Les adjuvants dans les vaccins : à quoi ça sert

avec Pierre Bégué, membre de l’Académie nationale de médecine
Les adjuvants dans les vaccins suscitent régulièrement la peur. En 2009, un adjuvant utilisé dans le vaccin contre la grippe H1N1 fait polémique. En 2010, un autre suscite soudainement l’émoi du public : le sel d’aluminium, vertement critiqué dans un ouvrage plus largement consacré à l’aluminium dans notre consommation. A quoi servent les adjuvants dans les vaccins ? Réponses et mises en garde en compagnie de Pierre Bégué, infectiologue, ancien président du comité technique des vaccinations.


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Date de mise en ligne : 21 novembre 2010

Comme son nom l’indique, un adjuvant est un supplément qu’on ajoute pour démultiplier l’action d’un produit.
Côté vaccin, on note que la date du premier adjuvant remonte à 1926. « Cette date correspond à la découverte de l’anatoxine du vaccin du tétanos et un peu plus tôt, de la diphtérie découverte par Ramon. Jusqu’alors les vaccins sans adjuvants provoquaient une montée des anticorps mais qui redescendaient très rapidement. Il fallait répéter les injections et l’effet rappel n’était pas réellement obtenu » explique Pierre Bégué. L’école pasteurienne a donc testé toute une série de produits. Parmi ceux retenus au rang d’adjuvant efficace, l’aluminium sous forme de sels (hydroxyde ou phosphate).

Pourquoi coexiste-t-il des vaccins avec adjuvants et d’autre sans ?

Certains vaccins n’ont pas besoin d’adjuvants parce qu’ils correspondent à une époque où les vaccins n’étaient pas purifiés ou très peu. La réaction était et reste toujours très forte, l’immunité est acquise ; pas besoin d’ajouter un adjuvant. « C’est le cas du vaccin de la typhoïde, de la rougeole et de la rubéole par exemple ».
En revanche, les vaccins d’aujourd’hui sont de plus en plus précis et de ce fait beaucoup plus purifiés. Les réactions ne sont plus suffisantes pour provoquer une immunité. C’est la raison pour laquelle on ajoute au produit un adjuvant. « C’est le cas du vaccin contre l’hépatite B, issue d’une toute petite portion de virus, ainsi que du vaccin contre le papillomavirus et du vaccin de la coqueluche ».

L’aluminium comme adjuvant dans les vaccins : une fausse polémique selon Pierre Bégué

Suite à la parution en septembre 2010 d’un ouvrage au titre anxiogène Quand l’aluminium nous empoisonne, Pierre Bégué répond aux accusations concernant les sels d’aluminium dans les vaccins comme adjuvant :
« Depuis 1927, date des premiers vaccins avec sels d’aluminium comme adjuvant, nous n’avons jamais eu d’alerte sanitaire » affirme l’académicien. Il y a eu deux fausses annonces :
- les neurobiologistes ont pensé un temps que l’aluminium pouvait être incriminé dans la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, ils reviennent sur leurs hypothèses, parlant d’élément « cofacteur », mais pas de facteur premier.
La deuxième fausse annonce a été celle d’une équipe d’hémato-pathologistes de l’hôpital Henri Mondor de Créteil. En 1998, ils constatent pour la première fois un nouveau type de maladie : la myofasciite à macrophages, au point d’injection du vaccin. Las patients se plaignent de douleurs et de fatigue chronique. La biopsie révèle des lésions au point d’injection avec des petits cristaux d’aluminium. L’équipe de chercheurs fait le lien tout de suite avec les vaccins. L’AFFASPS [1], elle, conclut en 2003 que certains malades sont prédisposés génétiquement à garder des traces du vaccin très longtemps. Cela concerne une faible partie de la population ( 1 personne sur 100 000). L’équipe d’hémato-pathologiste poursuit cependant ses travaux. Elle décide de se pencher sur le système nerveux, car il est vrai que lors d’intoxication massive à l’aluminium, des lésions cérébrales chez les insuffisants rénaux sont observées. Ils émettent l’hypothèse que des nanoparticules d’aluminium dans les vaccins sont véhiculées par des macrophages vers le cerveau. « Mais jusqu’à présent, il est admis que les sels d’aluminiums dans les vaccins sont éliminés lentement par voies urinaires et surtout, il ne semble pas que l’on ait retrouvé de l’aluminium passant du muscle vers le sang » » précise-t-il [2]

Vacciner les yeux fermés les enfants ?

« Si les parents se mettent à refuser de vacciner leurs enfants, il est évident que la couverture vaccinale s’effondrera et que les maladies réapparaitront. Ce n’est pas une utopie ! Regardez dans les années 1990 après la chute de l’URSS, il y a eu une libéralisation telle qu’on refusait les vaccinations et la diphtérie est réapparue. On s’est retrouvé avec 250 000 cas de diphtérie et 5000 décès, chiffres officiels de l’OMS » répond Pierre Bégué.
Il faut être vigilant à tout ce qui touche à la couverture vaccinale au même titre que les professionnels de santé demeurent vigilants quant aux risques des vaccins. « S’il y a un point sur lequel je suis d’accord avec le public, c’est que les industries devraient tester leurs vaccins et leurs adjuvants séparément, du point de vue de la tolérance et du résultat toxique. Maintenant, les industriels travaillent sur de nouveaux adjuvants pour limiter encore plus les rappels et augmenter la tolérance (éviter les potentielles douleurs intra-musculaires) ».

Vaccins homéopathiques : prudence

Que penser des vaccins homéopathiques présentés comme une alternative aux vaccins avec adjuvant ? « L’industrie pharmaceutique qui propose de tels vaccins ne peut pas faire d’essais cliniques. Elle ne peut donc pas apporter de preuve de protection. Il est donc difficile de dire si ces vaccins sont efficaces ou pas…Quant aux vaccins fabriqués en « dilution homéopathique », c’est beaucoup plus grave : la quantité de vaccin est diluée, il n’est pas du tout efficace même si vous possédez un certificat de vaccination. Cela s’est pratiqué à une époque, j’espère que ce n’est plus le cas » termine notre invité.

Pierre Bégué est membre de l’Académie nationale de médecine, professeur de pédiatrie émérite à la faculté de médecine Saint-Antoine, infectiologue, ancien président du comité technique des vaccinations.

Le comité technique des vaccinations évalue tous les ans les indications de chaque vaccin et proposent de nouvelles recommandations. Il dépend du Haut Conseil de la santé publique.

En savoir plus :

- Académie nationale de médecine

Aluminium : Quels risques pour la santé ?
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Volet épidémiologique de l’expertise collective InVS-Afssa-Afssaps

[1] Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, http://www.afssaps.fr/

[2] Il y a très peu d’études concernant le métabolisme de l’aluminium d’origine vaccinale. Jusqu’à présent on constate que l’aluminium est incorporé aux cellules immunitaires, monocytes , dont la fonction est modifiée sous l’effet de l’hydroxyde d’aluminium. La persistance de l’aluminium dans le muscle après injection peut être très longue. La présence de l’aluminium à l’état libre dans le sang n’est donc pas bien étudiée, les monocytes étant supposés transporter les particules d’aluminium.
La meilleur somme des connaissances sur l’aluminium figure dans le rapport de l’INVS.






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