Objet d’art : Le bidet de la Pompadour

Une chronique de Bertrand Galimard Flavigny
Insolite le bidet de Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour et favorite de Louis XV ? Certes, mais un amateur de salles de ventes tel que Bertrand Galimard Flavigny ne s’en étonne guère, sachant qu’à l’époque, même les objets les plus quotidiens des puissants était fabriqués avec art et raffinement. On ne lésinait pas sur la magnificence des « chaises de propreté » !


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : CARR718
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Date de mise en ligne : 29 août 2010

S’il est un meuble qui prête à sourire, c’est bien le bidet, autrement dit une chaise de propreté. Les propos moqueurs qui entourent ce bel objet si nécessaire à l’intimité de l’humanité, sont sans doute provoqués par la pudeur dont on se défend. Toujours est-il que le bidet est de facture récente puisqu’il apparut sous la Régence. Nous le savons grâce à un texte qui le mentionne en 1710. Les bidets ont trouvé très vite leur forme en la demi-poire ; et ces cuvettes particulières ont trouvé leur place dans des caisses à côtés ouverts ou fermés montées sur pied.

Pour le confort, le fond pouvait être doublé de plaques d’étain, le rebord supérieur garni d’un bourrelet de cuir. La caisse était fermée le plus souvent par un dessus amovible, éventuellement à crochets, ou mobile, à charnières. Certains étaient même pourvus d’une petite serrure afin de conserver son usage d’une manière privative. Bref, le bidet était un meuble exclusif.

Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour (1721-1764), en possédait un. Particulièrement raffiné. Celui-ci (Haut. 82 cm - Long. 49 cm - Larg. 30) était en bois de hêtre, entièrement sculpté sur toutes ses faces. Il a été adjugé 16 000 €, à Saint-Germain-en-Laye par la société de ventes volontaires SGL enchères, assistée par Jean-Claude Dey. Un résultat moyen pour un tel souvenir historique, il avait été estimé 20-25 000 €. Ce meuble très personnel, nous le savons grâce aux grandes armes de la marquise sculptés dans la rocaille de ce meuble, est composé d’un dossier à décor de Neptune protégeant Amphitrite de la tempête.

Le couvercle à charnière découvre trois compartiments de rangement. L’assise à couvercle est entièrement sculptée à décor représentant Neptune enlevant Amphitrite sur son char tiré par deux chevaux. L’ensemble est donc orné de rocailles et de rinceaux feuillagés. On ignore quel est l’ébéniste qui réalisa ce bidet. Son décor n’est pas innocent. Neptune est, dans la mythologie romaine, le dieu des mers et des océans, ainsi que du règne aquatique. Celui-ci est ordinairement représenté nu, avec une longue barbe, et le trident à la main, tantôt assis, tantôt debout sur les flots de la mer, souvent sur un char traîné par deux ou quatre chevaux, quelquefois ordinaires, quelquefois marins, ayant la partie inférieure du corps terminée en queue de poisson. Or, nous le savons le patronyme de Mme d’Étiolles, marquise de Pompadour, était Poisson.

Les bidets ne sont pas rares dans les ventes. La SGL enchères en a adjugé un autre de voyage, 950 €, le 29 novembre 2009, en acajou orné de feuillures de laiton, reposant sur quatre pieds amovibles de forme balustre (XIX°). Un an plus tôt, la SVV Tajan mettait en vente un « siège de commodité de campagne » signé par Matin Guillaume Biennais (1764-1843), l’orfèvre du Premier Consul. Celui-là (Haut. 44 cm - Larg. 53 cm - Prof. 25,5 cm) est en acajou, avec plaques en laiton et ébène à décor de palmettes et d’étoiles. L’abattant cache une cuvette en zinc. Il repose sur quatre pieds amovibles, fuselés à cannelures simulées, ornés de bagues en bronze. On en demandait 6-8 000 €.

La plus belle histoire de bidet a été racontée par Jean de La Varende, dans l’une des nouvelles composant le recueil Les Gentilshommes publié par les éditions Wapler en 1948. Voici le résumé de l’histoire : le comte de Maulogis était affligé d’un ventre énorme qui l’avait rendu célèbre dans sa province normande. Songez donc, il pesait cent soixante-huit kilos sur le plateau bascule de l’octroi à Bayeux. « Sa fortune, son amabilité, sa gentillesse ajoutaient à sa popularité », notait La Varende. Maulogis se pomponnait et se baignait deux fois par jour, à une époque où l’on se contentait du samedi. Alors que l’un de ses commensaux l’accompagnait dans une de ses tournées sur ses terres, il s’aperçut que le cocher était assis sur un couvercle d’un…bidet. « Mais, quel bidet, en fait à la taille de son chevaucheur ! un bassin d’argent, énorme, magnifique, armorié et godronné, une pièce de musée, si les musées avaient le courage de l’admettre ; étincelant, d’ailleurs comme toute l’argenterie de Maulogis […] Mais, sa particularité la plus singulière tenait à la monture, à la force de l’armature, à sa rudesse, à sa rusticité aussi ; elle exhibait des morceaux de fer aussi épais que des barreaux de prison : le quadrupède avait été membre de fer par le plus vulcanien des charrons de village : un bidet sur colonnes de métal ! » Et ce bon Maulogis d’ajouter : « Je l’emmène partout, car, vous savez, dans nos châteaux, on en trouve moins que des prie-Dieu. »

Texte de Bertrand Galimard Flavigny

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