Epouse de Louis-Philippe, Marie-Amélie de Bourbon-Sicile fut reine des Français

Florence Vidal, spécialiste des relations franco-italiennes, est l’invitée de Laetitia de Witt
Marie-Amélie accède au trône de France aux côtés de son époux, Louis-Philippe, en 1830 pour dix-huit ans. Que sait-on de notre dernière reine ? L’image la plus répandue est celle d’une femme pieuse et bourgeoise, irréprochable en tout. A partir de sources diverses et de nombreux témoignages, Florence Vidal nuance cette vision. Elle présente une reine enfermée dans un « autisme princier », attachée avant tout aux intérêts des siens.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : hist611
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Date de mise en ligne : 11 juillet 2010

Marie-Amélie, princesse de Naples et de Sicile, naît en 1782. Elle est la sixième fille du roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles (1751-1825) et de la reine Marie-Caroline de Habsbourg (1752-1814), sœur ainée de Marie-Antoinette. Lors de sa naissance au Palais de Caserte, à Naples, sa mère se serait écriée : « Mon Dieu, encore une fille, encore une fille à marier ! ». Il est vrai que Marie-Amélie, promise au dauphin de France disparu en 1789, éprouvera quelques difficultés à trouver un mari !

« J’ai été élevée à l’école du malheur »

Marie-Amélie, princesse des Deux-Siciles par Winterhalter

- L’enfance et l’adolescence de Marie-Amélie furent largement marquées par les événements politiques français. Elle n’a que sept ans lorsque la Révolution française éclate et onze lorsque sa tante est guillotinée. L’atmosphère des palais où elle vie s’en ressent. On lui présente la Révolution, voulue par le peuple, comme une menace inquiétante pour les princes. De là provient sans doute la méfiance que Marie-Amélie conservera toute sa vie à l’égard du peuple.
- Sur le plan intellectuel, la jeune princesse se montre précoce : elle lit dès deux ans et demi. Pour répondre à son besoin d’apprendre, elle est confiée dès son jeune âge à une gouvernante, madame d’Ambrosio, chargée de lui inculquer les bienfaits d’une éducation très chrétienne. Obéissance et sacrifice sont les maîtres mots de cette éducation. L’art de penser par soi-même ou l’enseignement du questionnement en sont bannis.
- Après la Révolution française, c’est au tour de Bonaparte de troubler la vie de la famille de Marie-Amélie. Cette fois-ci la menace est directe, l’armée française envahit l’Italie en 1796-1797. Commencent alors pour la jeune princesse des années difficiles et douloureuses, la fuite en Sicile en décembre 1798 en est un épisode marquant. Après une traversée effroyable – Marie-Amélie perd un frère – l’installation au palais de Palerme s’avère pénible : inhabité depuis longtemps, il ne dispose d’aucun confort. Face à l’adversité, les nerfs de la reine lâchent. Marie-Amélie devra désormais s’accommoder d’une mère alternant dépressions et accès de colère. L’énergie que conserve la reine Marie-Caroline est consacrée à un de ses soucis permanents : le mariage de ses filles. Pour Marie-Amélie, elle avait envisagé, en 1794, une union avec le grand-duc Constantin, restée sans suite, ou encore avec le duc de Berry, projet également avorté.

A la recherche d’un mari

- La politique reprend le dessus : Bonaparte, devenu Premier Consul, cherche sa revanche sur ce royaume de Naples qui avait pactisé avec les Anglais deux ans auparavant. La reine Marie-Caroline compte sur l’Autriche pour la secourir - sa fille aînée, Marie-Thérèse, est l’épouse de François Ier. Elle part pour Vienne en juin 1800 avec trois de ses filles à marier, qui sait ? Marie-Amélie est du voyage. Le séjour viennois se révèle comme une douce parenthèse. Marie-Amélie s’y éprend d’un archiduc, Antoine, mais destiné au cardinalat... Après deux ans, Marie-Amélie rentre, désabusée, aux côtés de sa mère à Naples. L’accalmie politique est de courte durée, Marie-Amélie et les siens sont à nouveau obligés de fuir en Sicile, en 1806, chassés par Napoléon Ier. La cohabitation avec sa mère, à bout de nerfs, rend ce nouvel exil encore plus pénible. Si seulement, elle pouvait trouver un mari ? Mais qui ? Les candidats sont rares. Il faut attendre encore deux ans pour qu’enfin un prétendant se présente. Le 20 juin 1808, Louis-Philippe, duc d’Orléans, débarque à Palerme dans l’intention de l’épouser. Décidé à fonder un foyer, Marie-Amélie a, selon lui, le profil de l’épouse idéale. L’inverse n’est pas vrai. Louis-Philippe n’a-t-il pas adhéré aux idées de la Révolution ? Son père n’a-t-il pas voté la mort de Louis XVI ? A quoi s’ajoute une vie privée passée désordonnée. Marie-Amélie a beau être aussitôt séduite par ce prince, ses parents s’opposent à cette union. Elle s’insurge, argumente de son âge avancé – elle a vingt huit ans. Ses parents finissent par céder. Le 25 septembre 1809, Marie-Amélie épouse son Louis-Philippe. Ainsi commence une union heureuse et féconde – ils auront dix enfants.

Duchesse d’Orléans

Marie-Amélie, duchesse d’Orléans
Marie-Amélie, duchesse d’Orléans

Les premières années de mariage du couple se passent à Palerme jusqu’en 1814, année de la chute de Napoléon. Dès qu’il apprend la fin de l’Empire français, Louis-Philippe se précipite à Paris, Marie-Amélie devant le rejoindre. Le retour de l’île d’Elbe bouleverse ce programme. Ce n’est qu’en 1817, après deux années en Angleterre, que le duc et la duchesse d’Orléans s’installent durablement à Paris. Louis-Philippe et Marie-Amélie donnent alors l’image d’un couple heureux, menant une vie simple et bourgeoise, teintée de puritanisme, en apparence bien loin de la politique. Pourtant peu à peu, la popularité de Louis-Philippe grandit. Il incarne une opposition mesurée face aux ultras et ne rejette pas l’intégralité de la Révolution française. La Restauration est aussi l’époque à laquelle le couple Orléans consolide sa fortune. Louis-Philippe est le plus grand des indemnisés de la loi du milliard aux émigrés de 1825. De son côté, Marie-Amélie se métamorphosant en dame des deniers, est au coeur d’une manoeuvre visant à capter pour son fils Henri, duc d’Aumale, l’immense fortune de son parrain, le duc de Bourbon.

Reine de France

- En 1830, la révolution des « Trois Glorieuses » renverse Charles X, qui institue le duc d’Orléans « lieutenant-général du royaume ». De là, Louis-Philippe se fait proclamer « roi des Français ». Ce nouveau titre est une innovation constitutionnelle liant la nouvelle monarchie populaire au peuple, et non plus au pays. La nouvelle monarchie, appelée « Monarchie de Juillet », adopte le drapeau tricolore.
- Montée sur le trône, Marie-Amélie s’applique à remplir ses obligations de reine tout en continuant à veiller sur son clan. La religion demeure au coeur de sa vie bien plus que la politique. Les épreuves privées que rencontrent Marie-Amélie et Louis-Philippe – ils perdent plusieurs de leurs enfants dont le duc d’Orléans en 1842 – renforcent cette position. Peu à peu, le couple royal se replie sur lui-même. Choqués par la mort du prince héritier, ils s’enferment dans le vase clos de leurs convictions. Les mouvements profonds de leur époque leur échappent. Ils se persuadent que pour continuer à régner il faut résister aux réformes. Parallèlement, Marie-Amélie se met en tête de catéchiser son époux et de lui faire partager sa conception de la religion, tout comme elle l’a fait avec ses enfants. La religion place ainsi Marie-Amélie à l’abri de toute critique ou auto-critique. Les valeurs familiales auxquelles elle adhère l’amènent là encore à quelques excès. Elle exige ainsi que les princes et leurs épouses logent aux Tuileries et partagent leur table. En fait, l’ordre moral en définitive périmé défendu par Marie-Amélie contribue peu à peu à affaiblir la dynastie Orléans. C’est par son excès de vertu qu’elle compromet l’avenir du régime même si à l’origine ses intentions sont pures.
- La crise économique de 1846-1848 accentue le décalage entre le peuple et un roi connu pour son avidité. La chute de la Monarchie de Juillet devient inévitable. En février 1848, face à l’insurrection populaire, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils. L’Assemblée ne l’entend pas ainsi et proclame la Deuxième République.

L’exil

Louis-Philippe et Marie-Amélie fuient Paris pour l’Angleterre. Ils s’installent à Claremont, dans le Surrey. Elle portera désormais le titre de courtoisie de « comtesse de Neuilly ». Marie-Amélie survit seize ans à son époux, elle meurt le 24 mars 1866 ayant consacrée ses dernières années à ses petits-enfants.

Présentation de l’éditeur

Marie-Amélie, princesse de Naples et de Sicile, née en 1782, et nièce de la reine Marie-Antoinette, épouse, en 1809, Louis-Philippe, alors duc d’Orléans. Elle devient soudainement reine des Français, en 1830, et reste sur le trône jusqu’en 1848. On la présente comme irréprochable en tout. Doit-on pour autant s’agenouiller devant tant de vertus ? En effet, cette souveraine a été plus soucieuse des intérêts et de la fortune de son clan que des graves problèmes sociaux de son époque. Suavement autoritaire, elle a voulu contraindre les siens à vivre selon les valeurs d’un conservatisme aigu, contribuant ainsi largement à mettre en péril la dynastie qu’elle entendait protéger. Faisant appel à de très nombreuses sources, Florence Vidal retrace la vie de cette reine énigmatique qui connut une enfance mouvementée, traversa des temps troublés et termina son existence en exil.

Biographie de l’auteur

Diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, maître de conférences à l’ENA, Florence Vidal, auteur de nombreux ouvrages et consultante internationale, est spécialisée dans l’étude des relations franco-italiennes à travers l’Histoire. Elle a publié les biographies d’Elisa Bonaparte et de Caroline Bonaparte chez Pygmalion.

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