Les sculptures du Mémorial du Mont Valérien : Histoire, mémoire et art

Avec l’académicien Gérard Lanvin, Lydia Harambourg et Chloé Théault
Plusieurs sculptures du Mémorial de la France combattante au Mont Valérien dont l’oeuvre d’artistes de l’Académie des beaux-arts. Pour évoquer ces bronzes représentatifs d’un art de la sculpture classique, retrouvez au micro de Canal Académie, face aux œuvres, Gérard Lanvin, membre de l’Institut, sculpteur de l’Académie des beaux-arts, Lydia Harambourg historienne et critique d’art, correspondante de la section sculpture de l’Académie des beaux-arts et Chloé Théault, directrice des Hauts-lieux de mémoire d’Île-de-France qui nous accueille sur le site.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : FOC597
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Date de mise en ligne : 18 juin 2010

Au cours de la seconde Guerre mondiale, dans la France occupée, le fort du Mont-Valérien, situé à Suresnes, sur la ligne des forts de la ceinture parisienne, est utilisé par les nazis comme lieu d’exécution de résistants et d’otages. Les condamnés, pour la plupart issus des prisons environnantes sont fusillés, à l’abri des regards, dans une clairière située en contrebas de la forteresse.

L’état actuel des recherches historiques permet d’identifier plus d’un millier de fusillés. Parmi lesquels Honoré Etienne d’Orves ou les 22 membres du groupe Manouchian.

Conduits à la forteresse, puis dans la petite chapelle avant leur exécution, les condamnés étaient fusillés dans la clairière. Les corps étaient ensuite dirigés vers les fosses communes des cimetières environnants, dans l’anonymat.

Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
© Canal Académie

Le 1er novembre 1944, le général de Gaulle a souhaité se recueillir dans la clairière, puis au fort de Vincennes, autre lieu de fusillade, en hommage aux morts de la Résistance.

Dès 1945, le Mont valérien est choisi pour accueillir un monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale. En 1946, sous la direction d’Henri Frenay, quinze corps de combattants, originaires de la France et de ses colonies dont deux femmes, et symbolisant les différentes forces de la Résistance, sont déposés dans une crypte provisoire.

Devenu président de la république, le général de Gaulle décide la création d’un véritable mémorial conçu par Félix Bruneau, inauguré le 18 juin 1960. Chaque année, à la date du 18 juin, la chancellerie de l’Ordre de la Libération y organise une cérémonie de commémoration de l’appel du général pour sauver la France, lancé sur les ondes de la BBC, le 18 juin 40.

Sur une vaste esplanade de 10 000 mètres carrés, un long mur de grès rose a été accolé au rempart en meulière de la forteresse. Au milieu, une grande croix de Lorraine de 12 mètre de haut, elle aussi, en grès rose des Vosges, surplombe la flamme toujours allumée à la mémoire des combattants.

Resté dans son état d’origine, le monument a une forte puissance évocatrice, sur ce contre-mur de grès rose jaillissent à intervalles réguliers, 16 hauts-reliefs, 16 métopes pourrait-on dire, en référence à l’architecture des frontons et aux frises de la Grèce antique. Chacune de ces pièces de bronze situées en hauteur correspond soit à une bataille, soit au Maquis, soit à la déportation, soit encore aux fusillés. Disposés de part et d’autre de la Grande Croix de Lorraine, 4 de ces hauts-reliefs sont l’œuvre de membres de l’Académie des beaux-arts, aujourd’hui disparus.

Haut-relief de Raymond Corbin, "Maquis", mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
Haut-relief de Raymond Corbin, "Maquis", mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
© Canal Académie

Raymond Corbin, élu à l’Académie des beaux-arts en 1970, dans la section gravure a été un grand médailleur et un sculpteur (1907-2002). Pour le mémorial, il reçu la commande d’un haut-relief représentant le Maquis. Il choisit un visage entre deux branches écartées, rappelant peut-être le "V" de la victoire en correspondance avec l’aménagement de l’esplanade et de la façade du mémorial. Son haut-relief est très expressionniste.

Haut-relief de Claude Grange, "Forces aériennes françaises libres, Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
Haut-relief de Claude Grange, "Forces aériennes françaises libres, Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
© Canal Académie

Claude Grange (1885-1971), élu à l’Académie en 1950 dans la section sculpture, a représenté avec un grand réalisme un aviateur avec son casque sur les oreilles. L’ennemi est représenté par un rapace dont on voit les serres menaçantes. Le regard de l’aviateur épouse la direction d’une aile d’oiseau, dont on peut supposer qu’elle représente la liberté.

Haut-relief d'Alfred Jannniot, Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
Haut-relief d’Alfred Jannniot, Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
© Canal Académie

Alfred Janniot (1885-1971), élu à l’Académie en 1961, a fait une composition excessivement classique qui épouse parfaitement le cadre de la commande comme le faisaient en leur temps, les sculpteurs romans selon Lydia Harambourg. Surtout, le spectateur pense à une pieta. La commande ayant pour titre "Action", Alfred Janniot a représenté la France livrant un combat impitoyable, serrant dans ses bras un soldat mourant ou mort.

Haut-relief de Raymond Martin, "Bir-Hakeïm", Mémorial du Mont valérien, 9 juin 2010
Haut-relief de Raymond Martin, "Bir-Hakeïm", Mémorial du Mont valérien, 9 juin 2010
© Canal Académie

Raymond Martin, membre de l’Académie des beaux-arts (1910-1961), élu en 1961, a fait un haut-relief particulièrement figuratif. Devant l’œuvre, on sent le modèle derrière ce bronze. La commande devait illustrer la bataille de Bir Hakeïm. Un jeune soldat l’arme au poing semble défendre une position que le feu semble ne pas atteindre.

Ces sculpteurs héritiers de l’art figuratif du XIX e et du modelage, ont exécuté de nombreuses commandes officielles pour des tombeaux, des monuments aux morts, des frontons de mairie au cours de leur carrière. Ces seize bronzes ont été fondus dans la très ancienne et célèbre Fonderie Susse.

Haut-relief de Maurice Calka, "Les fusillés", Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
Haut-relief de Maurice Calka, "Les fusillés", Mémorial du Mont Valérien, 9 juin 2010
© Canal Académie

Non académicien, Maurice Calka (1921-1999) a laissé un bronze qui se différencie de tous les autres en traitant le sujet de sa commande Les fusillés par l’abstraction. L’œuvre ne laisse pas le visiteur indifférent.

Au micro de Canal Académie le 9 juin 2010 : Chloée Théault, Gérard Lanvin et Lydia Harambourg, Mémorial du Mont Valérien
Au micro de Canal Académie le 9 juin 2010 : Chloée Théault, Gérard Lanvin et Lydia Harambourg, Mémorial du Mont Valérien
© Canal Académie

En savoir plus

- Académie des beaux-arts
- Fonderie Susse, créée en 1758, la Fonderie Susse est aujourd’hui la plus ancienne fonderie d’Art de France.

- Mont Valérien Les nouveaux aménagements muséographiques seront ouverts au public le 19 juin 2010 au lendemain des cérémonies de commémoration du 70e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940.
Renseignements pratiques
Situé dans la commune de Suresnes, département des Hauts-de-Seine, le Mont-Valérien est également à la limite des villes de Rueil-Malmaison et de Nanterre.

Informations pratiques :

Les visites du Mont-Valérien sont gratuites. Elles s’effectuent tous les jours, sauf le lundi, à heure fixe. L’accès au mémorial et à l’esplanade est libre, ainsi que l’accès au centre d’information d’où sont aussi organisés les départs des visites.

- Pour se recueillir dans la clairière, visiter la chapelle et les nouveaux espaces muséographiques : se renseigner à l’accueil au centre d’information situé sur l’esplanade.

Coordonnées : Le Mont-Valérien Haut lieu de la mémoire nationale Avenue du Professeur Léon Bernard 92150 Suresnes Accueil - téléphone/fax : 01.47.28.46.35 Email : info@mont-valerien.fr






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