Le 17 juin 1940 : le général de Gaulle va franchir le Rubicon

Entretien avec Pierre Mazeaud, de l’Académie des sciences morales et politiques
Comment le général de Gaulle a-t-il vécu le 17 juin 1940, la veille du jour de son fameux appel ? Pierre Mazeaud, de l’Académie des sciences morales et politiques, (ex-président de la Fondation Charles de Gaulle), évoque ici cette page de l’histoire : le Général va rompre officiellement les amarres de la légitimité politique et militaire. Par la vertu de quelques mots à la BBC le 18 juin, il relèvera la France de la honte de la débâcle du printemps 40. Avoir dit « non » : un acte fondateur qui le fit entrer dans l’Histoire.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : HIST610
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Date de mise en ligne : 13 juin 2010

Nous serions bien présomptueux de présenter avec assurance les états d’âme profonds et la lutte intime que le Général a vécus pendant ces heures qui précédent son passage du Rubicon. Mais ses Mémoires de Guerre et Geoffroy de Courcel, son aide de camp fidèle témoin de tous les instants, nous ont renseignés avec précision sur les aspects matériels, psychologiques et même spirituels de cette page de l’Histoire de France.

« Tandis que je prenais logis et que Courcel, téléphonant à l’Ambassade et aux missions, les trouvait déjà réticents, je m’apparaissais à moi-même, seul et démuni de tout, comme un homme au bord de l’océan qu’il prétendait franchir à la nage. » Mémoires de Guerre, le 17 juin au soir.

Le 16 juin le jeune général de brigade (à titre provisoire) de Gaulle, sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre depuis le 6 juin 40, est envoyé par le gouvernement français à Londres auprès de Churchill pour s’assurer de la position de l’allié anglais face aux événements désastreux de la Campagne de France. Dans la soirée, de retour à Bordeaux, de Gaulle certifie au Maréchal Pétain et à Paul Reynaud que Churchill soutiendra -encore et toujours - la France dans sa lutte contre l’envahisseur allemand. Mais il apprend que tout est fini, l’armistice franco-allemand est décidé.

« C’est un fait qu’aucun homme public n’élèvera la voix pour condamner l’armistice... devant le vide effrayant du renoncement général ma mission m’apparut, d’un seul coup, claire et terrible... L’honneur me commande de viser haut et me tenir droit. » Mémoires de Guerre.

Le 17 juin au matin, accompagné de son aide de camp et du général Spears, conseiller de Churchill arrivé la veille dans le même avion que lui, il s’envole de nouveau pour Londres. En route il adresse à Weygand une missive qui montre que jusqu’à l’extrême limite il a essayé de remplir sa mission d’ex-sous-secrétaire d’État qui veut poursuivre la guerre : « Me trouve dorénavant sans pouvoir. Dois-je poursuivre négociations ? Me tiens à vos ordres par ambassade et par mission de coopération. »

Paul Reynaud lui avait fait passer un petit pécule de 100 000 francs montrant, par là, qu’il soutenait ce jeune général de brigade qui n’acceptait pas la défaite de la France. En survolant la France, il pense à sa famille, peut-être en danger et qui risque de pâtir de son attitude de « paria ». Il lutte contre le désespoir et refoule l’inquiétude par l’action. Il se remémore le Faust de Goethe qu’il avait cité en ouverture de son livre Au Fil de l’Épée écrit en 1932 : « Au commencement était le verbe... non, au commencement était l’action ». Pour lui le 17 juin 40 il s’agit de commencer sa nouvelle vie par l’action ET par le verbe.

Il prépare déjà le texte qu’il rédigera le soir dans son hôtel londonien après avoir dîné chez Jean Monnet avec René Pleven, un collaborateur de Monnet. Pleven est silencieux, il écoute le général de Gaulle et semble en accord avec cet homme inflexible qui se lance dans une « lutte longue et acharnée... et sans moyens. » Jean Monnet est déterminé lui aussi à la résistance mais refuse l’idée de constituer, à Londres, un « comité français ».

Quand le Général rentre à son hôtel il ne pense plus qu’à son discours du lendemain. Il ne peut dormir, grille cigarette sur cigarette et commence à écrire. Il rature son texte maintes et maintes fois, il froisse les pages, il corrige encore. L’aube est là. A-t-il pu se reposer quelques instants en cette nuit de sacrifice ? Le lendemain matin Courcel appelle Élisabeth de Miribel, une jeune fille qui travaille comme documentaliste à la mission économique dirigée par Paul Morand pour lui dire : « Viens me rejoindre avec ta machine à l’hôtel Rubens, on a un truc à taper ».

En savoir plus :

Juriste, homme politique et alpiniste (il est le premier Français à atteindre le sommet de l’Everest en 1978), Pierre Mazeaud a été successivement député, vice-président de l’Assemblée nationale, secrétaire puis conseiller d’État, et enfin président du Conseil constitutionnel de 2004 à 2007. Il a été élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 2005. Il est aujourd’hui le président du Conseil d’administration de la Fondation Charles de Gaulle.

Sa fiche sur le site de l’Académie

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