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Souvenirs de famille : Jean Foyer, de l’Académie des sciences morales et politiques

Evocation en compagnie de son frère, Jacques Foyer
L’image publique de Jean Foyer reste celle d’un éminent juriste au service de son pays, législateur et professeur de droit, plusieurs fois ministre sous la Ve République. L’homme privé est attachant, généreux, et si un mot devait résumer sa vie, ce serait "fidélité" : à ses origines familiales, à ses convictions morales et religieuses, à sa culture classique. Son frère, Jacques Foyer, juriste lui aussi, professeur émérite à l’Université Panthéon-Assas (Paris II), dévoile ici quelques aspects moins connus de l’académicien des sciences morales et politiques.


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Référence : SDF505
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Date de mise en ligne : 7 novembre 2010

"S’il y a un mot, parmi d’autres, qui caractérise mon frère Jean, c’est celui de fidélité : à sa famille, à sa région d’origine, à ses amis, à ses convictions qu’il a défendues avec constance, et bien sûr au général De Gaulle, à Michel Debré...

Tels sont les premiers mots du témoignage de Jacques Foyer qui ajoute : "Mais cette fidélité est aussi celle qu’il a su inspirer à tous ses amis". Le volume "In Memoriam Jean Foyer", paru aux éditions Litec, à l’automne 2010, en offre la preuve. Plus de trente auteurs ont contribué à cet hommage parmi lesquels -et pour ne citer qu’eux- ses confrères à l’Académie des sciences morales et politiques : Maurice Allais (décédé depuis), Pierre Mazeaud, François d’Orcival, Bertrand Saint-Sernin, François Terré, ainsi que Jean Favier de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. "Il est à ma connaissance, ajoute notre invité, l’un des rares à avoir reçu deux volumes de "Mélanges", un en 1997 intitulé "Jean Foyer, auteur et législateur" et celui-ci paru en 2010. C’est signe que ses amis ne l’ont pas oublié".

Rappel biographique

Jean Foyer, né le 27 avril 1921 à Contigné (Maine et Loire), décédé à Paris le 3 octobre 2008, a été élu à l’ASMP, dans la section Législation, Droit public et jurisprudence, le 5 mars 1984.

Grand juriste, il fut à deux reprises, président de la Commission parlementaire des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République de l’Assemblée nationale ; il fut aussi et resta tout au long de sa vie un éminent professeur de droit, car il aimait enseigner. En tant qu’homme politique, il exerça diverses fonctions, fut conseiller technique de plusieurs cabinets ministériels juste au moment de la Libération, député, maire, sénateur durant de nombreuses années, -il tenait à ses mandats locaux- et plusieurs fois membre du gouvernement, en tant que Garde des Sceaux, Secrétaire d’Etat, puis Ministre, de la coopération, de la santé…

Avec la Vème République, Jean Foyer a connu un parcours d’homme d’Etat exceptionnel.

L’Anjou, terre natale

Son histoire personnelle est celle d’une famille profondément angevine. "Aucun de mes ancêtres n’est né à plus de 100 km d’Angers" écrivit Jean Foyer lorsqu’il se présenta à la députation pour la 1ère fois. Durant plus de 40 ans, il est resté maire de son village, Contigné (700 habitants), situé dans le Haut-Anjou, à la frontière Sarthe et Mayenne, pays d’élevage.

Né au lendemain de la fin de la guerre de 14-18, d’un père blessé à la guerre, d’un grand-père Auguste-Edouard -qui racontait volontiers que le drame de sa vie avait été, durant la Grande Guerre, de porter aux familles les avis de décès- d’une mère qui avait perdu son fiancé officier en 1916, l’un de ses frères, et son père : on imagine que lorsque Jean est né, ce fut le bonheur dans la famille, d’autant qu’il s’est révélé un enfant précoce d’une intelligence vive et d’une mémoire hors du commun. Le père avait une théorie : inutile d’aller à l’école avant l’âge de 7 ans. Et c’est pourquoi Jean, avec ses deux jeunes soeurs, a connu une enfance libre et heureuse. C’est à l’école communale du village qu’il apprend, grâce à un instituteur de qualité, l’orthographe impeccable qu’il a toujours pratiquée. Au Collège d’Angers, il apprend le latin et le chant grégorien, deux disciplines qu’il a continué à pratiquer (si bien d’ailleurs, que le Général, en visite dans la région, lorsque Jean Foyer lui a présenté son ancien professeur de latin a rétorqué : "Monsieur le Chanoine, je vous félicite, il en sait beaucoup" car Jean Foyer était en effet quasiment bilingue en latin). S’il connaissait le grec, il se sentait plus romain que grec et, ajoute son frère "même physiquement, je trouve qu’il avait une tête d’empereur romain"...

Jacques Foyer poursuit : "Il avait dit à mon père : "Je suis un veinard" et il est vrai que dans sa vie, il a eu de la chance. Il n’a cherché aucun des postes qu’il a occupés mais quand il l’occupait, il s’en montrait tout à fait digne. En 1962, quand le Général lui a demandé d’être Garde des Sceaux, poste particulièrement délicat à l’époque, il s’est révélé un Garde particulièrement compétent en politique et dans le domaine juridique".

Après avoir donné quelques éléments sur l’humour, le caractère, de son frère, Jacques Foyer évoque une anecdote, passant rapidement sur la période des études dont on peut imaginer qu’elles furent brillantes : n’aimant pas les mathématiques, Jean Foyer brûla ses livres !

Durant la période 40-44, il a fait un peu de Résistance, il n’aimait guère en parler. Après la Libération, René Capitant, qui avait rejoint le Général, est nommé ministre de l’Education nationale et Gabriel Le Bras lui recommande le jeune Jean Foyer. C’est ainsi qu’a commencé sa carrière (attaché de cabinet à l’âge de 23 ans). L’amitié avec Capitant ne s’est jamais démentie. (Ecoutez Jean Foyer évoquer Gabriel Le Bras Gabriel Le Bras, un maître du droit canonique

En 1946-1947, il abandonne la voie de l’agrégation, devient avocat, spécialiste du droit des brevets (il a continué par la suite) mais il a continué à aider ses camarades à préparer l’agrégation... Gérard Cornu, l’un de ses amis, lui conseille fortement d’écrire sa thèse, ce que Jean Foyer réussit à faire en seulement deux mois ! Il devient donc docteur en droit, chargé de cours à Poitiers(il eut comme étudiante Marie-France Garraud... )

Puis vint le retour du Général De Gaulle. Jean Foyer est député... Ici, notre invité ne fait que rappeler très brièvement ce que son frère a relaté en détails dans son livre de Mémoires (écoutez notre émission Sur les chemins du droit avec le Général

Durant la période 60-62, Jean Foyer est Secrétaire d’Etat puis Ministre de la Communauté franco-africaine : il en parlait peu, reconnaissait qu’il avait passé des heures difficiles, en négociant avec le personnel -souvent de grande qualité- des futurs états africains.

Un autre moment crucial : quand il a sauvé la tête du général Jouhaud (Edmond Jouhaud 1905-1995) que le Général voulait faire exécuter après le Putch d’Alger. Jean Foyer a dû s’opposer au Général, ce qui n’était pas facile... mais il a tenu bon.

Une carrière bien remplie

Jean Foyer a mené en fait cinq ou six carrières toutes assumées avec enthousiasme ; il s’est notamment largement investi, et avec plaisir, en tant que président de la Commission des Lois. Il s’entendait avec ses collègues tant de la majorité que ceux de l’opposition (anecdote : avec le député Waldeck l’Huillier, du Parti Communiste Français, à la fin des séances, si le travail avait été bon, ils ouvraient leur antiphonaire et entonnaient ensemble en grégorien l’office du jour !).

L’amour de la musique

Cet amour de la musique, débuté très tôt, ne l’a jamais quitté. Il n’est pas excessif de dire que Jean Foyer fut l’un des meilleurs grégorianistes de France (il fit partie d’un jury pour sélectionner les candidats à une chaire de grégorien créée par le Conservatoire).

Convictions morales et religieuses

Il restait très discret sur ses convictions qui transparaissaient par ses engagements. Il les avait évidemment héritées de sa famille, très catholique de l’Ouest. Il s’honorait même d’un arrière-grand-oncle, Guillaume Répin, guillotiné en 1794, béatifié parmi les 99 martyrs de l’Anjou par Jean-Paul II, et qui, de par son âge, se trouvait le premier de la liste ! Mais Jean Foyer, profondément catholique, ne fut jamais sectaire. Ces convictions ont été manifestes lors de plusieurs affaires : Jouhaud, Bastien-Thiry (1927-fusillé le 11 mars 1963), la loi sur l’IVG (ses relations avec Simone Veil n’en ont pas été affectées), la sécurité sociale particulière pour les moines, etc. Il participait aux cérémonies liturgiques et, marque de son humour, disait volontiers "De même qu’il y a des enfants de choeur, je me considère comme un vieillard de choeur ! ".

Le par-coeur, Jean Foyer le pratiquait autant pour des citations en grec ou des textes en latin que pour les oraisons funèbres de Bossuet, auteur qu’il appréciait particulièrement (à cause de lui, il se disait gallican, mais d’un gallicanisme modéré car, en vérité, il admirait profondément les deux papes Jean-Paul II et Benoît XVI, cardinal Ratzinger qu’il a contribué, aux côtés de Raymond Polin, à faire élire membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques). Ecoutez ce qu’il en dit : Le cardinal Ratzinger, membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques

Jacques Foyer
Jacques Foyer

Ecoutez d’autres émissions avec Jean Foyer :

- Jean Foyer et ses souvenirs de Seconde Guerre mondiale
- Jean Foyer : le droit et le latin
- Jean-Paul II, le plus long pontificat du XXème siècle
- Sur les chemins du droit avec le Général
- La redécouverte du chant grégorien

Aller plus loin :

Pour mieux connaître Jean Foyer, on peut lire
-  son livre de Mémoires « Sur les chemins du droit avec le Général » paru chez Fayard, livre qu’il avait lui-même présenté dans une émission sur Canal Académie Sur les chemins du droit avec le Général

-  et l’ouvrage collectif, Jean Foyer, In Memoriam, paru aux éditions Litec, sous la direction de Catherine Puigelier.






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