Le Président Jeannin, conseiller d’Henri IV, de Marie de Médicis, de Louis XIII

"Figures du Grand Siècle", une série proposée par Yves-Marie Bercé, de l’Académie des inscriptions et belles lettres
Yves-Marie Bercé, membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres, évoque le président Pierre Jeannin (né après 1540 - mort en 1623) qui fut magistrat et diplomate français, grand commis de l’État, conseiller royal, renommé et honoré dans les siècles passés mais mal connu de nos jours.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : HIST624
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Date de mise en ligne : 17 octobre 2010

Pierre Jeannin fut premier président du Parlement de Bourgogne, conseiller du Duc de Mayenne, ambassadeur de France en Hollande, conseiller du roi Henri IV, de Marie de Médicis et de Louis XIII, surintendant des Finances, et reste connu sous le nom de « Président Jeannin ».

Pierre Jeannin joua des rôles primordiaux pour le royaume de France mais il échappe, bien souvent, à l’attention du public même cultivé et curieux d’Histoire. Les Négociations* qu’il écrivit à la fin de sa vie furent longtemps considérées comme le bréviaire du diplomate– on dit que Richelieu au début de sa carrière le lisait avec grande attention et le considérait comme un prodigieux négociateur politique qui force le respect et la considération.

L’infortune historique du Président Jeannin peut s’expliquer dans la mesure où il ne correspond pas à la vision stéréotypée de la chronique politique de la France. L’historiographie, classiquement, rejette ou ridiculise les épisodes de la Ligue et de la régence de Marie de Médicis ; moments de causes perdues et de décadence politique au regard de la plupart des historiens. La postérité historique de Pierre Jeannin en souffrit. Henri IV ne cessa, cependant, de vanter ses mérites et résolut, à la soumission des Ligueurs en 1596, de s’attacher tout à fait Jeannin sachant qu’il aurait ainsi « tout un conseil dans une seule tête ».

Pierre Jeannin, bourguignon et juriste

Il naquit à Autun d’une famille de riches marchands tanneurs depuis au moins trois générations. Son père, échevin de la ville d’Autun, eut suffisamment de prétentions sociales pour l’envoyer suivre à la faculté de droit de Bourges les enseignements de Cujas, le célèbre juriste. Il exerça la profession d’avocat à Dijon, plaidant au Parlement de Bourgogne. En 1572, il fut chargé des intérêts juridiques particuliers des États Provinciaux. Il s’agissait de l’instance permanente qui gérait les intérêts politiques et les droits provinciaux d’administration de la fiscalité locale. En 1580, il devint Président au Parlement de Bourgogne et appelé, pour toujours, le « Président Jeannin ».

Conseiller du duc de Mayenne

Les concessions royales en faveur des Réformés puis la crainte de l’avènement sur le trône de France d’Henri de Navarre, successeur dynastique d’Henri III mais prince huguenot, suscitèrent une violente réaction des catholiques intransigeants qui se regroupèrent en une Sainte Union militaire, communément appelée la Ligue. Les ferveurs religieuses et les affrontements nobiliaires passèrent, de nouveau, au 1ier plan. La Ligue devint le grand parti catholique extrémiste au service des Guises. Le duc de Mayenne, gouverneur de la Bourgogne et frère du duc de Guise et du cardinal de Guise - assassinés fin décembre 1588 à Blois par Henri III- fut nommé Lieutenant Général du royaume au nom de la Sainte Ligue. Le Président Jeannin devint la tête pensante des ligueurs au service de Mayenne. Les royaux l’appelaient « le chef du Conseil des ennemis rebelles » et Henri IV, lui-même, le considérait comme « la cervelle sur laquelle reposent les affaires de la Ligue ». En 1596 les ligueurs se soumirent à Henri IV. Villeroy et Jeannin, les deux principaux négociateurs de la Sainte Union, furent nommés Conseillers d’État au service d’Henri IV. Le roi scellait ainsi la réconciliation du royaume et s’assurait la fidélité d’hommes politiques qu’il estimait grandement.

Conseiller d’Henri IV

Pendant cette période, peut-être la plus illustre de sa vie politique, Jeannin se vit confier par le souverain les négociations les plus délicates et les plus décisives pour le royaume. Le Président, catholique et ancien ligueur, était, en effet, un « ambassadeur très précieux » -disait Henri IV- pour résoudre les problèmes qui confrontaient la France aux intérêts de la papauté et des espagnols. Ainsi, quand Henri IV demanda au pape Clément VIII l’annulation de son mariage avec Marguerite de Navarre ce fut le Président Jeannin qui fut chargé d’aller vérifier au Vatican tous les éléments de validité de la dissolution du mariage au regard du droit français. En 1600-1601 Jeannin et Villeroy préparèrent et signèrent un traité capital pour le royaume de France avec Charles-Emmanuel de Savoie. Le succès de ses négociations aux Pays-Bas fut sa plus grande gloire diplomatique : Depuis la fin du XVIe siècle la guerre se poursuivait entre les territoires de l’actuelle Belgique et les sept provinces du nord (les « Provinces Unies » : Hollande, Overijssel, Zélande, Gueldre, Utrecht, Frise, et Groningue). En 1606 les deux partis opposés se résolurent à négocier et le roi de France servit d’intermédiaire. Pierre Jeannin, après trois ans de négociations, réussit à imposer en 1609 une trêve de douze ans. Les habitants de ces régions pacifiées pour quelques temps le considérèrent comme un bienfaiteur et son nom resta associé à l’indépendance des Pays-Bas. En mai 1610, à la mort d’Henri IV, le Président Jeannin (avec le chancelier Sillery et Villeroy) montra encore son efficacité et sa clairvoyance en arrêtant les dispositions les plus urgentes pour le bien du royaume.

Conseiller de Marie de Médicis

Tallemant des Réaux écrivit qu’Henri IV avait pris soin de recommander tout particulièrement le Président Jeannin à la reine par ces mots élogieux : « Voyez-vous, Madame, ce bon homme, c’est un des plus hommes de bien de mon royaume. S’il arrive que Dieu dispose de moi, je vous prie de vous reposer sur sa fidélité et sur sa passion qu’il a du bien de mes peuples. » La régente se reposa, effectivement, sur Jeannin et lui donna l’absolu gouvernement des finances et de l’État. Surintendant des Finances pendant une décennie, le Président bénéficia d’une conjoncture économique favorable.

Un surintendant des Finances à la fortune modeste

A sa mort, en 1623, le Président ne laissa à ses héritiers qu’un peu moins d’un million de livres (par comparaison Sully laissa cinq millions de livres).

Tombeau du Président et de son épouse à la cathédrale Saint Lazare d'Autun
Tombeau du Président et de son épouse à la cathédrale Saint Lazare d’Autun

Cet enrichissement réel - mais modeste pour un grand commis de l’État particulièrement apprécié des souverains du moment- lui vint de son ralliement à Henri IV en 1596, des profits venus du succès de ses négociations avec les Provinces Unies en 1609 et, sans doute, aussi de sa charge de Surintendant des Finances. Ses deux châteaux dans l’Autunois (Montjeu et Dracy Saint Loup) et celui de la colline de Chaillot (situé sur les jardins actuels du Trocadéro à Paris) révélèrent le goût de Jeannin pour les bâtiments. Il ne reste rien, malheureusement, de ses demeures de Dracy Saint loup et de Chaillot. Mais le domaine de Montjeu d’une part et le superbe tombeau du Président et de son épouse à la cathédrale Saint Lazare d’Autun, d’autre part, témoignent par delà les siècles de l’attachement fidèle de ce fameux bourguignon à sa terre natale.

* Les Négociations de Monsieur le Président Jeannin (chez Pierre Le Petit 1656). Ces mémoires sont surtout importants pour la fin du XVIe siècle et le règne de Henri IV. On peut néanmoins les consulter à propos des États généraux de 1614, de l’assemblée des notables de 1617, des différends survenus entre Marie de Médicis et Louis XIII.

Consulter la fiche d’Yves-Marie Bercé sur le site de l’Académie

Quelques ouvrages :






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