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Souvenirs de famille : Jean Filliozat, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

Evocation en compagnie de son fils, Pierre-Sylvain Filliozat, membre de la même Académie
Jean Filliozat, indianiste savant, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, a voué sa vie à la recherche de la vérité au sein des civilisations orientales. Il évoquait volontiers ce que l’orientalisme apportait à sa culture personnelle, comment il lui était utile dans son enquête plus générale d’humaniste. En retour, il a aimé servir l’orientalisme, en racontant son histoire, en définissant ses méthodes, en le maintenant dans la voie pure de l’esprit scientifique. Il fut directeur de l’Ecole française d’Extrême-Orient et fondateur de l’Institut français d’Indologie de Pondichéry. Son fils Pierre-Sylvain appartient à la même académie que son père et continue dans la même lignée.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : SDF509
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/sdf509.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 2 janvier 2011

Jean Filliozat (1906-1982) est né à Paris. Il y fit ses études secondaires aux lycées Henri IV et Louis-le-Grand, puis il s’orienta vers la médecine. Son goût pour la science et la recherche scientifique s’éveilla très tôt. Toute sa vie il s’intéressa particulièrement à l’histoire naturelle. Son intérêt pour l’Inde remonte à une découverte littéraire, celle de Leconte de Lisle. D’emblée il avait senti le sublime et la beauté de la mythologie et des idées religieuses indiennes.

Jean Filliozat et Jawaharlal Nehru à Pondichéry en 1956
Jean Filliozat et Jawaharlal Nehru à Pondichéry en 1956

Il est docteur en médecine en 1930 et, la même année, assistant à la consultation d’ophtalmologie de l’hôpital Laënnec. Il ouvre un cabinet d’ophtalmologie qu’il gardera jusqu’en 1947. Ces années de formation, de pratique et de recherche médicales ne l’empêchent pas de se former à l’orientalisme et d’y entreprendre ses premières publications.

« Il apprend le sanscrit, le pāli, le tibétain, le tamoul, un peu de chinois... »

Jean Filliozat est licencié ès-lettres en 1936 avec des certificats d’études indiennes, d’histoire des Religions, d’ethnologie et un diplôme de l’École nationale des langues orientales. Sa première publication d’indianiste, en1931, est un article « Sur la concentration oculaire dans le Yoga ». Il obtient en 1934 un diplôme des Hautes Études avec une thèse où il compare un texte sanskrit avec des parallèles en d’autres langues de l’Inde et en tibétain, en chinois, en cambodgien, et en arabe. Il soutient en 1946 une thèse de doctorat ès-lettres : « La doctrine classique de la médecine indienne ». Dès 1931 il participe aux travaux de la société Asiatique, à partir de 1932 à ceux de la Société d’Histoire de la Médecine et de la société de Linguistique et à partir de 1935 à ceux de l’Institut français d’Anthropologie. Sa vocation profonde pour la recherche scientifique, ses études médicales, son goût pour l’Orient l’ont engagé d’emblée vers l’histoire de la médecine indienne. Mais il ne restera jamais le spécialiste d’une discipline, d’un champ de recherche.

Jean Filliozat à l'Institut français de Pondichéry
Jean Filliozat à l’Institut français de Pondichéry

Sa vocation est universelle

Le milieu des maîtres qui l’ont guidé, à l’égard duquel il exprimera toute sa vie sa reconnaissance, a beaucoup contribué à universaliser sa vocation. Sylvain Lévi fut, sans doute, celui qui apporta le plus à son orientation et qui, savant universel lui-même, l’encouragea à se tourner vers les régions et les cultures les plus diverses, à utiliser toutes les disciplines. La maîtrise des langues est pour le philologue, l’historien, l’archéologue, l’ethnologue, le point de départ. Mais la connaissance des langues ne suffit pas. Le cadre trop rigide d’une grammaire et d’un dictionnaire ne donne pas entièrement accès à la conscience de l’utilisateur de la langue, à la conscience claire du sujet, du créateur des idées, encore moins à la culture générale qui régit sa pensée. Jean Filliozat ne s’est jamais contenté de la forme des textes. Il était soucieux d’accéder à la conscience, à la culture des auteurs des textes, des constructeurs des monuments, des créateurs d’idées artistiques, littéraires, techniques, scientifiques ou religieuses. Son souci de toucher la vie indienne le faisait s’intéresser aux relations des voyageurs européens (les missionnaires du XVIIIe siècle, Anquetil-Duperron) et aux témoignages des orientalistes de terrain. Il s’était lié d’amitié avec des Indiens séjournant à Paris parmi lesquels se trouva Léon Saint Jean (alias Kârâvelâne). Une telle conception de l’enquête scientifique impliquait le contact direct avec l’Inde.

L’École française d’Extrême-Orient et l’Institut français d’Indologie

Sa première mission en Inde date de 1947. Il était alors précisément chargé, en plus de ses recherches scientifiques, de faire une enquête sur les possibilités de créer un centre d’études dans l’Inde. Sa principale activité d’organisation des études d’orientalisme a été la direction de l’École française d’Extrême-Orient et de l’Institut français d’Indologie de Pondichéry dont il fut le fondateur en 1955. Au cours de différentes missions en Indochine, Jean Filliozat fut chargé de négocier, pour le compte de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’établissement d’un nouveau statut de l’École française d’Extrême-Orient fondée en 1901 à Hanoï. A la suite de la guerre en Indochine et de la Conférence de Genève, l’École française d’Extrême-Orient fut rattachée au Ministère de l’Éducation nationale dont relevait l’Académie tutrice scientifique. Le centre administratif fut transféré à Paris. Jean Filliozat en fut nommé directeur de 1956 à 1977. Encore une fois l’héritier du rêve d’Anquetil-Duperron, le célèbre indianiste du XVIIIe siècle, Jean Filliozat désirait que la France ait en Inde un centre permanent pour l’étude de l’Inde sous ses différents aspects, pour permettre aux chercheurs français de travailler sur le terrain, mais surtout de travailler en collaboration avec les pandits, les détenteurs du savoir indien. Jawaharlal Nehru marqua son appréciation en venant visiter l’Institut de Pondichéry peu après sa création, puis quelques années plus tard, notant ses progrès, l’appelait « une fenêtre ouverte de l’Inde sur la France » et remerciait le savant français de son effort d’accroître les connaissances sur le passé de l’Inde.

L’écologie historique

Dès 1956, une section scientifique de l’Institut français de Pondichéry fut créée. Sa destination générale est l’étude écologique du cadre naturel où vit le peuple indien et où il développe sa civilisation. Jean Filliozat disait « les sciences humaines doivent, pour devenir plénières, s’associer aux sciences de la nature, car la vie des civilisations dépend du milieu naturel où elles se trouvent et qu’elles modifient elles-mêmes par leurs activités d’exploitation ». Élargissant son idéal à la dimension de l’humanité entière, Jean Filliozat a plaidé jusqu’à son dernier jour pour la généralisation des sciences humaines, c’est-à-dire pour l’intégration des domaines indien, chinois, etc., par les sciences qui se disent générales.

Nombreuses publications de sujets très divers

L’œuvre de Jean Filliozat est considérable par le nombre des publications et la diversité des sujets traités ; la conception universelle du chercheur l’ayant incité, en effet, à recourir à toutes les disciplines. Il y a des lignes de force, des constantes dans cette œuvre jalonnée de succès scientifiques, le succès scientifique étant, pour reprendre un de ses termes, le fruit de découvertes nouvelles, non la nouveauté des idées, c’est-à-dire la mise à jour d’une réalité, non une nouvelle interprétation personnelle.

Nous ne mentionnons, ici, que quelques ouvrages parmi la somme de ses publications et quelques-unes des disciplines étudiées :

- L’Inde Classique -dont étudiants et chercheurs se servent encore quotidiennement- en collaboration avec Louis Renou, du manuel d’études indiennes,

- Magie et médecine, une mise au point sur les rapports de la médecine scientifique et de ce qui relève de la magie,

- Les origines d’une technique mystique indienne,

- La doctrine classique de la médecine indienne, ses origines et ses parallèles grecs,

- Les échanges de l’Inde et de l’Empire Romain.

En ce qui concerne les disciplines étudiées : Histoire et épigraphie, archéologie, relations extérieures de l’Inde, histoire des religions, philosophie, psychologie, yoga, histoire des sciences, particulièrement histoire de l’astronomie, histoire de la médecine, langues et littératures de l’Inde, études tamoules, paléographie, manuscrits, sociologie et ethnologie, histoire et méthodes des études indiennes – pour ne citer qu’elles !

Jean Filliozat et le génie indien

La finesse, la rigueur du raisonnement et l’humanisme profond de Jean Filliozat ont su révéler à l’occident le génie indien et son influence dans toute l’Asie.

En savoir plus :

- Pierre-Sylvain Filliozat à l’Académie des inscriptions et belles-lettres






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