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Lire et relire François Weyergans, de l’Académie française

Extraits des romans du nouvel académicien
Pour vous permettre de goûter le talent d’écriture du tout nouvel académicien François Weyergans, reçu sous la Coupole le 16 juin 2011, Canal Académie vous propose la lecture des premières phrases de quelques-uns de ses romans. Un parti pris qui, certes, ne donne qu’une vue partielle de l’œuvre mais qui se veut une invitation ou une initiation pour aller plus loin si vous le désirez...


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La chronologie voudrait que l’on commence par citer Le pitre, son premier roman paru en 1973, qui relate, de manière romanesque sa psychanalyse, mais nous préférons commencer par évoquer un autre roman Salomé. Pour une raison précise : Salomé fut écrit en 1968 et 1969, alors que l’auteur avait 27 ans, son manuscrit est resté dans un tiroir jusqu’en 2005. Il y décrit en direct les plaisirs du jeu avec les obsessions tenaces, les fantasmes, les peurs, la libido effrénée ... L’éditeur, en l’occurrence, les éditions Léo Scheer, affirme que dans ce premier ouvrage, qu’il qualifie de « texte fondateur », se trouvent en germe tous les éléments de l’oeuvre de François Weyergans, dont le ton est singulier, mêlant la rage et l’allégresse, l’érotisme et le désarroi...

François Weyergans par Louis Monier
François Weyergans par Louis Monier

Dès la première page, l’auteur dresse une sorte d’autoportrait :

- « Par où commencer puisque je ne sais pas où je finirai, ni comment. N’importe : un de ces jours, il faudra finir. Je me sens comme un vieux colporteur d’images qui a oublié le début de sa complainte et n’en a jamais su la fin... Les théologiens affirment que Dieu seul est à la fois commencement et fin. Ils s’en sortent mieux que moi. J’aurais dû être théologien. Je ne fus qu’enfant de chœur. Dieu avait, paraît-il pris dès ma conception quelques dispositions imprévisibles à mon égard, profitant d’un moment d’inattention, sans doute quand les chromosomes de mes parents échangeaient leur matériel génétique, pour me donner une âme -ce qui , pour les théologiens, est le commencement d’un avenir. J’attendis la puberté pour estimer que mon avenir commençait...  »

la suite donnant de savoureux détails sur sa sexualité enfantine, on renverra l’auditeur à la lecture du livre !

- En 1986, il publie La vie d’un bébé (chez Gallimard) dans lequel il relate à sa manière le commencement de la vie dans l’univers. Voici les premières lignes de cette narration :

- « Tout à coup, il y eut une lumière folle. Elle rayonna dans l’espace. Aucun cerveau n’aurait pu établir que l’espace est un milieu illimité. Il n’y avait pas de cerveaux. La lumière était là, inconcevable, sans but et sans motif. Elle prit possession de l’espace. Plus rien d’autre n’exista, ce qui est gênant à dire à cause des aveugles auxquels on signalera qu’ils n’avaient pas été prévus au programme. Il n’y avait pas de programme. L’existence des globes oculaires ne fut à cette époque attestée nulle part, si on peut qualifier d’époque un état de choses inconciliable avec l’espoir et le souvenir. La lumière n’était faite que de grains, de particules. Ces grains tenaient l’espace sous leur domination, ce qui ne leur parut pas suffisant. Ils s’agitèrent. On était à la veille d’un événement qui influencerait des centaines de millions de siècles, mais l’usage du mot "siècle" est ici une faute contre la chronologie. »

Puis l’auteur en vient à la description du début de la vie d’un fœtus qui commence à bouger dans le ventre de sa mère.

© Gamma / éditions Grasset

- En 1989, l’affirmation est lancée par le titre de son livre : Je suis écrivain (chez Gallimard). Le livre qualifié de roman se découpe en dix-sept chapitres. Le premier s’intitule « se mastiquer le mastodonte ». Il évoque une anecdote de ses jeunes années. En voici les premières lignes :

- « Quand j’étais en cinquième au collège Saint-Paul, j’ai inventé une expression à partir de deux mots repérés dans le dictionnaire à la fameuse page où nous avons tous cherché en vain le verbe pronominal "se masturber" : cette expression : "se mastiquer le mastodonte" connut un beau succès quand je la fis circuler pendant un cours d’histoire. Un maladroit fit passer mon papier jusqu’au premier rang !
- monsieur de Lorges, avait dit le prof d’histoire, puis-je vous demander communication du précieux parchemin qui semble requérir toute votre attention ? Ce fils à papa de de Lorges ! Marquis de Lorges ou prince de Lorges, je ne sais plus. Il avait de la chance, on étudiait Clovis et les autres rois des Francs. Quand on étudia la Révolution et la Terreur, il y avait longtemps que ses parents avaient été obligés de le mettre dans une boite à bachot. Quel œuf !
 »

Ce premier chapitre est suivi de : l’ami des muses, on le surnommait le singe, c’est de toi qu’il s’agit..etc, et le dernier Ki Ki Mio Mio, n’omettez pas de découvrir cette plaisante évocation du Japon...

- En 1990, cette fois aux éditions Grasset, parait Rire et pleurer. C’est le huitième roman de François Weyergans, qui a déjà fait paraître, entre autres, Le pitre et aussi son célèbre Macaire le copte. Dans Rire et pleurer, il s’agit d’un homme qui n’a plus rien, ni femme ni appartement, et qui ne sait plus à quoi ou à qui se raccrocher.

- « En sortant de la boucherie, Michel Zednik avait été suivi par un chien aux fortes mâchoires qui appartenait visiblement à la famille des molosses. Ce chien avait l’air plein d’intelligence et d’amabilité mais ses petits yeux enfoncés, d’une belle couleur ambre, fixaient un peu trop attentivement le papier que Michel serrait dans sa main, et dans lequel ils savaient pertinemment l’un et l’autre que se trouvait une tranche de filet de boeuf. Le chien avait émis une série de plaintes qui auraient rendu jaloux un chanteur de flamenco. Michel lui avait dit : " Ecoute mon vieux, j’ai besoin de cette viande pour mon cerveau qui est fatigué...". »

Et parce que le vieux chien a des poils blancs dans les sourcils, le héros le surnomme Derzou Ourzala ! Le roman se termine en Grèce et les amoureux de ce pays seront heureux de retrouver l’ambiance ouzo et mer bleue, sans savoir, en effet s’il faut, sur le sort de cet homme abandonné, rire ou pleurer.

- En 1992, toujours chez Grasset, parait La démence du boxeur, évidemment l’histoire d’un homme qui a reçu beaucoup de coups, et pas seulement ceux des gants de boxe.

-  « Melchior Marmont, président de la société anonyme Melchior Films (production et distribution) venait d’avoir quatre-vingt-deux ans lorsqu’il réussit enfin à se rendre propriétaire de la maison où il avait été un petit garçon jouant à cache-cache et au conducteur de locomotive, où il avait vécu les plus beaux moments de son adolescence, où il avait écrit des poèmes à la lueur d’une bougie (il avait toujours dans un vieux carnet "ode à l’orage" et sa "Danse macabre") et connu ses premiers fantasmes d’amour avec de jolies femmes, tout ce que feu son frère aîné, médecin des Hôpitaux, aurait appelé le passage gratifiant du stade érotico-masturbatoire au stade érotico-copulatoire. C’est dans cette maison que Melchior, à l’âge de dix ou onze ans, avait pris l’habitude de s’endormir en posant une main sur sa poitrine voulant s’assurer que son coeur ne s’arrêterait pas de battre pendant la nuit..." »

Et après avoir tourné son premier film, à 82 ans, la charrette de la mort emportera le vieux Melchior... Signalons que ce livre a obtenu le Prix Renaudot en 1992.

- En 1997, François Weyergans donne à son nouveau roman deux prénoms masculins Franz et François (chez Grasset). L’histoire de la relation, difficile évidemment, d’un père - Franz de son prénom -, et d’un fils qui se veut tout le contraire de son père et qui, vingt ans après la mort de celui-ci, réglera peut-être et enfin ses comptes... On devine sans peine qu’il s’agit au moins en partie d’une rédaction biographique.

- « Tous ses amis savaient que François Weyergraf avait commencé d’écrire, cinq ans plus tôt, un livre sur son père. Tous ses amis savaient aussi que, depuis cinq ans, il n’arrivait pas à finir ce livre. Dans l’ensemble, ces cinq années lui apparaissaient comme les pires qu’il avait vécues. Il se demandait si, le jour de sa mort, une femme lui ferait la gentillesse posthume de déclarer : "Avec lui, tout en valait la peine, même le pire". Ce serait parfait, comme épitaphe.
Après les années pénibles qu’il venait de lui infliger, Delphine aurait-elle l’idée de prononcer une telle phrase ? Delphine, sa compagne, la mère de leurs deux filles, celle qu’il appelait parfois, dans des accès de romantisme, "ma petite Delphine chérie" - un prénom si agréable à prononcer - avait préféré lui dire "tu étais plus marrant dans le temps", une phrase qui n’était pas mal non plus comme épitaphe".
 »

-  Enfin, en 2005, le prix Goncourt permet à François Weyergans des tirages importants pour son roman Trois jours chez ma mère (chez Grasset) et sans doute le premier des titres que l’on cite lorsque l’on évoque son œuvre. En voici la première page où l’on retrouve d’ailleurs la Delphine dont il est question dans le roman précédent :

- « "Tu fais peur à tout le monde" m’a dit Delphine hier soir, en guise de point final à un dialogue qui risquait de s’envenimer. Ma conduite la pousse parfois à des déclarations de ce genre, de vraies sentences condamnatoires. Dans le passé, même récent, j’ai eu droit à pire de la part de celle que j’appelle "ma petite Delphine" bien qu’elle mesure un mètre soixante-dix-huit. Nous vivons ensemble depuis plus de trente ans. Delphine est la femme que j’imagine à côté de moi, penchée sur mon lit, si je dois mourir un jour à l’hôpital plutôt que dans un accident d’avoir-et dans un accident d’avoir, sans doute sera-t-elle aussi à côté de moi...." »

Quelques précisions biographiques :

François Weyergans, né le 2 août 19411 à Etterbeek (Région de Bruxelles-Capitale) en Belgique d’un père belge, Franz Weyergans, écrivain lui aussi, et d’une mère avignonnaise . Il s’est toujours passionné pour le cinéma, rédigeant des articles pour les Cahiers du Cinéma avant de réaliser en 1961 un premier documentaire sur Maurice Béjart,un film qui a été suivi de plusieurs autres. François Weyergans a été élu le 26 mars 2009 à l’Académie française au fauteuil 32 succédant ainsi à Alain Robbe-Grillet.


En savoir plus :
- François Weyergans : ses prédécesseurs sur le 32ème fauteuil de l’Académie française






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