Champs électromagnétiques : faut-il avoir peur des antennes relais et des appareils ménagers ?

Avec André Aurengo, membre de l’Académie nationale de médecine, et Martine Souques, présidente de la section Rayonnements non-ionisants de la SFRP
Antenne de téléphonie mobile, four à micro-ondes, radioréveil et LED... : le point commun de ces technologies est l’électromagnétisme dont le public suspecte la nocivité. Pour démêler le vrai du faux, Martine Souques et André Aurengo, deux médecins spécialisés sur ces questions, vous apportent des réponses, conclusions scientifiques à l’appui.


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Date de mise en ligne : 26 décembre 2010

Champs électromagnétiques, environnement et santé est la réédition d’un premier ouvrage publié en 2001. Martine Souques, présidente de la section Rayonnements non-ionisants de la SFRP [1] justifie cette publication revue et augmentée : « Avec les champs électromagnétiques décriés dans le cadre des antennes relais de téléphonie mobile, on a entendu beaucoup de contre-vérités. C’est un ouvrage collectif que j’ai dirigé avec Anne Perrin. Médecins et scientifiques spécialisés sur les rayonnements non-ionisants ont souhaité expliquer dans une langue accessible leurs recherches et les résultats de la recherche dans ce domaine ».

Premier constat : Tous les appareils ménagers (rasoir électrique, radioréveil, four micro-ondes, wifi…) et antennes relais de téléphonie mobile émettent des champs électromagnétiques non-ionisants.
André Aurengo, chef du service de médecine nucléaire à la Pitié-Salpêtrière précise tout de suite : « Les champs électromagnétiques qui transportent de l’énergie couvrent une gamme immense. Cela va des champs statiques aux champs ionisants que sont les rayons cosmiques. Ici, on s’intéresse à la partie non-ionisante qui est incapable d’arracher des électrons à la matière vivante, ce qui est en général la première étape de lésion de nos chromosomes. Dans le cadre des appareils ménagers et des antennes relais de téléphonie, on est à des niveaux d’énergie très bas ! »

Les explications d’André Aurengo et de Martine Souques sont en adéquation avec les conclusions de l’OMS, du Conseil scientifique de la commission européenne, de l’AFSSET [2] et des académies en France qui sont toutes unanimes sur la question : les antennes relais de téléphonie mobile ne présentent aucun danger.

Une antenne relais GSM sur un toit à Paris.
Une antenne relais GSM sur un toit à Paris.

Cependant, la cour d’appel de Versailles a ordonné en 2010 le démantèlement d’une antenne relais… Une décision qui a relancé la polémique et jeté le discrédit sur la totalité des études scientifiques qui démontraient l’inverse.
« Dans cette affaire, il existe trois composantes » explique Martine Souques : « les scientifiques qui évaluent les risques, le gouvernement qui s’occupe de la gestion du risque, et la pression sociétale. Force est de constater que le gouvernement, sous la pression de la population, a donné des indictions de précaution d’usage, provoquant de ce fait une suspicion qui scientifiquement n’avait pas lieu d’être ».

L’électro-hypersensibilité, un mal mystérieux …

Parallèlement à la multiplication de nos objets quotidiens qui émettent des champs électromagnétiques, un nouveau mal est apparu, touchant parfois jusqu’à 2% de la population : l’électro-hypersensibilité. Les Suédois font partie des premiers à avoir reconnu ce mal comme handicapant. « Attention » précise Martine Souques, « le syndrome est reconnu, mais pas la cause ».
Et notre invitée poursuit : « Plusieurs études ont été réalisées dans les années 1980 et 1990 sur les expositions aux champs électromagnétiques, notamment de téléphonie mobile. On plaçait des volontaires dits « électro-hypersensibles » dans une pièce. On leur demandait s’ils ressentaient des symptômes, sans savoir si le générateur de champs électromagnétiques se trouvant à proximité était en fonctionnement ou non. Résultat : leurs réponses étaient le fruit au hasard. Mais quand ces personnes pensaient qu’il existait un champ électromagnétique, leurs symptômes étaient plus nombreux ».
Pour André Aurengo, « autant être clair, l’électro-hypersensibilité est une maladie psychosomatique. Pour ces personnes, cela peut constituer un handicap social et professionnel très grave et qui relève d’une prise en charge psychologique et médicale adaptée. On doit donc dénoncer leur instrumentalisaion par des opposants aux antennes qui en tirent argument pour réclamer le démontage de ces dernières. Un peu comme si les agoraphobes exigeaient la fermeture des grands magasins ! »

Les lignes à haute tension et les leucémies de l’enfant

Dans les années 1970, la rumeur court que les lignes électriques à haute tension sont à l’origine des leucémies de l’enfant. « Dès 1979 et jusqu’à aujourd’hui, nous avons réalisé des études épidémiologiques et expérimentales pour chercher les potentiels de ces lignes sur la santé » raconte Martine Souques. Après une cinquantaine d’études chez l’enfant et plus de 200 chez l’adulte, on a constaté aucune association entre un risque quelconque de maladie et l’exposition au champ magnétique engendré par ces lignes.

Lignes à haute tension (Sagy, Val d'Oise), juin 2005.
Lignes à haute tension (Sagy, Val d’Oise), juin 2005.
© JH Mora

En 2000, le Centre international de recherche sur le cancer a réuni un groupe de travail pour savoir si les champs magnétiques pouvaient être cancérigènes.
A la première question « est-ce que les champs magnétiques sont cancérigènes », la réponse fut négative. « Probablement cancérigène » ? : idem, réponse négative. Et « possiblement cancérigène ? » : oui décrète le Centre international de recherche sur le cancer.
Martine Souques précise : « Les champs magnétiques des lignes à haute tension sont donc possiblement cancérigène au même titre que le café ou le métier de pompier, à la même échelle de ce classement. Les champs magnétiques sont classés « possiblement cancérigènes » mais il n’existe pas aujourd’hui de relations de cause à effet. Avec trente ans de recherche derrière nous, on voit bien que le risque est borné. Le risque, s’il existe, est de l’ordre de 2, alors que pour le risque tabac - cancer du poumon, le risque est multiplié par 20 ».

Légiférer sur les LED qui remplacent en partie les lampes à incandescence

Diode émettrice de lumière
Diode émettrice de lumière
© Christian Pelant

S’il y a un point en revanche qui pourrait susciter des inquiétudes, ce sont les LED, (diodes émettrices de lumière) qui pourraient abîmer la rétine de nos jeunes enfants. L’Europe a programmé la mort des lampes à incandescence à mauvais rendement énergétique. Elles sont désormais remplacées par des lampes fluorescentes compactes et les LED. Pour obtenir un faisceau qui tire sur la lumière du jour, les LED forcent sur le spectre bleu de la lumière. « Il y a un risque pour l’œil et pour la peau surtout chez les enfants qui ont un cristallin très transparent » précise Martine Souques.
Il existe différentes classes de LED qui sont encore mises en vente au public. Elles devraient prochainement n’être vendues qu’aux professionnels.

L’électro chimiothérapie anti-tumorale, nouvelle méthode de traitement des tumeurs solides

Les champs électromagnétiques peuvent également soigner. L’électro chimiothérapie anti-tumorale en est la preuve. Dans ce cas précis, L’électro chimiothérapie ne tue pas les cellules mais laisse entrer la chimiothérapie dans les cellules et révéler l’efficacité de l’agent tumoral. Cette technique est aujourd’hui utilisée dans 70 centres anti-cancer en Europe.

Ecoutez dans cette émission les explications détaillées de Martine Souques et André Aurengo.

© Stéphanie Billo-Bonef.

Martine Souques est médecin de santé publique. Depuis 1991, Martine Souques a en charge le dossier « Champs électriques et magnétiques 50Hz et santé » au sein du service des études médicales d’EDF. Elle est présidente de la section Rayonnements non ionisants de la Société Française de Radioprotection (SFRP) depuis 2007.

© DR

André Aurengo est professeur de biophysique à la faculté de médecine Pierre et Marie Curie. A la fois ingénieur et médecin, il dirige le service de médecine nucléaire du groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière.
Il est membre de l’Académie nationale de médecine et du Haut Conseil de la santé publique depuis 2008.




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La parole scientifique est-elle opacifiée par les intérêts industriels ?
Martine Souques intervient dans cette émission au titre de présidente de la section Rayonnements non-ionisants de la Société Française de Radioprotection (SFRP) et non pas au nom d’EDF. « Tout ce que je dis relève de mon opinion personnelle. Cela fait 20 ans que je travaille sur le sujet. Je suis médecin, mon devoir est d’indiquer s’il y a danger ou pas, et de rassurer si besoin ».
André Aurengo a siégé pendant un an au conseil scientifique de Bouygues sans contrepartie financière. Il fait également partie du conseil médical d’EDF et de Gaz de France. « Curieusement, on ne se pose jamais la question de savoir pourquoi ces entreprises font appel à des médecins spécialisés plutôt qu’aux activistes qui ont pourtant une parole si facile… Je trouve qu’on a malheureusement tendance à penser que de simples liens entre scientifiques et industriels sont suspects alors qu’on ne se penche pas sur ceux dont les combats idéologiques sont leur raison de vivre ».

En savoir plus :

Champs électromagnétiques, environnement et santé, sous la direction de Martine Souques et Anne Perrin, Editions Springer Verlag France, 2010

[1] Société Française de Radioprotection

[2] Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail






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