Le Moyen-Orient à l’heure nucléaire avec Jean François-Poncet

Ancien ministre des affaires étrangères, sénateur de Lot-et-Garonne, vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
Jean François-Poncet, ancien ministre des affaires étrangères, sénateur et co-auteur d’un rapport sur « Le Moyen-Orient à l’heure nucléaire », à la suite d’une mission en 2008 et 2009, aborde ici, dans un entretien avec Myriam Lemaire, le 7 juillet 2010, les principaux problèmes et défis de cette région complexe dont l’importance est majeure pour l’Europe et la France.


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Émission proposée par : Myriam Lemaire
Référence : ecl662
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Date de mise en ligne : 1er août 2010

Ministre des affaires étrangères de 1978 à 1981, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, Jean François-Poncet est depuis 1983 sénateur de Lot-et-Garonne et vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. Le 22 septembre 2008, cette commission a mandaté deux de ses membres, Jean François-Poncet et Monique Cerisier-ben Guiga, sénatrice socialiste, pour effectuer une mission d’information au Moyen-Orient.

Entre octobre 2008 et juin 2009, au cours de plusieurs déplacements, les deux rapporteurs se sont rendus dans les quinze pays du Moyen-Orient, à l’exception du Sultanat d’Oman et de l’Iran : Arabie Saoudite, Yémen, Abu Dhabi, Dubaï, Qatar, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Égypte, Irak, Jordanie, Bahreïn, Koweït. Ils se sont aussi rendus en Turquie, à Washington et à New York ainsi qu’à Bruxelles et ont procédé à Paris à l’audition de 40 spécialistes du Moyen-Orient.

Ce rapport a été adopté par la commission et a servi de base à un débat en séance publique au Sénat, le 12 janvier 2010.

Cette réflexion s’est prolongée par un colloque consacré au Moyen-Orient organisé au Sénat, les 28 et 29 janvier 2010. En ouverture, Gérard Larcher, Président du Sénat, a souligné la qualité tout à fait exceptionnelle de ce rapport d’information, toujours d’actualité et a rappelé le caractère souvent éprouvant de ces voyages, en particulier à Gaza en janvier 2009, dix jours après la fin de l’opération « Plomb durci » ou à Bagdad.

L’objectif de ce rapport, rappelle Jean François-Poncet, était de dresser une synthèse d’une région très diverse, complexe, en évolution constante et dont la situation a des répercussions très directes sur notre pays.

Quels sont les caractères communs aux pays du Moyen-Orient ?

Le premier facteur commun est la transition démographique que connaissent actuellement ces pays. Elle est le signe d’un bouleversement profond des équilibres traditionnels. La natalité a baissé de façon considérable au Moyen-Orient, par exemple en Iran où elle est identique à celle de la France. Autre point commun, la sensibilité au conflit israélo-palestinien. Ce problème est au cœur des préoccupations politiques de tous les pays de la région et il est dans une impasse, constate Jean François-Poncet. C’est un véritable défi. Comment assurer l’avenir du peuple palestinien sans compromettre l’existence d’Israël ?

Créer l’État palestinien

Le Sénateur rappelle que la résolution de ce conflit a connu une progression avec la définition d’une solution à laquelle toutes les parties souscrivent, celle des deux États, avec la création d’un État palestinien indépendant vivant côte à côte avec l’État d’Israël.

Sous l’égide du Président Clinton, les paramètres de ce que pourrait être un accord ont été définis et les frontières ont été délimitées. Concernant les colonies de peuplement en Cisjordanie, le statut de Jérusalem, la question des réfugiés, des solutions ont été élaborées et ont fait l’objet de longues négociations.

Pourquoi cette solution n’est-elle pas appliquée ? Il existe plusieurs raisons à cela, explique Jean François-Poncet. « Israël est trop puissant militairement pour avoir besoin de la paix et politiquement trop divisé pour accepter des concessions ». La faiblesse du système politique israélien liée à la représentation proportionnelle intégrale conduit à une fragmentation des forces politiques et à des gouvernements de coalition.

Comment inciter Israël à faire des concessions ?

Jean François-Poncet souligne que les européens n’ont pas sur Israël un poids considérable, ce qui est paradoxal car « l’économie israélienne est en symbiose avec celle de l’Europe ». Mais les pays européens sont divisés sur la nature et l’intensité des pressions à exercer sur Israël. Pour le Sénateur, l’action de l’Europe devrait se conjuguer avec celle des États-Unis avec lesquels Israël a un lien indéfectible. Le Président Obama s’est engagé dans une voie nouvelle et rencontre actuellement à Washington le Premier Ministre israélien. Va-t-il changer la donne ?

Quelle est la politique de la France ? Pendant longtemps notre pays passait pour très favorable à la partie palestinienne, rappelle Jean François-Poncet qui estime que le Président Nicolas Sarkozy a corrigé à juste titre cette situation et a rétabli des relations de confiance avec Israël, ce qui nous met en position d’exercer une influence. « Mais c’est l’Europe tout entière qui doit avoir une influence à Tel-Aviv et à Washington ».
Un autre obstacle à la réconciliation est la division du mouvement palestinien entre le Fatah qui contrôle la Cisjordanie et le Hamas établi à Gaza. Les Sénateurs ont rencontré, à Damas, Khaled Mechaal, leader politique du Hamas, et de ce fait ils n’ont été reçus par aucune personnalité officielle en Israël.

Pour Jean François-Poncet, sans le Hamas il n’y aura pas de paix.

Les Sénateurs ont constaté la détérioration progressive de la situation sur le terrain en raison de l’expansion de la colonisation en Cisjordanie et dans les colonies dites sauvages, ce qui rendra difficile la création d’un État palestinien cohérent.

En Iran, éviter la bombe et le bombardement

Le second problème majeur de cette région est celui du programme nucléaire iranien.

D’après les autorités iraniennes, le programme nucléaire serait développé à des fins pacifiques mais la communauté internationale est persuadée qu’il a une finalité militaire. Dans cette hypothèse, la prolifération du nucléaire au Moyen-Orient serait probable car les pays voisins chercheraient presque certainement à suivre cet exemple.

Selon des évaluations faites avec le CEA, l’Iran pourrait disposer d’un petit arsenal nucléaire opérationnel en 2015.
Comment arrêter ce programme ? Le bombardement des sites nucléaires iraniens par Israël serait une opération compliquée qui risquerait de mettre le feu aux poudres à tout le Moyen-Orient, estime Jean François-Poncet. Les négociations n’ont pour le moment pas réussi à dissuader les Iraniens. Seule reste la voie des sanctions économiques qui devraient être renforcées. Jusqu’à présent elles n’ont eu aucun effet sur le comportement de l’Iran. Qu’en sera-t-il avec les nouvelles sanctions ?

Certes le régime iranien est impopulaire mais il repose sur des piliers solides, estime le Sénateur.

La renaissance de l’Irak ?

Les rapporteurs ont été frappés de constater que la situation de l’Irak qui s’était aggravée jusqu’en 2007 avec l’insécurité générale, la guerre civile entre sunnites et chiites et l’implantation d’Al Quaïda, s’était stabilisée et que l’amélioration était sensible sur le plan de la sécurité, même si des violences subsistent.

Ce pays doit se reconstruire. Il dispose de ressources pétrolières considérables, égales à celles de l’Iran, qui permettent d’espérer un avenir de prospérité. Il intéresse tous les pays occidentaux, notamment la France.
Des incertitudes demeurent cependant. Des élections libres ont eu lieu mais il n’y a pas de majorité claire. Que se passera-t-il après le départ complet des Américains en 2011 ? L’Irak restera-t-il uni ?

Quelle politique européenne pour le Moyen-Orient ?

L’avenir devrait voir émerger une diplomatie européenne avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne et la nomination de Catherine Ashton comme Haut Représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères. Mais la France, comme l’Angleterre et l’Allemagne, ne renoncera pas à exercer une diplomatie nationale active qui devrait jouer un rôle convergent avec la diplomatie européenne, estime Jean François-Poncet.
La Turquie, qui est une grande puissance et qui a de bonnes relations avec tous les pays du Moyen-Orient, y compris Israël - même si l’épisode sanglant de la flottille humanitaire pour Gaza le 31 mai 2010 a créé une tension - doit aussi jouer un rôle diplomatique important.

En savoir plus :

- Jean François-Poncet
- Monique Cerisier-ben Guiga

- www.senat.fr

- Rapport d’information « Le Moyen-Orient à l’heure nucléaire » (n° 630)
- Les actes du colloque des 28 et 29 janvier 2010 au Sénat, « Le Moyen-Orient à l’heure nucléaire - Quelle politique européenne pour le Moyen-Orient ? »

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- Jean François-Poncet : voyages au Moyen-Orient
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- La série Rapports du Sénat, proposée par Myriam Lemaire.






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