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La psychologie cognitive et le rapport sience/politique pour mieux comprendre l’homme. Colloque Regard sur l’homme contemporain(2/2)

Par Olivier Houdé neuropsychologue et Laurent Degos de l’Académie des sciences, président de l’Haute autorité de santé
Olivier Houdé et Laurent Degos évoquent au cours de leurs communications les rapports humains en société, qu’il s’agisse du développement psychologique de l’enfant ou des rapports entre adultes en politique de santé. Ces interventions se déroulaient dans le cadre du colloque « Regard sur l’homme contemporain à travers la science, la morale et la politique », dont le premier volet sur la science avait lieu en juin 2010 à l’Institut de France.


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Référence : col614
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Date de mise en ligne : 25 juillet 2010

« Regard sur l’homme contemporain à travers la science, la morale et la politique », est un colloque organisé en trois cessions par Bérénice Tournafond, et sous la direction scientifique d’ Edgardo Carosella, François Gros, et François Terré.
Au cours de ses nombreuses conférences, médecins, philosophes et juristes comptent mettre en commun leurs connaissances pour répondre à l’une des questions phare de cette thématique : Comment améliorer une société où se développe perte de lien social, manque de confiance et malaise sur le plan politique, économique et social ?

Le 7 juin 2010 avait lieu le premier volet « Regard sur l’homme contemporain à travers la science ». Canal Académie vous en propose la retransmission en deux parties. Dans cette deuxième partie, retrouvez les interventions d’Olivier Houdé et Laurent Degos .
Dans la première partie La génétique et l’immunologie pour mieux comprendre l’homme. Colloque Regard sur l’homme contemporain (1/2), écoutez François Gros et Edgardo Carosella.

La nouvelle psychologie scientifique du développement de l’enfant

Par Olivier Houdé, Professeur de psychologie du développement à l’Université René Descartes (Paris-5)

Comment à partir du patrimoine génétique, chaque individu va-t-il reconstruire une architecture cognitive, une intelligence qui se trouve être une adaptation ?
Comme l’explique Olivier Houdé, « La maturation cérébrale ne se fait pas que pendant l’enfance. Une IRM réalisée régulièrement sur le développement de l’enfant nous montre plusieurs courbes décalées. Le cerveau connaît un calendrier de l’évolution jusqu’à l’adolescence ».

Le cerveau, aussi complexe soit-il, est programmé pour apprendre. Le bébé par exemple, imite naturellement les adultes qui sont face à lui. Il comprend donc qu’il est comme eux. « Parmi les nouvelles découvertes en neurosciences nous avons découvert que selon qu’on imite ou qu’on est imité, les réseaux dans le cerveau sont quasi similaires. Ceci pourrait expliquer l’apprentissage culturel humain » résume Olivier Houdé.

Olivier Houdé observe également des phénomènes d’imitation et d’empathie chez les adultes, à travers les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook.

Cependant l’architecture cognitive n’est pas suffisante pour comprendre l’intelligence d’un enfant. « Tout reste à construire malgré les compétences prodigieuses du bébé » précise l’intéressé. Et le neuropsychologue d’ajouter que « le cerveau apprend en inhibant : il résiste aux distractions, aux pensées extérieures, à la capacité à faire le vide et à s’ajuster aux changements ».

La mémoire de travail inhibe des interprétations du réel pour activer une compétence spécifique. Ceci est valable chez l’enfant comme pour l’adulte.

L’émotion peut également interférer sur la capacité d’apprentissage : « Ceux qui perdent le guidage émotionnel, perdent ce qu’il faut activer et inhiber. L’émotion est le seul facteur discriminant dans une tâche logico-mathématique même si à priori, la tâche n’a rien d’émotionnel ».

Science et politique de santé : qui a le pouvoir ?

Par Laurent Degos de l’Académie des sciences, Président de la Haute Autorité de santé

Peut-on réellement voir les rapports qui existent entre la science et la politique ?
Si pratiquer la médecine ou la politique, c’est allier savoir avec savoir-faire, on ne peut cantonner la médecine à la personne privée et le politique au domaine collectif ; le médecin considère l’homme mais aussi les intérêts collectifs organisationnels, économiques, sociaux qui rentrent dans sa décision finale. Quant au politique, il a une vision collective mais il peut aussi défendre les intérêts privés.

Ainsi l’explique le médecin et académicien Laurent Degos : « Dans la politique de sécurité des soins, on impose désormais des “checklists” avant d’entrer en salle d’opération, de mettre un cathéter central... Ceci rassure tout le monde, le gestionnaire comme le patient, mais l’excès de ces politiques prescriptives gêne dans la réaction à l’inattendu. Devant l’inattendu, il faut savoir oublier tout ça. C’est ce que les Anglais appellent la résilience. Il y a d’ailleurs une grande discussion sur le plan international à ce sujet : faut-il augmenter les “checklists” ou au contraire laisser les médecins et le personnel soignant s’adapter à la variabilité ? »

Quelle est l’influence de la science sur la politique de santé et inversement ?

Les liens entre politique et santé se révèlent au moment d’une prise de décision. Elle est prise par l’expert, qui se situe à mi-chemin entre la vision individuelle et collective. « Mais souvent, l’expert ne suffit plus car il doit prendre en compte les risques, les bénéfices mais aussi l’aspect économique, social... Un comité ou des agences deviennent nécessaires pour prendre le plus d’éléments en compte » ; des agences totalement indépendantes qui gagnent de ce fait en transparence et en crédibilité. Dès lors, des décisions comme le déremboursement de médicaments, non-acceptées si elles venaient de l’exécutif, passent mieux lorsqu’elles émanent d’une autorité indépendante. De plus, l’agence donne son avis avant que l’exécutif prenne une décision.

Mais, relève Laurent Degos, « progressivement, le politique est emprisonné par le scientifique. Il ne peut plus dire ce qu’il veut. Comme le dit le Conseil d’État : c’est une perte du pouvoir du politique. Inversement, le politique conduit le scientifique : c’est lui qui flèche la recherche, demandant instamment de développer des programmes pour le plan cancer ou Alzheimer ». Or comme chacun le sait, le principe de la recherche, c’est de ne pas connaître la finalité même des découvertes.

Ecoutez les communications d’Olivier Houdé et Laurent Degos, données le 7 juin 2010 à l’Institut de France. Et accédez à la première partie La génétique et l’immunologie pour mieux comprendre l’homme. Colloque Regard sur l’homme contemporain (1/2) avec François Gros et Edgardo Carosella.

En savoir plus :

- Laurent Degos, membre de l’Académie des sciences
- Laurent Degos sur Canal Académie

- Olivier Houdé

Bérénice Tournafond est l’organisatrice du colloque.

Vous pouvez écouter l’introduction de B. Tournafond au début de l’émission n° 1, avant l’intervention de M. François Gros La génétique et l’immunologie pour mieux comprendre l’homme. Colloque Regard sur l’homme contemporain (1/2)

Mieux comprendre la façon dont nous fonctionnons et tout particulièrement l’incidence de nos émotions sur notre corps et sur nos relations à autrui afin de connaître nos aspirations profondes et lutter contre la violence, la jalousie, la haine et plus généralement toutes les émotions destructrices, tel est l’enjeu de cette réflexion multidisciplinaire sur l’homme contemporain examiné à travers la science, la morale et la politique. Bérénice Tournafond, organisatrice de cette manifestation, souhaite donner une vision globale, intégrative de l’homme contemporain en révélant les liens d’interdépendance entre cet homme, son corps, sa morale ainsi que son environnement politique économique et social. Ce sont sans doute ces nouvelles connaissances qui permettront de surmonter les grands bouleversements à venir du XXIe siècle. En effet, la biologie apprend de mieux en mieux comment accéder individuellement au bien être physique et psychique rejoignant parfois sur bien des points la science morale. Or les sciences politiques et juridiques, parce qu’elles ont pour objet l’organisation collective et sociale, ont également un rôle décisif à jouer en intégrant ces découvertes nouvelles. D’une part, pour déjouer les pièges redoutables que recèle le développement exponentiel de l’humanité. D’autre part, pour tenter d’améliorer sur des bases objectives et non plus idéologiques la société toute entière et tenter d’atteindre ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « le bien être social ».

Bérénice Tournafond est juriste, diplômée d’étude supérieure en droit, chargée d’enseignement à l’Université de Paris XII et chef d’entreprise. Elle anime depuis plusieurs années, avec la participation d’académiciens, d’universitaires et de professionnels, un groupe de réflexion sur le système politique économique et social avec la préoccupation principale de replacer l’Homme au cœur de ces sujets et de lui redonner dans la société une place qui soit conforme à ses aspirations profondes. Elle a organisé plusieurs colloques sur l’identité, la justice, le logement, la médecine, la participation à la vie politique… Elle réfléchit entre autres sur l’incidence émotionnelle du droit et des systèmes politiques sur l’homme. Elle est l’auteur de plusieurs articles et coauteur de l’ouvrage « La démocratie d’apparence » édité par François Xavier de Guibert.

- Les prochains colloques sur la morale et la politique auront lieu à l’automne 2010. Informations pratiques et inscriptions sur http://hommecontemporain.org/
Ouvert au public, entrée libre, inscription indispensable.






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