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1810 : Napoléon épouse Marie-Louise, mariage politique et idylle romanesque

Avec l’historien David Chanteranne, invité de Laetitia de Witt
Politique, dynastie et sentiment, voilà les trois éléments à l’origine du mariage de Napoléon Ier avec Marie-Louise, le 2 avril 1810. Après avoir vaincu l’Autriche, Napoléon épousait la fille de l’empereur qu’il venait de battre, qui se trouvait aussi être la petite nièce de Marie-Antoinette. Cette union devait apporter la paix et surtout un héritier. Deux cents ans après, revenons sur cet événement politique et... romanesque !


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : HIST613
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist613.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 27 juin 2010

Vers le mariage

Napoléon est resté longtemps indécis avant de se séparer de Joséphine. Il l’aimait encore et surtout doutait de sa stérilité. En 1809, deux faits l’amenèrent au divorce. Il échappa de justesse à un attentat qui lui fit ressentir le besoin d’avoir un fils pour pérenniser l’avenir de l’Empire. D’autre part, Marie Walewska étant enceinte, les doutes sur sa stérilité étaient levés. Dès lors, les événements s’enchaînèrent.

Le 20 décembre, le divorce par consentement mutuel de Napoléon et Joséphine était prononcé aux Tuileries, suivi quelques jours plus tard par l’annulation religieuse du mariage. Désormais libre, Napoléon pouvait s’enquérir d’une nouvelle impératrice. Dix-huit candidates furent retenues, trois arrivèrent en lice : Anne, soeur du tsar Alexandre et Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche, puis une princesse de Saxe. Le choix de l’heureuse élue, par trop diplomatique, fut réglé par un conseil privé, qui se tint le 21 janvier 1810. Certains comme Fouché ou Cambacérès optaient pour le mariage russe. Talleyrand, quant à lui penchait pour l’union autrichienne. C’est finalement Napoléon qui trancha en repoussant l’alliance russe, vexé par le peu d’enthousiasme montré par la cour de Russie. Des démarches furent aussitôt entreprises en direction de l’Autriche par l’intermédiaire de l’ambassadeur d’Autriche à Paris, Schwarzenberg. Menacée de démembrement, l’Autriche accepta la demande française.

 Première étape : demande officielle et mariage par procuration

Le 23 février 1810, Napoléon Ier écrivait à l’empereur d’Autriche François Ier : « Monsieur mon Frère, je fais partir demain mon cousin le vice-connétable, prince de Neuchâtel, pour demander à Votre Majesté Impériale l’archiduchesse Marie-Louise, sa fille, en mariage. Les hautes qualités qui distinguent si éminemment cette princesse, l’avantage précieux qu’elle a de lui appartenir, me font désirer vivement cette union. On me fait espérer que Votre Majesté voudra y consentir. » [Lettre n° 16 287, Correspondance de Napoléon Ier, édition du Second Empire, réimpression 2002, tome X, p. 240]

- La demande envoyée, Napoléon n’avait plus qu’à attendre, chose pénible pour l’empereur. Ne sachant que très peu de chose sur sa future épouse, il interrogeait son entourage pour obtenir quelques détails : était-elle jolie ? Comment voyait-elle son mariage avec « l’ogre » ? Il faut rappeler qu’elle avait été élevée dans l’horreur de la Révolution française ; sa grande-tante Marie-Antoinette n’avait-elle pas été guillotinée ? Toutes ces questions attisèrent l’anxiété de Napoléon.

- Pendant ce temps là, Berthier, envoyé à Vienne pour présenter officiellement la demande en mariage, était arrivé dans la capitale autrichienne. La demande solennelle fut présentée le 7 mars selon un protocole strict. Au discours de Berthier scellant la réconciliation franco-autrichienne, succéda l’entrée de Marie-Louise. Berthier lui remit une lettre et un portrait de Napoléon. Le mariage par procuration fut célébré le 11 mars dans l’église des Augustins. L’archevêque de Vienne accorda sa bénédiction nuptiale en dépit de quelques réticences quant au précédent mariage de l’empereur.
- Il convient ici de noter que pour son mariage avec Marie-Louise, Napoléon reprit le cérémonial de l’Ancien Régime et plus particulièrement celui appliqué pour le mariage de Marie-Antoinette. Après le mariage par procuration venait donc « la remise » de l’épouse puis le mariage à Paris.
- Marie-Louise quitta Vienne le 13 mars après avoir fait ses adieux à sa famille.

L’ impatience de l’empereur rompt le protocole

Isabey, L’arrivée de Marie-Louise à Compiègne. Fondation Napoléon
Isabey, L’arrivée de Marie-Louise à Compiègne. Fondation Napoléon

Le dernier arrêt en terre autrichienne eut lieu à Ried avant le grand rite de « remise » fixé au 16 mars près de Branau. Dès lors, Marie-Louise serait française. Puis la route se poursuivit par Munich, Strasbourg... De son côté, Napoléon commençait à s’impatienter, il devait accueillir sa nouvelle épouse le 28 mars à Compiègne. N’y tenant plus, il bouscula le protocole. Il prit une voiture de poste et partit à sa rencontre avec Murat. C’est ainsi qu’à Courcelles, sous une pluie battante, Marie-Louise vit s’introduire, dans son carrosse, un homme trempé qui n’était autre que son époux ! Il l’embrassa sur les deux joues et ordonna de supprimer la dernière étape à Soissons pour gagner directement Compiègne. Ils y arrivèrent le 27 mars 1810 en fin de journée. Là encore, Napoléon se montra impatient et s’écarta du protocole selon lequel il devait coucher à l’hôtel de la Chancellerie et Marie-Louise dans le château - le mariage officiel n’ayant pas encore été prononcé.

Idylle impériale

Devant les scrupules de la jeune archiduchesse, l’empereur prit soin d’interroger son oncle, le cardinal Fesch, afin de confirmer la validité du mariage par procuration. La nuit de noces eut ainsi lieu à Compiègne avant les noces officielles ! Les deux jours suivants, l’empereur, comblé, se consacra entièrement à son épouse avant le départ pour Saint-Cloud où Marie-Louise fut présentée à la Cour. Le lendemain, 1er avril, le mariage civil était célébré dans la Grande Galerie du palais en présence de la Cour et de la famille impériale. Un dîner suivi d’une représentation d’ Iphigénie en Aulide de Racine clôtura la journée.

Baron François Gérard, Le mariage de Napoléon Ier et Marie-Louise dans le salon carré du Louvre. Château de Versailles
Baron François Gérard, Le mariage de Napoléon Ier et Marie-Louise dans le salon carré du Louvre. Château de Versailles

Le 2 avril 1810, date du mariage religieux, Napoléon et Marie-Louise quittèrent Saint-Cloud pour les Tuileries. La cérémonie se déroula dans le Salon carré du Louvre transformé pour l’occasion, en chapelle, par l’architecte Fontaine, sur les indications d’Isabey. Seule contrariété pour Napoléon, treize cardinaux refusèrent d’assister à la cérémonie pour marquer leur soutien au pape, Pie VII. Le lendemain du mariage, L’empereur et l’impératrice, entourés des princes, des princesses et de la Cour, reçurent les hommages et les félicitations des Corps de l’État dans la salle du trône.

Une fois les cérémonies du mariage terminées, Napoléon et Marie-Louise regagnèrent Compiègne jusqu’au 27 avril. Ce séjour avait tout de la lune de miel. Le mariage autrichien était-il un succès ? En réalité, il ne s’agissait que d’une courte parenthèse. L’alliance austro-autrichienne n’était que de façade. Dès qu’il en eut l’opportunité, Metternich n’hésita pas à basculer dans le camp des adversaires de Napoléon.

Pour en savoir plus :
- Retrouvez le dossier thématique consacré au mariage de Napoléon Ier avec Marie-Louise réalisé par la Fondation Napoléon, en cliquant ici.
- A l’occasion du bicentenaire de cette union, rendez-vous au château de Compiègne pour l’exposition 1810, La politique de l’amour Napoléon et Marie-Louise à Compiègne. Jusqu’au 19 juillet 2010. http://www.musee-chateau-compiegne.fr/

Notre invité :

Rédacteur en chef de la Revue du Souvenir Napoléonien, David Chanteranne est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’époque impériale.

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