Christian de Duve, de l’Académie des sciences : Génétique du péché originel (2/2)

L’agenda littéraire de Jean Roulet
Seconde émission consacrée par notre chroniqueur Jean Roulet à l’ouvrage de Christian de Duve Génétique du péché originel qui propose une précieuse initiation aux données sur l’origine de la vie et son évolution, et une introduction à la génétique moderne en développant une thèse en lien avec le mythe du péché originel.


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Émission proposée par : Jean ROULET
Référence : PAG785
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Date de mise en ligne : 27 juin 2010

Christian de Duve est membre de l’Académie des Science et prix Nobel de médecine.

Dans la première partie de son ouvrage, l’auteur parcourait l’histoire de la vie et de son évolution jusqu’à l’apparition de l’homme. À l’occasion de quoi il nous initiait aux récents acquis de la génétique. Sur cette base théorique il propose une approche scientifique du péché originel dans ses rapports avec le devenir de l’humanité. Écoutez la première émission Christian de Duve, de l’Académie des sciences : Génétique du péché originel (1/2)

La femme a-t-elle fait le malheur de l’humanité ?

Dans l’avant-propos de son ouvrage Génétique du péché originel, Christian de Duve place en exergue cette citation de la genèse :

« La femme voit que l’arbre est appétissant. Elle prend un fruit et le mange. Elle en donne aussi à son homme avec elle. Il mange. » Genèse 3, 6

Geste fatal car, la séduction féminine aidant, l’homme succomba à la tentation. Le diable y fut bien pour quelque chose puisque, ayant pris la forme d’un serpent, il siffla que de goûter à cet «  arbre de la connaissance  » offrirait à l’humain de pouvoir rivaliser avec le divin.

Imprégné de cette lecture, allez savoir de quoi se méfier le plus, du sexe ou du savoir ? Il y aurait quelque optimisme à juger que cette question est aujourd’hui totalement dépassée. Sous bien des formes, en de certaines idéologies, sexe et savoir inspirent encore de réelles méfiances.

La science répond

« La science moderne a établi l’invraisemblance du récit biblique » nous dit Christian de Duve. Mais il s’empresse d’ajouter que, pour autant, « elle n’a pas invalidé l’intuition qui l’a inspirée ». Si le "péché originel" n’a plus sa place dans l’origine de l’humanité et les malheurs qui l’accompagnent — possiblement jusqu’à sa ruine —, une faille demeure dont l’auteur propose une analyse génétique. Telle est la thèse de cet ouvrage qui, s’appuyant sur les données scientifiques récentes, s’inscrit dans le débats de nos préoccupations quant à l’avenir de l’humanité.

L’apparition de l’homme constitue l’étape clé de l’évolution. Elle se situe au terme de l’expansion cérébrale qui allait marquer la phase d’hominisation. Elle correspond à l’apparition de l’homo sapiens dont les données génétiques étaient identiques aux nôtres. Il nous est parfois difficile de le concevoir, fascinés que nous sommes par les différences de culture. Adam et Ève est le nom que la bible a donné au premier humain. Ceux que la science moderne connaît aujourd’hui sous le nom d’homos sapiens. Elle en date l’apparition il y a quelques sept millions d’années, soit trois milliards et demi d’années d’une lente évolution après la mystérieuse apparition de la vie. Ayant posé un regard de généticien sur le mythe de la genèse, Christian de Duve propose une interprétation scientifique de la faille originelle

La vérité sur la faute originelle

La seule faute de ce premier couple n’en est pas une, elle est le prix d’une aptitude. Celle de s’imposer dans cette lutte pour la vie qui fut le moteur de la sélection naturelle. Ancrée dans ses gènes, portée par la puissance de son cerveau, cette qualité a permis à l’homme de s’imposer sur les autres espèces et de dominer la planète. Mais elle s’est exercée au-delà de toute mesure, privilégiant le profit immédiat au détriment d’une sagesse d’anticipation. Tel est, pour Christian de Duve, le poids d’un passé génétique : l’héritage d’une disposition génétique à négliger les effets pervers de tels profits au détriment de l’avenir. Pour le dire comme Hugo, l’homme risque, en fin de compte, d’être « vaincu par sa conquête ».

À la recherche d’une difficile solution

Christian de Duve passe en revue les scénarios de nature à éviter la catastrophe dont beaucoup se font déjà les cassandres, à l’image des écologistes. S’il salue chez eux un souci de sagesse et partage leurs inquiétudes, il déplore que « l’activisme écologiste se fonde trop souvent sur des assertions de faible crédibilité scientifique et sur des arguments plus passionnels et plus irrationnels qu’objectif et rigoureux. » Il bat en brèche certaines de leurs positions (leur refus des OGM et du nucléaire). Christian de Duve semble parfois n’évoquer certaines pistes de solutions que pour mieux les écarter mais il veut encore croire à une influence bénéfique possible des autorités civiles et religieuses.

Et si la femme était "l’avenir de l’homme" ?

Revenant notre héritage génétique, il le voit peser le plus lourdement sur la population masculine, car «  la combativité est principalement un caractère mâle ». Il perçoit donc «  l’ascension sociale des femmes dans le monde actuel  » comme «  un phénomène encourageant » Étrange retournement : les accusées d’hier feraient donc aujourd’hui figures de rédemptrices possibles !

Un malthusianisme affiché

Rien ne se fera, toutefois, sans une réduction de la natalité. «  La crise prévue par Malthus vient d’éclater  », nous dit Christian de Duve. Au plus loin de toute langue de bois, ce professeur à l’université catholique de Louvain se déclare ouvertement favorable «  à la contraception et, aussi précocement que possible, [à] l’interruption volontaire de grossesse, y compris sa forme préventive, la pilule de lendemain  » précise-t-il.

Il conclut sur l’issue incertaine entre cette propension génétique à une imprévoyance risquant de nous être fatale et une ressource de sagesse d’où le salut pourrait venir.

En savoir plus :

Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain et à l’Université Rockefeller de New York, Christian de Duve est prix Nobel de médecine en 1974 pour la découverte des lysosomes et desperoxysomes. Il a été élu membre associé étranger de l’Académie des Sciences en 1978.

La fiche de Christian de Duve sur le site de l’Académie des sciences






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