Jules Renard, son théâtre : "Le goût français" !

Lecture de la préface de Louis Pauwels à une édition complète du théâtre de Jules Renard
Jules Renard n’a pas écrit que "Poil de Carotte" ! Son théâtre, toujours mis en scène, mérite d’être relu surtout si l’on suit les indications données par l’écrivain Louis Pauwels, membre de l’Académie des beaux-arts, qui rédigea, pour l’édition de 1957, une préface aux oeuvres théâtrales de Jules Renard. Elle est ici lue par le comédien Fernand Guiot.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : voi575
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Date de mise en ligne : 13 février 2011

Relire Jules Renard ! Chaque génération ne continue-t-elle pas à prendre plaisir à s’immerger dans son célèbre "Poil de Carotte " ? Néanmoins, ce roman a tendance à faire oublier que Jules Renard a largement écrit pour le théâtre ; et pour découvrir celui-ci, Canal Académie vous propose d’écouter la lecture de la préface que l’écrivain Louis Pauwels, de l’Académie des beaux-arts, a rédigé pour une édition de ces oeuvres théâtrales complètes, datant de 1957. Il y décrit parfaitement ce qui fait l’originalité et le talent de Jules Renard.

« Jules Renard va avoir le mérite, l’extrême originalité, d’avoir le souffle court mais clair, d’emboucher une toute petite trompette mais d’en jouer à la perfection. Tout le monde hurle en cinq actes ; il va non pas murmurer mais grincer des dents en un ou deux actes. Il sera grand parce qu’il sera petit de manière exemplaire... »

Louis Pauwels
Louis Pauwels
© Louis Monier

Tels sont les mots choisis par lesquels Louis Pauwels commente l’art de Jules Renard, rappelant ce que Claudel disait, avec un mélange d’horreur et d’admiration, quand il reconnaissait en lui "le goût français"( mais le mot était-il élogieux dans sa bouche ?).

C’est donc à force d’être attentif aux "petits" détails, aux minuscules vérités, aux travers à peine discernables mais qui n’échappent pas à son acuité, que Jules Renard deviendra grand...

Jules Renard, autant dans ses romans que dans son théâtre, a finalement l’œil toujours "fixé sur soi"...

Louis Pauwels passe donc en revue les principales pièces, et notamment "La Bigote", la dernière de Jules Renard : "Une confidence mais confondante" dans laquelle l’auteur ne milite pas contre l’Eglise et les curés, en ces temps d’anticléricalisme, mais simplement décrit. Il décrit le drame d’un amour conjugal désolé, un "petit" amour dans un vieux couple, le drame du couple qui "à force de silence a fini par s’entendre"... Un amour dans lequel Monsieur ne croit pas en Dieu et Madame est bigote... En fait, Jules Renard ne critique rien, il évoque un souvenir personnel douloureux, une fois de plus car, écrit Louis Pauwels : « il n’en aura jamais fini de souffrir d’avoir vécu entre un père atrocement fier et une mère tragiquement dévote. Il redemande enfance, en revivant ce drame dans son âge mur ».

Il n’empêche que, le jour des obsèques de Jules Renard , Léon Blum, dans un pur style républicain, prononcera un éloge funèbre proche d’une oraison. Ecoutez Louis Pauwels raconter cet épisode.

Et l’académicien de conclure : « son théâtre est d’ambition, ... il résiste. C’est le salut par le style, et il y a de l’honneur à bénéficier d’un tel salut ».

AU THEATRE

La meilleure preuve que l’œuvre de Jules Renard résiste en effet c’est qu’elle est mise en scène quasiment en permanence :
- en ce moment (février 2011), la Comédie française, à Paris, propose une adaptation de Poil de Carotte.
- tandis que la Comédie des Champs Elysées propose une pièce tirée de Crébillon fils (le père était académicien mais pas le fils !) et de Jules Renard : Le Pain de Ménage, monté et interprété par Nicolas Briançon avec Anne Cordier.

Jules Renard - Repères biographiques :

Pierre Jules Renard est né le 22 février 1864 à Châlons sur Mayenne et mort à Paris le 22 mai 1910. Il souffrit d’une enfance solitaire et d’une famille à l’ambiance triste, murée dans le silence. Il se réfugie dans sa passion : la lecture. A l’âge de 17 ans, il quitte la Nièvre, Chitry les Mines, où ses parents s’étaient réinstallés, pour gagner Paris où il prépare l’Ecole normale supérieure, mais y renonce finalement. Il écrit des vers qu’il lit dans les salons, ne trouve que quelques emplois misérables. Il se marie avec Marie Morneau et s’installe dans la maison de sa femme. Il commence à publier quelques œuvres mineures jusqu’en 1891 où son Ecornifleur et encore plus, son Poil de Carotte(1894), lui offrent enfin le succès. Il fréquente alors tout ce que Paris compte comme figures littéraires et théâtrales (Lucien Guitry, Sarah Bernhardt, etc).
Il note d’ailleurs dans son (futur) Journal toutes ces rencontres pointant les travers de chacun avec un grand sens de l’introspection, de l’anecdote, du jeu de mots.
Il commence à écrire pour le théâtre avec Le plaisir de rompre (1897) puis Le pain de ménage (1898), puis Les bucoliques et Monsieur Vernet. Plusieurs de ses œuvres seront publiées de façon posthume. Il demeure l’un des grands noms de la littérature naturaliste.

Louis Pauwels - repères biographiques :

Louis Pauwels fut romancier, essayiste, journaliste, amateur de peinture et membre de l’Académie des beaux-arts où il fut élu en 1985. Il avait déjà publié plusieurs romans lorsque, coup de tonnerre, en 1960, parait son célèbre "Matin des Magiciens" co-écrit avec son compère Jacques Bergier (essai dont on a fêté en 2010 le 60ème anniversaire de la parution).
Les moins jeunes s’en souviennent et les plus jeunes continuent à découvrir ce livre et la revue Planète créée immédiatement après. Ce succès a tendance, néanmoins, à occulter celui des autres ouvrages de Pauwels : l’un de ses premiers romans "Saint Quelqu’un", salué comme un chef d’œuvre ; son essaiMonsieur Gurdjieff qui faillit le ranger parmi les prosélytes, et sa fameuse "Lettre ouverte aux gens heureux" qui le classa définitivement parmi les penseurs à contre-courant du discours ambiant.

A contre-courant, Pauwels le restera durant toute sa carrière et notamment lorsqu’il créera Le Figaro Magazine et Madame Figaro. Lorsque le tirage du Figaro Magazine dépassa le million d’exemplaires par semaine (ce qui ne s’était pas vu depuis le France-Soir de Pierre Lazareff), Pauwels commença à ressentir le tiraillement de toute sa vie : rester dans l’information comme journaliste et se consacrer à l’écriture comme romancier ?

S’il choisit la première voie, il revint néanmoins à l’écriture romanesque avec son roman Les orphelins, dans les dernières années de sa vie. Il était né en 1920, et il est décédé en 1997.

Louis Pauwels adapta plusieurs pièces pour la télévision, dont Faust (avec François Chaumette) et Les jeunes filles de Montherlant (avec Jean Piat) en complicité avec son ami le réalisateur Lazare Iglesis, ainsi que, pour le théâtre, Les chroniques martiennes de Ray Bradbury.

En savoir plus :

- Louis Pauwels de l’Académie des beaux-arts : Notice sur la vie et travaux de Louis Pauwels par Henri Loyrette

- Toutes nos émissions sur Louis Pauwels






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