Souvenirs de famille : Louis Pauwels, de l’Académie des beaux-arts

évocation en compagnie de sa fille Marie-Claire
Louis Pauwels fut romancier, essayiste, journaliste, amateur de peinture et membre de l’Académie des beaux-arts. Mais grâce à sa fille, Marie-Claire, on le découvre aussi passionné de pêche et de décoration, exigeant dans le travail comme dans l’écriture... En cette année 2010 qui marque les cinquante ans de la sortie du "Matin des magiciens" chez Gallimard, voici quelques facettes méconnues du créateur de "Planète" et du Figaro Magazine.


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Date de mise en ligne : 5 décembre 2010

"Si je devais qualifier mon père d’un mot, je dirais : exigence. Exigence pour lui, pour moi, pour les autres...Avec moi, il fut particulièrement exigeant, non seulement quand j’étais à l’école -il n’était jamais satisfait de mes résultats- mais plus tard, quand je dirigeais Madame Figaro. Tous les jeudis matin, après avoir feuilleté le journal, il le critiquait et m’appelait et tous les jeudis matin, je pleurais !"

Marie-Claire Pauwels évoque aussi plusieurs passions de son père :
- l’art tout d’abord. Il s’y est toujours beaucoup intéressé, a collectionné les tableaux du "réalisme fantastique" que lui offraient ses amis, a été rédacteur en chef de la revue Arts pendant plusieurs années, et, tant dans la revue Planète que dans le Figaro Magazine, il veillait à ce que de grands dossiers d’art soient toujours mis en valeur.
- Autre passion méconnue, la pêche. Au nord de l’Angleterre où il se rendait tous les ans dans une île chez le mari d’Edwige Feuillère. Il aimait le silence et la concentration offerte par ce loisir.
- Il faudrait dire aussi sa passion pour les maisons (il regardait celles qui étaient à vendre, sans jamais les acheter bien sûr), pour la décoration de l’intérieur et les beaux objets, et surtout pour les fleurs, et particulièrement les roses de son jardin.

Louis Pauwels par Louis Monier
Louis Pauwels par Louis Monier

Au fond, Louis Pauwels aimait les plaisirs simples, et dans son journal, publié après sa mort sous le titre "Un jour je me souviendrai de tout", il en dit quelques mots, écoutez- le :

- lecture d’un extrait de son journal "Un jour je me souviendrai de tout", le dimanche 19 mars 1972.

Marie-Claire Pauwels poursuit : "Il aimait beaucoup les enfants qui l’attendrissaient. De ma fille, il disait qu’elle était "un cerveau à pattes" ! Il était bon et généreux, tendre et gentil, fragile et vulnérable". Ses enfants ? Louis Pauwels en parle dans son journal. Ecoutez :

- lecture extraite de son journal "un jour je me souviendrai de tout", sans date.

L’homme du Nord.

Il était réservé, on pouvait le trouver froid, un peu distant, mais avec beaucoup de chaleur à l’intérieur, dit sa fille. Il avait été fait citoyen d’honneur de la ville de Gand. Et à cette occasion, avait prononcé un discours. Ecoutez-le, devant les échevins de la ville, en mai 1986.

- lecture du discours de Gand.

L’écriture selon Pauwels

Marie-Claire se souvient : "J’ai été bercée durant toute mon enfance par le bruit de la machine à écrire". Car son père écrivait uniquement à la machine, avec un carbone, en raturant énormément, en se reprenant plusieurs fois. L’écriture était un exercice douloureux, tant il était exigeant. Il écrivait chez lui, au Mesnil le Roi, et dans sa maison de Trouville face à la mer.

En 1960, Louis Pauwels avait déjà publié plusieurs romans lorsque, coup de tonnerre, il figure parmi les livres les plus vendus avec son célèbre "Matin des Magiciens" co-écrit avec son compère Jacques Bergier. C’était il y a cinquante ans. Les moins jeunes se souviennent et les plus jeunes continuent à découvrir ce livre et la revue "Planète" créée immédiatement après. Ce succès a tendance, néanmoins, à occulter celui des autres ouvrages de Pauwels : l’un de ses premiers romans "Saint Quelqu’un", salué comme un chef d’oeuvre et dont la lecture peut toujours procurer du plaisir ; son essai "Monsieur Gurdjieff" qui faillit le ranger parmi les prosélytes ; et sa fameuse "Lettre ouverte aux gens heureux" qui le classa définitivement parmi les penseurs à contrecourant du discours ambiant. Ecoutez ce qu’il écrit à propos de son livre "Saint Quelqu’un"

- extrait de son livre-testament "Les dernières chaînes".

A contrecourant, Louis Pauwels le restera durant toute sa carrière et notamment lorsqu’il créera Le Figaro Magazine (et Madame Figaro qui fête en cet automne 2010 ses trente ans et dont Marie-Claire Pauwels a été la directrice), il choisira délibéremment d’être à contrecourant de certains choix de société, du politiquement correct, des idées convenues... Lorsque le tirage du Figaro Magazine dépassa le million d’exemplaires par semaine (ce qui ne s’était pas vu depuis le France Soir de Pierre Lazareff), Louis Pauwels commença à ressentir le tiraillement de toute sa vie : rester dans l’information comme journaliste et se consacrer à l’écriture comme romancier ?

Marie-Claire a perçu ce tiraillement : "Il a beaucoup souffert au Figaro Magazine de ne plus écrire car il était écrivain, poète, il aurait dû être comme Zola et continuer à écrire...". Travailleur acharné, il n’aimait guère les vacances : "Il avait une puissance de travail énorme, je l’ai toujours vu travailler, jusqu’à en tomber malade. Quand nous l’avions emmené en Grèce, il s’asseyait sur un arbre, lisait, écrivait ; je ne me souviens pas avoir vécu des vacances avec lui".

S’il choisit la première voie, celle du journalisme, il revint néanmoins à la seconde, celle de l’écrivain, dans les dernières années de sa vie (né en 1920, il décède en 1997) en rédigeant son gros roman " Les orphelins".

Il ne faut pas oublier que Louis Pauwels adapta plusieurs pièces pour la télévision, dont Faust (avec François Chaumette) et Les jeunes filles de Montherlant (avec Jean Piat) en complicité avec son ami le réalisateur Lazare Iglesis, ainsi que, pour le théâtre, Les chroniques martiennes de Ray Bradbury.

Enfin, on ne saurait décrire Louis Pauwels sans évoquer la dimension mystique qui l’habitait : "Il s’intéressait à la spiritualité, aux religions, et lorsqu’il a eu son accident au Mexique (une chute), il a été "touché par la grâce". Il en parlait avec Mgr Lustiger. Et puis, vers la fin de sa vie, il fut moins religieux. Dans l’épreuve qu’il vivait, il disait "Dieu m’a oublié". Il a eu une première attaque cérébrale qui l’a privé de la capacité de lire et d’écrire, puis une deuxième, et la troisième qui a été fatale. Je l’ai vu partir, brutalement".

Si l’homme est mort, le poète, l’écrivain, demeure. Son épouse Elina Labourdette, qui fut comédienne, ne s’y trompa pas. Ecoutez ce qu’en écrit Louis Pauwels dans son livre-testament : "Les dernières chaînes".

Les lectures sont ici assurées par le comédien Michel Girard.

- Les ouvrages de Louis Pauwels sont majoritairement parus chez Gallimard et chez Albin Michel. Son journal "Un jour je me souviendrai de tout" est paru aux éditions du Rocher. Son livre-testament "Les dernières chaînes" existe en Pocket.

- Le Matin des magiciens est paru en 1960 (1ère édition) chez Gallimard. Louis Pauwels avait rédigé une sorte de portrait de son co-auteur Jacques Bergier sous le titre de Blumroch l’Admirable ou le déjeuner du surhomme (paru chez Gallimard). A l’occasion de ce 50 ème anniversaire, paraît aux éditions L’Harmattan, un ouvrage collectif d’hommages à Jacques Bergier sous la direction de Claudine Brelet : Jacques Bergier, une légende, un mythe.






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