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Le mythe du Bon Roi Henri : entre histoire et légende au fil des siècles

Avec Jacques Perot, Président de la Société Henri IV
Retour sur le mythe du « bon roi Henri » à travers l’image d’Henri IV véhiculée par l’histoire et la légende au cours des quatre siècles qui nous séparent de sa mort. Pourquoi et comment Henri IV demeure-il présent dans nos mémoires ? Jacques Perot revient sur les oraisons funèbres, les œuvres des mémorialistes et les ouvrages des historiens qui ont contribué à installer la légende du roi.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : hist609
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist609.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 23 mai 2010

Le temps de l’émotion : déplorations et mémoires

- Les premiers témoignages sur la vie du roi furent les déplorations, comme les nombreuses oraisons funèbres. On en connaît au moins trente-huit, dues à des prédicateurs souvent provinciaux. G. du Peyrat, aumônier du roi, en a publié trente-deux en un volume édité en 1611. Les titres sont de circonstance : Déplorations, Discours lamentables, Larmes et sanglots de la désolée France, Recueil de vers lugubres, La Chemise sanglante. Ces oraisons funèbres, prononcées devant des publics nombreux ont contribué à « établir la tradition orale du mythe d’Henri IV » (J. Hennequin, Henri IV dans ses oraisons funèbres ou la naissance d’une légende, 1977). Prononcés par des ecclésiastiques, ces discours montrent un roi pieux et dévot qui est soutenu par la volonté divine, mais aussi un roi vainqueur, père du peuple et clément.

- Après les oraisons funèbres vient l’œuvre des mémorialistes ; elle est capitale. Acteurs et témoins du règne, leur témoignage est de première main. Tel est le cas d’Agrippa d’Aubigné qui fut un acteur huguenot de la geste henricienne, ayant passé de longues années à chevaucher auprès du roi de Navarre. Homme de conviction, il fut un témoin privilégié, ce qui n’exclut pas une certaine partialité. L’autre témoignage majeur est celui de Sully avec ces Mémoires des sages et royales œconomies d’Estat... de Henry le Grand,... et des servitudes utiles, obéissances convenables et administrations loyales de Maximilian de Béthune,... dont la première édition date de 1638 et fut publiée clandestinement au château de Sully. La forme même de ces mémoires est originale : rédigés à la deuxième personne, Sully s’y fait raconter sa vie par ses secrétaires. Il peut ainsi s’adresser des éloges ou au contraire passer d’autres faits sous silence. S’il faut se servir avec précaution des Œconomies royales, ces mémoires n’en gardent pas moins, en raison de la personnalité de l’auteur, une valeur historique de premier ordre. Au temps des mémorialistes succède celui de l’Histoire.

Le temps de l’Histoire, de Péréfixe à Babelon

Le premier ouvrage de référence dans le domaine historique est l’Histoire du roy Henri le Grand de Hardouin de Beaumont de Péréfixe. Évêque de Rodez et précepteur du futur Louis XIV, Péréfixe rédigea cet ouvrage à l’intention du dauphin. Publié en 1661, il connut de très nombreuses éditions et fut traduit en plusieurs langues. Complété, dès la deuxième édition, par un recueil de quelques belles actions et paroles mémorables de ce prince, cet ouvrage devint la Vulgate de la mémoire henricienne et la source principale de nombreuses publications. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle et surtout le XXe pour voir remettre en cause ou confirmer les assertions de Péréfixe et de ses suiveurs. Parmi les ouvrages importants, citons l’Henri IV de Pierre de Vaissière, paru chez Fayard en 1928 ou encore l’Henri IV ou la grande victoire du préfet Yves Cazaux, paru chez Albin-Michel en 1977, sans oublier la biographie majeure de Jean-Pierre Babelon, membre de l’Institut, parue chez Fayard en 1982 (et rééditée en 2010). L’œuvre des historiens se poursuit chaque jour, surtout en cette année de commémoration, et confirme la popularité du sujet qui dès le 18e siècle inspira d’autres genres littéraires.

Le siècle des Lumières : de La Henriade à La Partie de chasse de Collé

Tout commence avec le jeune Voltaire. Embastillé, avide de gloire littéraire et de reconnaissance mondaine, il choisit l’épopée henricienne afin de réaliser une œuvre qui se hisserait aux côtés des chefs-d’œuvre de la poésie classique. Terminée en 1723, La Henriade ne fut pas publiée en France mais à Londres en 1728 - Voltaire ayant refusé la dédicace au roi. Toujours est-il que La Henriade ne fut pas placée au niveau littéraire attendu par l’auteur. L’ouvrage est pourtant capital. Pour la première fois, Voltaire pose Henri IV en modèle du souverain éclairé. L’ouvrage compte cependant de grosses lacunes comme l’évincement de Sully ! La Henriade permit au bon roi Henri d’intégrer le paysage nouveau proposé par les écrivains des Lumières. Condorcet alla même plus loin. Dans son Almanach anti-superstitieux, il prit Henri IV comme modèle du bon roi tout en recentrant le personnage autour de l’une des idées fortes du siècle : la nécessité d’un État fort, délivré de toute sujétion spirituelle. Le mythe d’Henri IV était ainsi détourné par les écrivains des Lumières pour servir leur pensée politique. Fait plus inattendu, c’est aussi au XVIIIe que le mythe henricien fit son entrée au théâtre.

- Dès la fin du règne de Louis XV et surtout après l’avènement de Louis XVI et ceci jusqu’au XIXe siècle, nombreuses furent les productions faisant appel à l’épopée henricienne. La partie de chasse de Henri IV est un exemple significatif. Cette pièce fut rédigée par Charles Collé avant 1760. Elle est donc la première d’une série d’œuvres théâtrales mettant en scène Henri IV, mais elle est aussi la plus célèbre. Ses débuts furent pourtant peu aisés. Elle fut présentée au duc d’Orléans le 15 août 1760. Mais celui-ci, bien que sensible au texte, jugea la période peu propice à sa présentation au public : en pleine guerre de Sept ans, il n’était pas question de sembler donner des leçons au roi. Elle fut toutefois jouée en privé en 1763 puis deux autres fois en 1766, avant d’être interdite. Précisons qu’aucune pièce mettant en scène Henri IV ne fut d’ailleurs autorisée pendant les dernières années du règne de Louis XV. La mort de Louis XV, le 10 mai 1774, modifia le paysage politique et dès le 16 novembre 1774 La Partie de chasse fut enfin représentée par les comédiens français, près de quatorze années après sa rédaction. Le succès fut éclatant. Jouée sans relâche jusqu’en 1792, elle fut à nouveau à l’honneur sous la Restauration avant d’être oubliée par la Monarchie de Juillet, puis à nouveau redonnée sous le Second Empire et enfin épisodiquement jusqu’à la dernière guerre.

Henri IV jouant avec ses enfants, par Jean-Dominique Ingres
Henri IV jouant avec ses enfants, par Jean-Dominique Ingres

- Succès sur les planches, La Partie de chasse, contrairement aux autres pièces, le fut aussi, et c’est là son originalité, dans le domaine des arts. Deux des quatre gravures qui illustraient l’édition de 1766 connurent une vogue artistique remarquable. L’estampe qui représentait le roi relevant Sully fut reprise par les pendules à la Henri IV. La peinture et la tapisserie se saisirent également de cette scène et plus largement devinrent elles aussi des relais du mythe henricien. La recrudescence des sujets henriciens dans la peinture est remarquable dès l’avènement de Louis XVI pour atteindre son apogée sous la Restauration. Aux XIXe et XXe siècles, le « Béarnais » envahit l’imagerie populaire et même les livres pour enfants, comme l’atteste Le Bon Roy Henry d’Abel Hermant et Job.

Du XIXe au XXIe siècle : de la pédagogie du mythe à la vague commémorative

Pour terminer, notons qu’aux XIXe et XXe siècles, le mythe henricien connut une nouvelle forme de succès avec les manuels scolaires. Comme le montre l’historien Christian Desplat, l’atout du mythe d’Henri IV est d’unifier et de rassembler autour de lui des auteurs de livres de classe aussi différents que le légitimiste Duflos et le républicain Désiré Blanchet et explique le portrait résolument favorable du roi présenté par les manuels des XIXe et XXe siècles. La légende du « bon roi Henri » est bien ancrée dans l’imaginaire français. Il ne reste plus qu’à le fêter… En 1953, le quadricentenaire de la naissance du Béarnais fut célébré en grandes pompes et bénéficia du soutien du président de la République, Vincent Auriol. En 1989, année pourtant chargée en célébrations nationales, le quadricentenaire de l’avènement d’Henri IV ne fut pas oublié. En 2010, un ensemble important de manifestations (colloques, expositions, publications…) se rapportent au quatrième centenaire de l’assassinat d’Henri IV.

L’invité :

- Jacques Perot est Conservateur général de Patrimoine (H) et président de la Société Henri IV. Il redonnera la conférence « Henri IV après Henri IV » le 25 novembre 2010 au Dorat et le 15 décembre 2010 à Pau.

Pour en savoir plus :
- Retrouvez le site de la Société Henri IV en cliquant ici
- Retrouvez d’autres émissions consacrées à Henri IV dans la médiathèque de Canal Académie.






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