Les médias sont-ils un pouvoir en démocratie ?

par Henri Pigeat, une communication à l’Académie des sciences morales et politiques
Quel rôle les médias jouent-ils dans une démocratie ? Henri Pigeat, président du Centre de Formation des journalistes, expert des médias, aborde les questions de fond sur le rapport entre le monde politique, l’opinion des citoyens et les nouvelles formes médiatiques. Avec leur diversité, leur puissance, leur omniprésence, les médias contribuent-ils à forger l’opinion publique ? Réponses moins évidentes qu’on ne croit et éléments de réflexion dans cette communication devant les membres de l’Académie des sciences morales et politiques.


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Date de mise en ligne : 31 octobre 2010

Henri Pigeat rappelle, en première partie, les constats habituels : la démocratie ne va pas bien et les médias en seraient responsables. A gauche comme à droite et de tous bords, on s’accorde sur ce point sur lequel Pierre Bourdieu avait prononcé un verdict sans appel (qui reste à prouver) mais chacun admet que, sans presse libre, il n’y a plus de démocratie. Faut-il pour autant une règlementation plus stricte des responsabilités des journalistes ? L’expérience a montré que trop encadrée, la presse perd sa liberté... Le remède serait pire que le mal !

Et d’ailleurs d’où vient le mot "médias" ? On parlait jadis de "mass-medias" et le mot, d’origine américaine, est devenu générique, avec le flou et l’incertain qui l’entoure. Car les médias aujourd’hui recouvrent de multiples modes de diffusion. Ils ne sont pas une entité mais une diversité. Ils deviennent synonymes de pléthore envahissante de messages ; l’évolution des technologies ne cesse de modifier leur visage... ils se développent en ce moment en réseaux, d’où l’on tire (hâtivement) la conclusion qu’ils permettraient un meilleur dialogue entre les émetteurs et les récepteurs.

De plus, l’écrit est supplanté par l’image, et le contenu de l’information s’en trouve modifié. Car les médias de l’image fonctionnent dans un temps court, et expriment ainsi plus volontiers l’émotion que l’information. Le poids du passé ne pèse plus. Quant à l’individu a accès à de multiples sources d’information (associations, experts, réseaux, etc) qui lui donne l’illusion d’être plus libre et mieux informé. "Et pourtant, dit Henri Pigeat", l’émotion du jour ne saurait être une information..." La politique-spectacle

La communication politique elle-même est totalement transformée. Elle adopte des manières venues de la publicité : un message doit faire spectacle, les formules se doivent d’être simples, frappantes... il ne convient pas que le spectateur fasse le moindre effort ! Le discours public se met ainsi au niveau des programmes télévisés, essentiellement tournés vers le divertissement.

Henri Pigeat
Henri Pigeat

En seconde partie, Henri Pigeat aborde d’autres questions de fond.

"Les médias continuent-ils à servir la démocratie ? Contribuent-ils à transformer le régime démocratique dans son fonctionnement, dans ses fondements, dans son expression ?"

En réponse, il offre plusieurs éléments essentiels de réflexion. D’abord, en soulignant que le concept de démocratie lui-même se complique (il doit répondre à des attentes politiques mais aussi sociales, morales, et autres).

Quant aux traditionnels trois pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) que deviennent-ils face au poids des médias ? Henri Pigeat donne ici plusieurs exemples, notamment celui de la réforme des retraites : il s’agissait, au départ, d’une question technique, qui est devenue, par la médiatisation des minorités protestataires, une question sociale, une question de confiance envers le gouvernement. "On est loin du sujet finalement... La démocratie serait-elle entrée dans une "manifesto-cratie" médiatique ?" La question mérite d’être posée, et l’intervenant invité à l’Académie ne l’élude pas, bien au contraire.

Pour lui, malgré l’omniprésence des médias, ceux-ci forment une nébuleuse dépourvue de centre, et ne constituent pas une force collective. Ils sont de moins en moins un pouvoir, ni même un contrepouvoir. De plus, s’ils sont assujettis à la publicité et aux recettes commerciales, ils risquent évidemment de perdre en objectivité.

A noter que si le journal écrit était communautaire, l’Internet accentue l’isolement de chacun (qui alors cherche des amis par d’autres moyens, genre réseaux). Et peu à peu, on voit s’installer l’indifférence, la parlotte généralisée, sans chaleur conviviale.

Quand l’écrit s’affaiblit, le jugement, le raisonnement, faiblissent aussi...On observe que la presse écrite suit l’évolution des autres médias, tend à imiter la télévision, avec des nouvelles brèves, des surenchères plus ou moins spectaculaires...

Le communicant évoque aussi la formation des journalistes, dont l’image n’est guère bonne. Mais une formation n’est-elle pas indispensable pour apprendre à connaître les faits et vérifier les sources ? Prennent-ils encore le temps de vérifier et de réfléchir, de prendre du recul sans réagir trop vite ? Si le journaliste se transforme en animateur, quelle valeur prend l’information communiquée ?

En conclusion, Henri Pigeat constate que la multiplication des informations n’informe pas mieux ! La situation des médias n’est pas pire aujourd’hui qu’hier, c’est pourquoi il ne se montre pas pessimiste, mais cette situation doit nous alerter. Reste qu’on le sait : la démocratie n’est-elle pas un idéal jamais atteint ?






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