamner tout à la fois le « roman national » et une « complicité » vis-à-vis du débat sur « l’identité nationale ». Certains vont même jusqu’à considérer que l’implication dans ce projet serait « déshonorante » - ce qui fait à juste titre réagir Jean-Pierre Rioux. Et, dans un débat récent avec Daniel Roche, le même Jean-Pierre Rioux s’est dit sensible « à la notion chère à Péguy, d’âme de la France » ce qui a fait sursauter son interlocuteur trouvant cette notion archaïque lui préférant celle de construction et de déconstruction. Vincent Duclerc, dans une tribune publié dans un journal du soir, définit la France comme « une adhésion librement consentie à une certaine idée de la dignité politique, de la justice sociale, de la morale laïque, de la solidarité pour les exclus. ». Cette définition est-elle suffisante pour distinguer la France d’autres Nations ? Que faut-il penser, alors, du discours de Renan, le 11 Mars 1882, qui définit la Nation comme « un principe spirituel », un « plébiscite de tous les jours » : « l’essence d’une nation » poursuit-il « est que tous les individus aient beaucoup de chose en commun, et aussi que tous aient oubliés bien des choses ». Cette approche de la Nation est-elle encore d’actualité surtout quand nous souffrons, sans doute, d’un excès de mémoire et d’un défaut de digestion mémorielle avec des aigreurs d’estomac historique quant à ce qui ne passe pas dans notre passé commun. Sur tous ces sujets là, Jean-Pierre Rioux, qui joue un rôle important dans la mise en place de cette Maison de l’Histoire de France, puisqu’il est le président du Comité scientifique, s’explique, corrige, reprend, répond et dessine les contours d’une ambition, d’un programme, d’une volonté fédératrice.

Texte de Damien Le Guay

A noter : l’Académicien Jean Favier, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, a été nommé Président d’Honneur de ce Comité scientifique.






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