« Adolphe Franck, juif, philosophe, libéral dans la France du XIXe siècle »

Un colloque parrainé par l’Académie des sciences morales et politiques
C’est présidé par l’académicien Bertrand Saint-Sernin que s’est tenu à l’Institut de France, le lundi 31 mai 2010, un colloque sur la vie et la pensée du philosophe Adolphe Franck, membre de l’Académie des sciences morales et politiques durant la seconde moitié du XIXe siècle ; Canal Académie vous en sélectionne ici deux extraits : une intervention de Jacques-Olivier Boudon intitulée « Adolphe Franck et le paysage religieux du Second Empire », et une allocution de Yves Bruley sur « Adolphe Franck à l’Institut ».


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Date de mise en ligne : 1er août 2010
Adolphe Franck, portrait par Jules Bastien-Lepage, Musée d'Orsay (Paris)
Adolphe Franck, portrait par Jules Bastien-Lepage, Musée d’Orsay (Paris)

« Adolphe Franck : juif, philosophe, libéral dans la France du XIXe siècle ». Tel est l’intitulé du colloque organisé par la Société des études juives et le Centre d’histoire du XIXe siècle le lundi 31 mai 2010 à l’Institut de France, avec le parrainage de l’Académie des sciences morales et politiques et le concours de l’Alliance israélite universelle.

Ce deuxième centenaire de l’anniversaire de la naissance du philosophe - des documents récents indiquent en effet qu’Adolphe Franck est né en 1810, et non en 1809 comme on l’a cru jusqu’ici - a donné lieu à une journée rassemblant une douzaine d’intervenants très divers, sous la présidence de l’académicien Bertrand Saint-Sernin.

Écoutez les deux interventions que Canal Académie a sélectionné pour vous.

1 ) Jacques-Olivier Boudon (Paris-Sorbonne Paris IV) : « Adolphe Franck et le paysage religieux du Second Empire »

Napoléon III
Napoléon III

L’historien Jacques-Olivier Boudon profite de l’étude du contexte de la vie d’Adolphe Franck pour faire un état des lieux des rapports entre le Second Empire et les institutions religieuses.

Napoléon III considère, à l’instar de son oncle, que la religion est un facteur d’ordre social essentiel, et entend donner du Second Empire l’image d’un régime d’alliance entre le trône et l’autel. Il rêve d’une « monarchie catholique », qui aurait pour point d’orgue un sacre impérial par le pape Pie IX. En 1856 il fait baptiser le prince impérial à Notre-Dame de Paris.

Dans le même temps, l’Empereur se montre très attaché à l’idée de pluralisme religieux. Il augmente ainsi le budget des cultes, catholique bien sûr, mais aussi protestant et israélite.

Le pape Pie IX. Son pontificat de plus de 31 ans (de 1846 à 1878) est le plus long de l'histoire de la papauté.
Le pape Pie IX. Son pontificat de plus de 31 ans (de 1846 à 1878) est le plus long de l’histoire de la papauté.

Avec le temps, notamment au début des années 1860, Napoléon III prend de plus en plus de distances avec la papauté, et n’hésite plus à rentrer en confrontation directe avec le pape. Tout en préservant les pouvoirs papaux, il favorise l’unité italienne et enclenche une refonte de l’épiscopat français.

Le Second Empire s’achève, au sein des élites intellectuelles républicaines, sur une forte poussée d’anticléricalisme, qui porte en germe le mouvement communard. C’est cet essor de la pensée républicaine qui aboutira à la séparation de l’Église et de l’État en 1905.

Quant au judaïsme, il prend de l’ampleur, surtout dans les grandes villes. Alors que l’Alsace-Lorraine, dont est originaire Adolphe Franck, renfermait jusqu’ici la première communauté juive de France, c’est Paris qui abrite dès lors le siège du Consistoire central. Maintenant que le gouvernement lui a apporté la paix et l’égalité des droits, la communauté juive se satisfait du système des cultes reconnus. Cette reconnaissance du pluralisme, qui instaure une relative harmonie religieuse en France, est le premier pilier de notre laïcité moderne.

2 ) Yves Bruley (Institut d’Études Politiques de Paris) : « Adolphe Franck à l’Institut »

Sous la coupole au XIX<sup>e</sup> siècle
Sous la coupole au XIXe siècle

En 1844, Adolphe Franck arrive dans une période décisive de l’Académie des sciences morales et politiques. Recréée en 1832, elle est à cette époque un lieu de batailles intellectuelles et idéologiques acharnées.

Après avoir échoué pour sa première candidature en 1842, c’est avec le soutien actif de Victor Cousin, qui règne à l’époque sans partage sur le département de philosophie, qu’il se représente une deuxième fois face à un certain Francisque Lélut. Lélut, comme son nom ne l’indique pas, est battu : Franck est l’élu.

Adolphe Franck reçoit son habit vert à l’âge précoce de 33 ans, et va siéger pendant près de cinquante ans de façon fort assidue.

Il va avoir quatre types d’interventions à l’Académie :

- Ses propres travaux
- La rédaction de rapports pour les prix des concours de philosophie organisés par l’Académie
- Des missions pour les pouvoirs publics (notamment une étude sur l’instruction des sourds-muets commandée par le gouvernement)
- Des rapports de lectures (171 rapports sur toutes sortes d’ouvrages, du Nirvana bouddhique à l’esclavage au Brésil, du taoïsme à Spinoza).

Une cérémonie et une médaille à son effigie étaient prévues pour ses 50 ans de vie académique ; il s’en fallut hélas d’une poignée de mois.

Tous retinrent la franchise et la combativité d’apôtre de ce débatteur infatigable, qui inspira à son confrère Alfred Fouillée cet hommage :

« Sincère, nul ne le fut plus que lui, d’une sincérité ardente, qui finissait quelquefois par ressembler à de la passion. Une idée qu’il croyait vraie s’était-elle emparée de son esprit, elle le possédait tout entier, il ne voyait plus qu’elle ; il la soutenait envers et contre tous avec une fougue que les années ne purent jamais abattre ; ses yeux brillaient d’une flamme intérieure ; sa parole saccadée et incisive semblait trancher un nœud gordien. Eût-il trouvé ses meilleurs amis parmi les adversaires de son idée, il les eût attaqués avant autant d’impétuosité que des ennemis. La philosophie était pour lui une véritable religion. »

En savoir plus :

Le site de l’Académie des sciences morales et politiques






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