Les Cent-Jours, 1815, épisode indissociable de l’épopée napoléonienne

Thierry Lentz achève sa Nouvelle Histoire du Premier Empire. Invité par Laetitia de Witt
L’épisode des Cents-Jours demeure à part dans l’épopée napoléonienne. À part, car il survient après un intermède de presque un an. À part, par les circonstances du retour de l’empereur, par la rapidité de sa chute... Et enfin, à part, car réécrit par Napoléon à Sainte-Hélène. Pour la première fois, le vaincu dicte l’histoire ! Cet épisode des Cent-jours mérite que l’historien y porte son regard, quitte à mettre à mal certains mythes fondateurs de la légende napoléonienne. C’est ce que propose Thierry Lentz dans le quatrième et dernier tome de sa Nouvelle Histoire du Premier Empire.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : hist614
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Date de mise en ligne : 12 septembre 2010

Dans son introduction, Thierry Lentz précise qu’à l’origine il pensait arrêter sa Nouvelle Histoire du Premier Empire à la première abdication, la restauration impériale de 1815 n’étant déjà plus tout à fait l’Empire. Or, cet épisode est indissociable de l’Empire et de sa légende. Que serait l’épopée napoléonienne sans l’épisode original des Cent-Jours ? L’audace de Napoléon en 1815 est incroyable, est-ce pour autant une aventure couronnée de succès ? C’est du moins la vision qu’en donnera Napoléon à Sainte-Hélène et qui sera transmise à la postérité.

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Thierry Lentz insiste aussi sur le fait que pendant son interrègne, Napoléon n’est pas vraiment parti. Il demeure au cœur des préoccupations européennes, influe ainsi sur le Congrès de Vienne qui cherche avant tout à défaire l’Europe de Napoléon. L’empereur déchu s’avère également gênant pour la France de Louis XVIII, même si, comme le montre Thierry Lentz, le nouveau régime mis en place est dans l’ensemble bien accepté. L’auteur en profite d’ailleurs pour démonter quelques idées reçues, à commencer par celle d’un Louis XVIII rentré dans les « fourgons de l’étranger ». En réalité, le retour des Bourbon s’imposa de lui-même et se déroula sans heurts. Les Français, dans l’ensemble, étaient las de la guerre et ne regrettèrent donc pas le régime impérial. En outre, la charte constitutionnelle du 4 juin 1814, texte moderne et habile, rassura et témoignait de la sincère volonté de Louis XVIII de réconcilier et pacifier la France.

Après des débuts prometteurs, le régime de Louis XVII multiplia cependant les erreurs, notamment en prétendant restaurer une étiquette d’Ancien Régime complètement surannée, en humiliant l’armée restée fidèle à son chef en exil et en prônant le retour au premier rang de la religion. De son côté, la propagande impériale reprenait l’image d’un Napoléon dépouillé et favorisait l’entreprise du retour. C’est ainsi que Napoléon débarquait le 1er mars 1815 à Golfe Juan.

Clément-Auguste Andrieux, La bataille de Waterloo

Là encore, de nombreux mythes se rapportent au « merveilleux » retour de l’île d’Elbe, que Thierry Lentz n’hésite pas à égratigner. L’enthousiasme populaire face au « vol de l’Aigle », la tentation libérale d’un empereur renonçant de lui-même à la concentration du pouvoir appartiendraient bien à la légende. En 1815, Napoléon retrouve son trône mais pas la France. On découvre alors un Napoléon manquant d’énergie, hésitant sur les mesures à prendre et mal à l’aise dans son nouvel habit de monarque constitutionnel. Comme le résume Thierry Lentz, en 1815, Napoléon a perdu la main. Les résultats électoraux le confirment et finalement obligent l’empereur à renouer avec l’offensive militaire. Tout cela aboutit à Waterloo, désastre militaire transformé depuis en défaite glorieuse.

Présentation de l’éditeur

Les premiers succès objectifs des Cent-Jours viennent à contretemps, car dans ses profondeurs la société a changé et ses élites surtout ; même les bénéficiaires de l’aventure napoléonienne se rangent du côté de la « réaction ». Certaines des positions et des décisions de l’empereur « restauré » prennent l’aspect de la démagogie (quel sens peuvent avoir désormais une constitution plus « libérale » ou le rappel de l’organisateur de la victoire de l’an II, Carnot ?). Décidément Napoléon a perdu la main. Quant à la France, si elle a limité les pertes en 1814, elle perd beaucoup en 1815 : le coup de dés lui a coûté extrêmement cher.

- Ce volume est le quatrième et le dernier de la monumentale Histoire du Premier Empire initiée par Thierry Lentz, directeur de la fondation Napoléon, en 2002. Par le renouvellement de sa documentation, par l’œil neuf porté sur des faits que l’on croyait jadis parfaitement connus, par l’universalité de ses curiosités (intime connaissance des acteurs et des institutions, curiosité insatiable pour la société et pour l’économie, familiarité avec les intellectuels, le mouvement des idées et des arts, attention portée à la chose militaire…), Thierry Lentz donne là une fresque grandiose, sans complaisance, de quinze années exceptionnelles de l’histoire française et européenne.

L’auteur

Thierry Lentz, Fondation Napoléon
Thierry Lentz, Fondation Napoléon

Thierry Lentz est l’auteur de nombreux ouvrages sur le Consulat et l’Empire. Il est directeur de la Fondation Napoléon.

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