Souriez, vous êtes filmés... par les satellites !

Avec Jacques Arnould, chargé de mission au CNES, d’après son livre La Terre d’un clic
Dans La Terre d’un clic, Jacques Arnould évoque les satellites, Internet et de manière générale, les systèmes de télédétections qui nous environnent (les GPS, Google map...). Il rappelle dans son ouvrage la différence cruciale à observer entre vigilance et surveillance. Nous rapprochons-nous de plus en plus du mythe de Big Brother ? Réponse dans cette émission en compagnie de l’auteur, responsable de la dimension éthique des activités spatiales au CNES.


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Date de mise en ligne : 7 novembre 2010

La frontière entre "Vigilance" et "surveillance" est ténue, mais bien réelle. Jacques Arnould ne nie pas l’importance de la surveillance dans notre société et des enjeux éthiques juridiques (les caméras dans les villes, les satellites, les avions espions qui nous observent) « mais il ne faut pas s’arrêter là », précise l’intéressé, « rappelons-nous que surveiller c’est aussi « veiller sur » et que le fait de veiller a un côté plus positif que celui de surveiller ».

Comme pour brouiller les pistes, Jacques Arnould cite cependant dans son ouvrage [1], le roman 1984 de George Orwell où Big Brother est la métaphore du régime policier et totalitaire, le tout fondé sur la surveillance.

« Je cite George Orwell parce que dans la tête des occidentaux, il y a toujours la notion d’un Big Brother qui nous surveille, même chez ceux qui n’ont pas lu le roman. Dans quel contexte ces craintes de surveillances s’inscrivent-elles ? Que voulons-nous derrière tout ça ?
Big Brother est bien là mais il y a plusieurs manières de le voir ».

Jacques Arnould derrière ces interrogations semble vouloir dire : Observons, réfléchissons et discutons-en de manière lucide et éclairée avant de nous ranger dans les excès quels qu’ils soient.

« L’éthique de l’espace »

En attendant, une « éthique de l’espace » s’est mise en place depuis plusieurs années. C’est notamment le rôle de Jacques Arnould au CNES, qui travaille sur la dimension éthique des missions spatiales.
Pourtant, si l’idée n’est pas neuve, l’ingénieur n’est pas forcément prêt à s’encombrer d’un souci éthique « Non pas qu’ils y soient opposés, mais parce qu’ils sont dans une démarche de nouvelles frontières à franchir, du hors norme » explique Jacques Arnould.

« Mon quotidien est de vivre avec des ingénieurs qui envoient des fusées, des satellites, des sondes, des êtres humains dans l’espace. Ils sont dans l’action, ils pensent. En réalité, ils ont toujours fait de l’éthique mais ils n’ont jamais donné ce nom là, le trouvant négatif dans leurs démarches ».

Internet : le réceptacle des outils de surveillance ?

Les satellites tournent autour de nous, prennent des photos de plus en plus près qui circulent librement sur Internet alors qu’elles étaient “secret défense” il y a une dizaine d’années encore. « Là, on pourrait parler de Big Brother. Sauf que ce grand système d’Internet, de diffusion de toutes les données, de « googleisation », cette question de surveillance s’inscrit dans une société bien particulière : celle de l’information croissante et de la communication un peu moins croissante ».

Jacques Arnould reprend dans sa démonstration, l’exemple de la guerre du Kosovo en 1999. Dans ce conflit armé très violent les militaires ont pu se rendre compte de l’ampleur du conflit grâce aux satellites et aux photos aériennes.« Nous ne pouvions plus dire que nous ne savions pas » explique-t-il. « Depuis, cela nous force à prendre nos responsabilités. C’est là que le terme de vigilance prend un côté presque tragique. On est dans une ère nouvelle où les mots doivent être totalement revisités : Big Brother ce mot de “frère”, de fraternité, prend un sens différent, parce qu’aujourd’hui, tout être humain sur cette planète n’a jamais été aussi proche de moi ».

Internet : à la fois fascinant et inquiétant

Le monde est marqué par un accès immédiat et quasi illimité aux informations sur Internet. Mais si nous avons accès à ce système, c’est aussi ce système qui agit sur nous. « Rappelons cette notion de “noosphère” qui a été lancée au début du XXe siècle. C’est la sphère de la conscience, une prise en masse de nos consciences humaines : une mise en réseau qui peut avoir les meilleurs aspects comme le partage des connaissances, les échanges, mais aussi les plus négatifs comme la prise de pouvoir de certains sur les autres » ajoute Jacques-Arnould.

Et il conclut : « Nos techniques nous changent dans notre rapport à la réalité, dans notre rapport aux autres ; en bien comme en mal. C’est à nous de choisir si on veut en faire un océan de paix ou un théâtre de guerre. Nous sommes les nouveaux Caïn. Non pas que nous tuons nos frères, mais dans le sens où nous sommes responsables des uns des autres ».

Jacques Arnould
Jacques Arnould
© CNES/O. Pascaud

Jacques Arnould est chargé de mission au Centre national d’études spatiales (CNES) sur la dimension éthique des activités spatiales.

En savoir plus :

Jacques Arnould, La Terre d’un clic, du bon usage des satellites, éditions Odile Jacob, septembre 2010

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[1] La terre d’un clic






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